Fontaine. Vibrant hommage à l’ancien maire PCF Louis Maisonnat, décédé il y a 40 ans

Par Edouard Schoene

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Habitants de Fontaine, militants communistes et élus de gauche se sont rassemblés sur la place portant le nom de Louis Maisonnat pour lui rendre hommage, dimanche 20 septembre.
Dimanche 20 septembre, de nombreux citoyens·es ont tenu à rendre hommage à Louis Maisonnat, à l'occasion des quarante ans de la disparition de l'ancien maire et député communiste, qui a marqué durablement la construction de Fontaine.

Maire de Fon­taine de 1959 à 1984, Louis Mai­son­nat fut aupa­ra­vant com­bat­tant dans les maquis du Ver­cors puis de la libé­ra­tion de la Drôme, mais aus­si direc­teur du Tra­vailleur alpin et des Allo­broges. Il reve­nait à Renaud Lugli, secré­taire de la sec­tion PCF Fon­taine rive gauche — Ver­cors d’ouvrir la céré­mo­nie d’hommage et de don­ner la parole aux intervenants·es : « Nous sommes réunis ici à Fon­taine, sur cette place qui porte son nom. Par­ler de Louis Mai­son­nat, c’est par­ler de Fon­taine. Il avait une convic­tion : une ville popu­laire doit d’abord être construite pour celles et ceux qui y vivent. »

Les com­mu­nistes fon­tai­nois et le secré­taire dépar­te­men­tal du PCF Jéré­mie Gio­no, aux côtés notam­ment de la dépu­tée PS de l’I­sère Marie-Noëlle Bat­tis­tel et de son homo­logue socia­liste Guillaume Lis­sy, pré­sident de la Métro et maire de Seys­si­net-Pari­set.

Et le com­mu­niste fon­tai­nois de pour­suivre : « C’est dans cet état d’esprit qu’il agit pour le loge­ment, avec la créa­tion de la socié­té d’économie mixte, ‘Le loge­ment ouvrier’, pour répondre à l’arrivée de nou­velles popu­la­tions. C’est dans cet esprit qu’il accom­pagne le déve­lop­pe­ment éco­no­mique de Fon­taine et la créa­tion d’une des pre­mières zones indus­trielles de la région. C’est dans cet esprit encore qu’il défend les équi­pe­ments, la culture, le sport et l’éducation. »

« Faire vivre ses combats »

Pre­mier pré­sident du Syn­di­cat mixte des trans­ports en com­mun de l’agglomération gre­no­bloise, créé en 1973, Louis Mai­son­nat fut l’un des prin­ci­paux arti­sans du retour du tram­way dans notre agglo­mé­ra­tion (inau­gu­ré en 1987). « Qua­rante ans après sa dis­pa­ri­tion, nous ne sommes donc pas ici pour trans­for­mer Louis Mai­son­nat en sta­tue », sou­ligne Renaud Lugli. « Nous sommes ici pour faire vivre ses com­bats, parce que son héri­tage n’est pas une pièce de musée. Il est une invi­ta­tion à conti­nuer, conti­nuer à nous battre, conti­nuer à nous ras­sem­bler, conti­nuer à croire que la poli­tique peut chan­ger concrè­te­ment la vie des gens. »

Trois maires com­mu­nistes : Gil­bert Bies­sy (Échi­rolles), Louis Mai­son­nat (Fon­taine) et Paul Jar­got (Crolles).

Anto­nine Ron­seaux, ancienne ins­ti­tu­trice et élue dans l’équipe muni­ci­pale diri­gée par Louis Mai­son­nat, conte une anec­dote : « Je me sou­viens de la réha­bi­li­ta­tion de ces bâti­ments que les plus anciens connaissent, qu’on appe­lait le Mail courbe. J’entends Mon­sieur le maire, Louis Mai­son­nat, après avoir ren­con­tré les loca­taires. C’est urgent, il faut faire quelque chose. Il faut faire des tra­vaux d’isolation. Ce n’est pas pos­sible que ces loca­taires dépensent autant d’argent pour avoir froid. »

Le public atten­tif aux prises de parole.

