Fontaine. Vibrant hommage à l’ancien maire PCF Louis Maisonnat, décédé il y a 40 ans
Par Edouard Schoene
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Maire de Fontaine de 1959 à 1984, Louis Maisonnat fut auparavant combattant dans les maquis du Vercors puis de la libération de la Drôme, mais aussi directeur du Travailleur alpin et des Allobroges. Il revenait à Renaud Lugli, secrétaire de la section PCF Fontaine rive gauche — Vercors d’ouvrir la cérémonie d’hommage et de donner la parole aux intervenants·es : « Nous sommes réunis ici à Fontaine, sur cette place qui porte son nom. Parler de Louis Maisonnat, c’est parler de Fontaine. Il avait une conviction : une ville populaire doit d’abord être construite pour celles et ceux qui y vivent. »

Et le communiste fontainois de poursuivre : « C’est dans cet état d’esprit qu’il agit pour le logement, avec la création de la société d’économie mixte, ‘Le logement ouvrier’, pour répondre à l’arrivée de nouvelles populations. C’est dans cet esprit qu’il accompagne le développement économique de Fontaine et la création d’une des premières zones industrielles de la région. C’est dans cet esprit encore qu’il défend les équipements, la culture, le sport et l’éducation. »
« Faire vivre ses combats »
Premier président du Syndicat mixte des transports en commun de l’agglomération grenobloise, créé en 1973, Louis Maisonnat fut l’un des principaux artisans du retour du tramway dans notre agglomération (inauguré en 1987). « Quarante ans après sa disparition, nous ne sommes donc pas ici pour transformer Louis Maisonnat en statue », souligne Renaud Lugli. « Nous sommes ici pour faire vivre ses combats, parce que son héritage n’est pas une pièce de musée. Il est une invitation à continuer, continuer à nous battre, continuer à nous rassembler, continuer à croire que la politique peut changer concrètement la vie des gens. »

Antonine Ronseaux, ancienne institutrice et élue dans l’équipe municipale dirigée par Louis Maisonnat, conte une anecdote : « Je me souviens de la réhabilitation de ces bâtiments que les plus anciens connaissent, qu’on appelait le Mail courbe. J’entends Monsieur le maire, Louis Maisonnat, après avoir rencontré les locataires. C’est urgent, il faut faire quelque chose. Il faut faire des travaux d’isolation. Ce n’est pas possible que ces locataires dépensent autant d’argent pour avoir froid. »

Pour Michel Barrionuevo, élu d’opposition à Sassenage et ex-responsable du PCF à Fontaine, « Louis était très proche des femmes et des hommes. Et pour être certain de ne rien oublier d’une demande, d’une sollicitation, il sortait son petit carnet. » Le militant évoque également la bataille des élections législatives 1981, après la victoire de la gauche aux présidentielles. Louis Maisonnat, malade, hésitait alors à partir en campagne. « Ce marathon réalisé en trois semaines, fut accompli avec le soutien de sa femme. Nous commencions chaque jour par la première rencontre à 9 heures. Louis Maisonnat s’était lancé le défi de faire une rencontre dans chacune des 169 communes de l’immense troisième circonscription. »

À l’époque, les maires accueillaient le candidat communiste, quelle que soit sa sensibilité. Une tradition républicaine. Les temps ont changé. Franck Longo, actuel maire de Fontaine (MoDem), brillait ainsi par son absence.
Yvonne Roussin, citoyenne de Fontaine, tient à exprimer son émotion en quelques mots, concluant : « Il reste inoubliable pour ceux qui l’ont côtoyé. Merci Monsieur Louis Maisonnat. »
Artisan du communisme municipal
Yves Contreras, qui fut adjoint au maire Louis Maisonnat puis premier adjoint de Yannick Boulard, se souvient : « Quand nous arrivâmes en 1983 au conseil municipal, ses premiers mots furent pour nous, les plus jeunes élus. ‘Soyez attentifs aux autres, aux fontainois et fontainoises, au personnel communal. À leurs représentants syndicaux, respectez-les.’ Et d’ajouter, ‘votre place d’élu n’est pas dans les bureaux, mais dans la ville, avec la vie associative, dans les quartiers, dans les commerces, sur les marchés, devant les écoles et les entreprises’. Et pour s’assurer que nous avions bien compris, il nous mettait une deuxième couche. ‘La première qualité d’un ou d’une élu, ce n’est pas d’avoir une grande langue mais deux grandes oreilles’. » Yves Contreras cite une autre phrase du maire : « L’important, ce n’est pas de prendre une décision, mais de vérifier si elle est traitée. »

