Aux collèges Vercors et Jules-Vallès, des fermetures de classes qui passent mal

Par Manuel Pavard

/

Image principale
Les personnels grévistes des collèges Vercors et Jules-Vallès se sont rassemblés devant le rectorat à l'heure de la pause méridienne, mardi 16 juin.
Les personnels des collèges Vercors, à Grenoble, et Jules-Vallès, à Fontaine, étaient en grève ce mardi 16 juin pour protester contre les fermetures de classes prévues à la rentrée et le manque de moyens. Contestant les arguments du rectorat, les enseignants fustigent une logique privilégiant systématiquement les économies aux conditions d'apprentissage des élèves. Une mobilisation à laquelle s'associent les AESH, qui réclament notamment leur titularisation dans la fonction publique et des salaires décents.

Classes fer­mées, postes sup­pri­més, moyens en berne… Pas une semaine ne passe, depuis le début du prin­temps, sans une mobi­li­sa­tion des ensei­gnants, AESH ou parents d’é­lèves dans un éta­blis­se­ment sco­laire de l’ag­glo­mé­ra­tion. Quand il ne s’a­git pas des écoles pri­maires — seize écoles gre­no­bloises concer­nées par des fer­me­tures de classes à la ren­trée -, ce sont des col­lèges qui sont empor­tés par cette vague contes­ta­taire. Mar­di 16 juin, les per­son­nels des col­lèges Ver­cors et Jules-Val­lès, situés res­pec­ti­ve­ment à Gre­noble et Fon­taine, étaient ain­si en grève pour deman­der le « réta­blis­se­ment des moyens sup­pri­més ».

Si les griefs sont nom­breux, une reven­di­ca­tion pré­do­mi­nait chez les gré­vistes ras­sem­blés le midi devant le rec­to­rat : le refus de la fer­me­ture d’une classe, mesure pré­vue dans cha­cun des deux éta­blis­se­ments, d’a­près les annonces des ser­vices aca­dé­miques. Au col­lège Jules-Val­lès, c’est ain­si une classe de sixième qui pas­se­ra à la trappe en sep­tembre. Avec, à chaque fois, le même argu­ment employé par le rec­to­rat comme par le minis­tère de l’É­du­ca­tion natio­nale, à savoir la baisse démo­gra­phique.

« C’est dommage de ne pas en profiter pour maintenir les moyens »

Si « l’ar­gu­ment est a prio­ri réel natio­na­le­ment », Auré­lien Lapierre, pro­fes­seur d’EPS à Jules-Val­lès et syn­di­qué au SNEP-FSU (Syn­di­cat natio­nal de l’é­du­ca­tion phy­sique), regrette le choix sys­té­ma­tique du nivel­le­ment par le bas : « C’est dom­mage de ne pas en pro­fi­ter pour main­te­nir les moyens. On ne demande même pas d’aug­men­ter les moyens mais de les main­te­nir, pour amé­lio­rer les condi­tions d’ap­pren­tis­sage. »

Les col­lèges Ver­cors et Jules-Val­lès vont perdre res­pec­ti­ve­ment une classe de cin­quième et une classe de sixième à la ren­trée de sep­tembre 2026.

Concrè­te­ment, les effec­tifs 2026–2027 pas­se­ront à 26 élèves par classe en moyenne, dans les trois classes de sixième du col­lège fon­tai­nois. « Sans la fer­me­ture, on serait entre 19 et 20 élèves par classe », sou­ligne l’en­sei­gnant. « Ça aurait été une belle occa­sion de pou­voir rejoindre la moyenne euro­péenne qui est à 21 élèves par classe dans le secon­daire — contre 26 en France », déplore-t-il.

Auré­lien Lapierre évoque éga­le­ment les dis­po­si­tifs des­ti­nés aux « élèves qui peuvent arri­ver au fil de l’eau », comme l’u­ni­té péda­go­gique pour élèves allo­phones arri­vants (UPE2A). Toutes les classes étant qua­si­ment pleines, « on aura très peu de places pour ces élèves non fran­co­phones qui ont vrai­ment besoin d’un accueil spé­ci­fique », pré­vient le prof d’EPS.

« Ça aurait été une belle occa­sion de pou­voir rejoindre la moyenne euro­péenne qui est à 21 élèves par classe dans le secon­daire — contre 26 en France. »

Le constat glo­bal effec­tué par ce der­nier est aus­si valable pour ses col­lègues du col­lège Ver­cors. L’é­ta­blis­se­ment du quar­tier Abbaye-Jou­haux perd, lui, une classe de cin­quième. Chrys­telle Blanc-Lanaute, pro­fes­seure de fran­çais, dénonce un tour de passe-passe, voire une mani­pu­la­tion de la part du rec­to­rat. Déjà car la dota­tion horaire avait été allouée sur la base d’une pré­vi­sion d’ef­fec­tifs, en février der­nier, de 288 élèves. Ce, alors que le total se monte aujourd’­hui à 304 élèves.

Quant aux cin­quièmes, ceux-ci se répar­ti­ront en trois classes à la ren­trée pro­chaine. « On avait des classes de sixième peu char­gées, avec plu­tôt 19–20 élèves et effec­ti­ve­ment, en cette fin d’an­née, ils étaient 74 », pré­cise l’en­sei­gnante. Soit tout proche du seuil de 76 qui per­met­trait l’ou­ver­ture d’une qua­trième classe — on ne peut pas dépas­ser les 25 élèves par classe. « On trouve ça scan­da­leux parce qu’à cette époque de l’an­née, on n’est pas à 76 pile en effet, il en manque deux », ajoute-t-elle. Mais avec l’arrivée des UPE2A et des élèves ULIS non encore affec­tés au col­lège, le seuil sera en réa­li­té lar­ge­ment atteint et les effec­tifs avoi­si­ne­ront donc les 25 élèves par classes.