Pour Michel Bar­rio­nue­vo, élu d’opposition à Sas­se­nage et ex-res­pon­sable du PCF à Fon­taine, « Louis était très proche des femmes et des hommes. Et pour être cer­tain de ne rien oublier d’une demande, d’une sol­li­ci­ta­tion, il sor­tait son petit car­net. » Le mili­tant évoque éga­le­ment la bataille des élec­tions légis­la­tives 1981, après la vic­toire de la gauche aux pré­si­den­tielles. Louis Mai­son­nat, malade, hési­tait alors à par­tir en cam­pagne. « Ce mara­thon réa­li­sé en trois semaines, fut accom­pli avec le sou­tien de sa femme. Nous com­men­cions chaque jour par la pre­mière ren­contre à 9 heures. Louis Mai­son­nat s’était lan­cé le défi de faire une ren­contre dans cha­cune des 169 com­munes de l’immense troi­sième cir­cons­crip­tion. »

Michel Bar­rio­nue­vo, élu d’opposition à Sas­se­nage et ex-res­pon­sable du PCF à Fon­taine.

À l’époque, les maires accueillaient le can­di­dat com­mu­niste, quelle que soit sa sen­si­bi­li­té. Une tra­di­tion répu­bli­caine. Les temps ont chan­gé. Franck Lon­go, actuel maire de Fon­taine (MoDem), brillait ain­si par son absence.

Yvonne Rous­sin, citoyenne de Fon­taine, tient à expri­mer son émo­tion en quelques mots, concluant : « Il reste inou­bliable pour ceux qui l’ont côtoyé. Mer­ci Mon­sieur Louis Mai­son­nat. »

Artisan du communisme municipal

Yves Contre­ras, qui fut adjoint au maire Louis Mai­son­nat puis pre­mier adjoint de Yan­nick Bou­lard, se sou­vient : « Quand nous arri­vâmes en 1983 au conseil muni­ci­pal, ses pre­miers mots furent pour nous, les plus jeunes élus. ‘Soyez atten­tifs aux autres, aux fon­tai­nois et fon­tai­noises, au per­son­nel com­mu­nal. À leurs repré­sen­tants syn­di­caux, res­pec­tez-les.’ Et d’ajouter, ‘votre place d’élu n’est pas dans les bureaux, mais dans la ville, avec la vie asso­cia­tive, dans les quar­tiers, dans les com­merces, sur les mar­chés, devant les écoles et les entre­prises’. Et pour s’assurer que nous avions bien com­pris, il nous met­tait une deuxième couche. ‘La pre­mière qua­li­té d’un ou d’une élu, ce n’est pas d’avoir une grande langue mais deux grandes oreilles’. » Yves Contre­ras cite une autre phrase du maire : « L’important, ce n’est pas de prendre une déci­sion, mais de véri­fier si elle est trai­tée. »

Yves Contre­ras, ancien adjoint au maire Louis Mai­son­nat.

De nom­breux exemples sont égre­nés, illus­trant le sou­ci quo­ti­dien de Louis Mai­son­nat à répondre aux demandes les plus petites et pres­santes des jeunes, des loca­taires, des syn­di­ca­listes en lutte.

Clau­dine Didier, élue d’opposition à la ville de Fon­taine et à la Métro­pole, évoque les réa­li­sa­tions de l’é­dile PCF : « Nous lui devons la pre­mière ligne de tram­way à Fon­taine, la zone des Vouillants, l’une des pre­mières zones indus­trielles de France, un pro­gramme de loge­ments acces­sibles, des équi­pe­ments publics, des écoles, la biblio­thèque, la pis­cine, des équi­pe­ments spor­tifs, la MJC et l’hôtel de ville. Dès 1971, il innove dans l’agglomération en impul­sant des réunions de quar­tier. Il met­tra en place des évé­ne­ments fes­tifs. Tel que le car­na­val, Fon­taine en mon­tagne, la foire d’automne, la fête de la jeu­nesse. »

Clau­dine Didier, conseillère muni­ci­pale et métro­po­li­taine PCF.

Louis Mai­son­nat sera l’un des arti­sans, en France, du « com­mu­nisme muni­ci­pal ». Lequel s’est tra­duit à Fon­taine par des géné­ra­tions d’habitants — dont de nom­breux immi­grés ori­gi­naires d’I­ta­lie — qui se sont inté­grées dans une vie sociale riche. Les muni­ci­pa­li­tés suc­ces­sives conduites par l’é­lu com­mu­niste reflé­taient la diver­si­té poli­tique de la gauche ain­si que la diver­si­té sociale de la com­mune.

« Un promoteur infatigable de la paix et de la solidarité internationale »

Laurent Jadeau, élu com­mu­niste d’opposition à Fon­taine, salue quant à lui le « pro­mo­teur infa­ti­gable de la paix et de la soli­da­ri­té inter­na­tio­nale ». Ce que Louis Mai­son­nat a « concré­ti­sé avec deux jume­lages en 1963 : Schmal­ka­den en Alle­magne et Alpi­gna­no en Ita­lie. Sui­vis en 1991 par un troi­sième avec Som­ma­ti­no signé par Yan­nick Bou­lard. Ce pre­mier jume­lage en 1963 était d’une audace et d’une vision incroyables. En effet, nous sommes moins de vingt ans après la fin de la Deuxième Guerre mon­diale et en pleine ten­sion de la Guerre froide. Louis Mai­son­nat signe avec Karl-Heinz Hesse, le maire de Schmal­kal­den, un jume­lage alors que les bles­sures dans le peuple de France sont encore très vives. Qui plus est, cette ville se situe en RDA, pays qui n’est même pas encore offi­ciel­le­ment recon­nu par l’État fran­çais. Il se déve­loppe immé­dia­te­ment entre nos deux villes par les échanges entre asso­cia­tions. »

Laurent Jadeau, élu d’op­po­si­tion PCF à Fon­taine.

Danielle Res­ta, fille aînée de Louis Mai­son­nat, prend à son tour la parole au nom de la famille, en remer­ciant le PCF pour l’hommage ren­du : « Être réunis ici, sur cette place qui porte son nom, est un moment émou­vant pour nous. Avec les élus, les équipes muni­ci­pales et le per­son­nel de la ville, Louis a œuvré pour faire avan­cer Fon­taine, déve­lop­per ses ser­vices et amé­lio­rer la vie quo­ti­dienne des familles, des jeunes et des aînés. Celui et ceux qui ont tra­vaillé avec lui le savent, il avait un carac­tère bien trem­pé. Il était exi­geant, par­fois très exi­geant. Mais cette exi­gence était aus­si celle qu’il s’imposait à lui-même et qu’il met­tait au ser­vice des pro­jets aux­quels il croyait. Il était à la hau­teur de son enga­ge­ment. Il avait des convic­tions fortes, une volon­té farouche de les défendre jusqu’au bout. Il pou­vait être déter­mi­né, par­fois direct, et il ne renon­çait pas faci­le­ment lorsqu’il esti­mait qu’une déci­sion était juste. »

La famille Mai­son­nat.

Sa fille rap­pelle qu’il n’é­tait pas seule­ment un élu, mais « avant tout un mari, un père, un beau-père, un grand-père, un homme aimant, atten­tif à sa famille, un homme qui savait écou­ter, conseiller et qui était à l’écoute de ses enfants et de ses proches. Il était un huma­niste pro­fon­dé­ment atta­ché à Fon­taine et à celles et ceux qui y vivaient. » Et Danielle Res­ta de conclure : « Aujourd’hui, nous vou­lons avoir une pen­sée pour toutes les per­sonnes qui l’ont connu, qui ont tra­vaillé avec lui, qui ont par­ta­gé ses com­bats, qui ont par­fois dis­cu­té avec lui ou qui ont sim­ple­ment croi­sé son che­min. »

La plaque en son hon­neur sur la place Louis-Mai­son­nat.

La mati­née hom­mage s’est ter­mi­née par un buf­fet et des chants popu­laires et révo­lu­tion­naires (La Mar­seillaise, Le Chant des par­ti­sans, l’Internationale…) inter­pré­tés par Claude Bel­mudes. Par­mi les nom­breux pré­sents, citons aus­si Alfred Grye­lec, ancien maire et conseiller géné­ral de Vizille, Yan­nick Bou­lard et Jean-Paul Tro­ve­ro, anciens maires de Fon­taine, Jéré­mie Gio­no, secré­taire dépar­te­men­tal du PCF Isère, Sala­va­tore Ori­glio, ex-prin­ci­pal du col­lège Gérard-Phi­lipe, Marie-Noëlle Batis­tel, dépu­tée de la qua­trième cir­cons­crip­tion, Guillaume Lis­sy, maire de Seys­si­net et pré­sident de la Métro­pole, Mitra Rezai, élue à Saint-Martin‑d’Hères, ou encore Syl­vette Rochas (Échi­rolles).

Yves Contre­ras, Marie-Noëlle Bat­tis­tel, Laurent Jadeau.

Vidéo hommage

La sec­tion PCF Fon­taine rive gauche Ver­cors a pro­duit une vidéo rela­tant l’hom­mage ren­du à Louis Mai­son­nat : youtube.com/watch?v=7T45IVouvE4

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