De nombreux exemples sont égrenés, illustrant le souci quotidien de Louis Maisonnat à répondre aux demandes les plus petites et pressantes des jeunes, des locataires, des syndicalistes en lutte.
Claudine Didier, élue d’opposition à la ville de Fontaine et à la Métropole, évoque les réalisations de l’édile PCF : « Nous lui devons la première ligne de tramway à Fontaine, la zone des Vouillants, l’une des premières zones industrielles de France, un programme de logements accessibles, des équipements publics, des écoles, la bibliothèque, la piscine, des équipements sportifs, la MJC et l’hôtel de ville. Dès 1971, il innove dans l’agglomération en impulsant des réunions de quartier. Il mettra en place des événements festifs. Tel que le carnaval, Fontaine en montagne, la foire d’automne, la fête de la jeunesse. »

Louis Maisonnat sera l’un des artisans, en France, du « communisme municipal ». Lequel s’est traduit à Fontaine par des générations d’habitants — dont de nombreux immigrés originaires d’Italie — qui se sont intégrées dans une vie sociale riche. Les municipalités successives conduites par l’élu communiste reflétaient la diversité politique de la gauche ainsi que la diversité sociale de la commune.
« Un promoteur infatigable de la paix et de la solidarité internationale »
Laurent Jadeau, élu communiste d’opposition à Fontaine, salue quant à lui le « promoteur infatigable de la paix et de la solidarité internationale ». Ce que Louis Maisonnat a « concrétisé avec deux jumelages en 1963 : Schmalkaden en Allemagne et Alpignano en Italie. Suivis en 1991 par un troisième avec Sommatino signé par Yannick Boulard. Ce premier jumelage en 1963 était d’une audace et d’une vision incroyables. En effet, nous sommes moins de vingt ans après la fin de la Deuxième Guerre mondiale et en pleine tension de la Guerre froide. Louis Maisonnat signe avec Karl-Heinz Hesse, le maire de Schmalkalden, un jumelage alors que les blessures dans le peuple de France sont encore très vives. Qui plus est, cette ville se situe en RDA, pays qui n’est même pas encore officiellement reconnu par l’État français. Il se développe immédiatement entre nos deux villes par les échanges entre associations. »

Danielle Resta, fille aînée de Louis Maisonnat, prend à son tour la parole au nom de la famille, en remerciant le PCF pour l’hommage rendu : « Être réunis ici, sur cette place qui porte son nom, est un moment émouvant pour nous. Avec les élus, les équipes municipales et le personnel de la ville, Louis a œuvré pour faire avancer Fontaine, développer ses services et améliorer la vie quotidienne des familles, des jeunes et des aînés. Celui et ceux qui ont travaillé avec lui le savent, il avait un caractère bien trempé. Il était exigeant, parfois très exigeant. Mais cette exigence était aussi celle qu’il s’imposait à lui-même et qu’il mettait au service des projets auxquels il croyait. Il était à la hauteur de son engagement. Il avait des convictions fortes, une volonté farouche de les défendre jusqu’au bout. Il pouvait être déterminé, parfois direct, et il ne renonçait pas facilement lorsqu’il estimait qu’une décision était juste. »

Sa fille rappelle qu’il n’était pas seulement un élu, mais « avant tout un mari, un père, un beau-père, un grand-père, un homme aimant, attentif à sa famille, un homme qui savait écouter, conseiller et qui était à l’écoute de ses enfants et de ses proches. Il était un humaniste profondément attaché à Fontaine et à celles et ceux qui y vivaient. » Et Danielle Resta de conclure : « Aujourd’hui, nous voulons avoir une pensée pour toutes les personnes qui l’ont connu, qui ont travaillé avec lui, qui ont partagé ses combats, qui ont parfois discuté avec lui ou qui ont simplement croisé son chemin. »

La matinée hommage s’est terminée par un buffet et des chants populaires et révolutionnaires (La Marseillaise, Le Chant des partisans, l’Internationale…) interprétés par Claude Belmudes. Parmi les nombreux présents, citons aussi Alfred Gryelec, ancien maire et conseiller général de Vizille, Yannick Boulard et Jean-Paul Trovero, anciens maires de Fontaine, Jérémie Giono, secrétaire départemental du PCF Isère, Salavatore Origlio, ex-principal du collège Gérard-Philipe, Marie-Noëlle Batistel, députée de la quatrième circonscription, Guillaume Lissy, maire de Seyssinet et président de la Métropole, Mitra Rezai, élue à Saint-Martin‑d’Hères, ou encore Sylvette Rochas (Échirolles).

Vidéo hommage
La section PCF Fontaine rive gauche Vercors a produit une vidéo relatant l’hommage rendu à Louis Maisonnat : youtube.com/watch?v=7T45IVouvE4