« Ça ne laisse aucune chance à ces élèves de s’en sortir »

« Sur cer­tains niveaux, dont la cin­quième, on a sept ou huit élèves à besoins par­ti­cu­liers par classe, soit près du tiers », pour­suit Chrys­telle Blanc-Lanaute. À ses côtés, l’un de ses col­lègues abonde : « On a des élèves qui sont réel­le­ment en dif­fi­cul­té, des élèves qui ne parlent pas fran­çais, d’autres qui devraient être en IME mais qui n’y sont pas et qui se retrouvent dans nos classes. À 19, c’é­tait déjà com­pli­qué. Et là, on va être à 24, 25… Ça ne laisse aucune chance à ces élèves de s’en sor­tir. »

AESH (au pre­mier plan, assises sur le muret) et ensei­gnants luttent ensemble dans les deux col­lèges.

L’en­sei­gnant du col­lège Ver­cors met en balance les 4 000 sup­pres­sions de postes annon­cées — « ça repré­sente 40 heures sup­pri­mées dans notre éta­blis­se­ment » — et les « 10 mil­liards don­nés pour construire un porte-avions ». Dif­fi­cile pour lui de cacher son amer­tume : « Il y a de l’argent qui déborde des caisses pour les mar­chands d’armes. Et de l’autre côté, une école où la seule pro­messe pour les élèves, ça va être de mar­cher au pas avec le nou­veau ser­vice mili­taire. »

En outre, les col­lèges Ver­cors et Jules-Val­lès font par­tie des 800 col­lèges dits « en pro­grès ». Ceux qui concentrent les situa­tions de plus grande dif­fi­cul­té sco­laire. « On nous demande donc d’a­voir une réflexion, au niveau des équipes de la com­mu­nau­té édu­ca­tive, sur les dis­po­si­tifs péda­go­giques, sur l’or­ga­ni­sa­tion de l’é­ta­blis­se­ment pour amé­lio­rer la réus­site des élèves… Ce qui est très bien », recon­naît Auré­lien Lapierre. « Mais élu­der com­plè­te­ment la ques­tion des moyens humains et du taux d’en­ca­dre­ment, ça va à l’en­contre de l’ob­jec­tif affi­ché et ça, c’est pro­blé­ma­tique. »

Les AESH également mobilisées

Les accom­pa­gnants d’é­lèves en situa­tion de han­di­cap (AESH) des col­lèges Ver­cors et Jules-Val­lès étaient éga­le­ment en grève et mobi­li­sées mar­di 16 juin. Elles réclament notam­ment une reva­lo­ri­sa­tion de leur sta­tut, avec une titu­la­ri­sa­tion comme fonc­tion­naires de caté­go­rie B, et de leur salaire. « Aujourd’­hui, on ne gagne même pas 1000 euros par mois, on est à 960 euros pour 24 heures », indique Katia, AESH au col­lège Ver­cors. « On n’a aucune recon­nais­sance du rec­to­rat ou du gou­ver­ne­ment. Pour eux, ce n’est même pas un métier mais une fonc­tion », s’emporte-t-elle.

Sa col­lègue Flo­rence rap­pelle par ailleurs un point cru­cial : pour les AESH, ces 24 heures en valent bien 35. « C’est le concept de temps plein émo­tion­nel, explique-t-elle. Parce que vous faites 24 heures en pré­sence d’é­lèves avec des besoins lourds, avec une hyper-vigi­lance constante pour faire en sorte que ça se passe bien. Concrè­te­ment, quand on a fini les 24 heures, on est com­plè­te­ment rin­cés ! » L’AESH l’as­sure, « on ne peut pas faire 35 heures sur ces fonc­tions-là en étant dis­po­nible pour les élèves, en étant dans la bien­veillance. Ce n’est pas pos­sible. »

Si leur lutte rejoint celle de l’en­semble des per­son­nels, c’est car tous sont tou­chés par la sup­pres­sion d’une classe. Suivre des élèves dans une classe de 25 ou de 19, dans un groupe ou dans un demi-groupe, ce n’est pas la même chose. « La jeu­nesse, c’est vrai­ment le parent pauvre dans le pays aujourd’­hui », se déso­lent Katia et Flo­rence. « Que ce soit les enfants qui sont en dan­ger — on l’a vu la semaine der­nière avec les mani­fes­ta­tions contre les VSS — et ici, l’é­du­ca­tion… L’É­tat n’in­ves­tit pas dans son ave­nir. »

Partager cet article

Avant de partir

Votre soutien compte pour nous

Le Travailleur alpin vit depuis 1928 grâce à l’engagement de ses lecteurs. Aujourd’hui encore, ce média propose un autre regard sur vos espoirs, vos luttes, vos aspirations. Une voix unique dans la presse d’information départementale.

Pour protéger l’indépendance du Travailleur alpin, assurer son développement, vos dons nous sont précieux – nous assurons leur traitement en partenariat avec la fondation l’Humanité en partage.

Merci d’avance.

Faire un don défiscalisé maintenant

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *