Aux collèges Vercors et Jules-Vallès, des fermetures de classes qui passent mal
Par Manuel Pavard
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Classes fermées, postes supprimés, moyens en berne… Pas une semaine ne passe, depuis le début du printemps, sans une mobilisation des enseignants, AESH ou parents d’élèves dans un établissement scolaire de l’agglomération. Quand il ne s’agit pas des écoles primaires — seize écoles grenobloises concernées par des fermetures de classes à la rentrée -, ce sont des collèges qui sont emportés par cette vague contestataire. Mardi 16 juin, les personnels des collèges Vercors et Jules-Vallès, situés respectivement à Grenoble et Fontaine, étaient ainsi en grève pour demander le « rétablissement des moyens supprimés ».
Si les griefs sont nombreux, une revendication prédominait chez les grévistes rassemblés le midi devant le rectorat : le refus de la fermeture d’une classe, mesure prévue dans chacun des deux établissements, d’après les annonces des services académiques. Au collège Jules-Vallès, c’est ainsi une classe de sixième qui passera à la trappe en septembre. Avec, à chaque fois, le même argument employé par le rectorat comme par le ministère de l’Éducation nationale, à savoir la baisse démographique.
« C’est dommage de ne pas en profiter pour maintenir les moyens »
Si « l’argument est a priori réel nationalement », Aurélien Lapierre, professeur d’EPS à Jules-Vallès et syndiqué au SNEP-FSU (Syndicat national de l’éducation physique), regrette le choix systématique du nivellement par le bas : « C’est dommage de ne pas en profiter pour maintenir les moyens. On ne demande même pas d’augmenter les moyens mais de les maintenir, pour améliorer les conditions d’apprentissage. »

Concrètement, les effectifs 2026–2027 passeront à 26 élèves par classe en moyenne, dans les trois classes de sixième du collège fontainois. « Sans la fermeture, on serait entre 19 et 20 élèves par classe », souligne l’enseignant. « Ça aurait été une belle occasion de pouvoir rejoindre la moyenne européenne qui est à 21 élèves par classe dans le secondaire — contre 26 en France », déplore-t-il.
Aurélien Lapierre évoque également les dispositifs destinés aux « élèves qui peuvent arriver au fil de l’eau », comme l’unité pédagogique pour élèves allophones arrivants (UPE2A). Toutes les classes étant quasiment pleines, « on aura très peu de places pour ces élèves non francophones qui ont vraiment besoin d’un accueil spécifique », prévient le prof d’EPS.
« Ça aurait été une belle occasion de pouvoir rejoindre la moyenne européenne qui est à 21 élèves par classe dans le secondaire — contre 26 en France. »
Le constat global effectué par ce dernier est aussi valable pour ses collègues du collège Vercors. L’établissement du quartier Abbaye-Jouhaux perd, lui, une classe de cinquième. Chrystelle Blanc-Lanaute, professeure de français, dénonce un tour de passe-passe, voire une manipulation de la part du rectorat. Déjà car la dotation horaire avait été allouée sur la base d’une prévision d’effectifs, en février dernier, de 288 élèves. Ce, alors que le total se monte aujourd’hui à 304 élèves.
Quant aux cinquièmes, ceux-ci se répartiront en trois classes à la rentrée prochaine. « On avait des classes de sixième peu chargées, avec plutôt 19–20 élèves et effectivement, en cette fin d’année, ils étaient 74 », précise l’enseignante. Soit tout proche du seuil de 76 qui permettrait l’ouverture d’une quatrième classe — on ne peut pas dépasser les 25 élèves par classe. « On trouve ça scandaleux parce qu’à cette époque de l’année, on n’est pas à 76 pile en effet, il en manque deux », ajoute-t-elle. Mais avec l’arrivée des UPE2A et des élèves ULIS non encore affectés au collège, le seuil sera en réalité largement atteint et les effectifs avoisineront donc les 25 élèves par classes.
« Ça ne laisse aucune chance à ces élèves de s’en sortir »
« Sur certains niveaux, dont la cinquième, on a sept ou huit élèves à besoins particuliers par classe, soit près du tiers », poursuit Chrystelle Blanc-Lanaute. À ses côtés, l’un de ses collègues abonde : « On a des élèves qui sont réellement en difficulté, des élèves qui ne parlent pas français, d’autres qui devraient être en IME mais qui n’y sont pas et qui se retrouvent dans nos classes. À 19, c’était déjà compliqué. Et là, on va être à 24, 25… Ça ne laisse aucune chance à ces élèves de s’en sortir. »

L’enseignant du collège Vercors met en balance les 4 000 suppressions de postes annoncées — « ça représente 40 heures supprimées dans notre établissement » — et les « 10 milliards donnés pour construire un porte-avions ». Difficile pour lui de cacher son amertume : « Il y a de l’argent qui déborde des caisses pour les marchands d’armes. Et de l’autre côté, une école où la seule promesse pour les élèves, ça va être de marcher au pas avec le nouveau service militaire. »
En outre, les collèges Vercors et Jules-Vallès font partie des 800 collèges dits « en progrès ». Ceux qui concentrent les situations de plus grande difficulté scolaire. « On nous demande donc d’avoir une réflexion, au niveau des équipes de la communauté éducative, sur les dispositifs pédagogiques, sur l’organisation de l’établissement pour améliorer la réussite des élèves… Ce qui est très bien », reconnaît Aurélien Lapierre. « Mais éluder complètement la question des moyens humains et du taux d’encadrement, ça va à l’encontre de l’objectif affiché et ça, c’est problématique. »
Les AESH également mobilisées
Les accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) des collèges Vercors et Jules-Vallès étaient également en grève et mobilisées mardi 16 juin. Elles réclament notamment une revalorisation de leur statut, avec une titularisation comme fonctionnaires de catégorie B, et de leur salaire. « Aujourd’hui, on ne gagne même pas 1000 euros par mois, on est à 960 euros pour 24 heures », indique Katia, AESH au collège Vercors. « On n’a aucune reconnaissance du rectorat ou du gouvernement. Pour eux, ce n’est même pas un métier mais une fonction », s’emporte-t-elle.
Sa collègue Florence rappelle par ailleurs un point crucial : pour les AESH, ces 24 heures en valent bien 35. « C’est le concept de temps plein émotionnel, explique-t-elle. Parce que vous faites 24 heures en présence d’élèves avec des besoins lourds, avec une hyper-vigilance constante pour faire en sorte que ça se passe bien. Concrètement, quand on a fini les 24 heures, on est complètement rincés ! » L’AESH l’assure, « on ne peut pas faire 35 heures sur ces fonctions-là en étant disponible pour les élèves, en étant dans la bienveillance. Ce n’est pas possible. »
Si leur lutte rejoint celle de l’ensemble des personnels, c’est car tous sont touchés par la suppression d’une classe. Suivre des élèves dans une classe de 25 ou de 19, dans un groupe ou dans un demi-groupe, ce n’est pas la même chose. « La jeunesse, c’est vraiment le parent pauvre dans le pays aujourd’hui », se désolent Katia et Florence. « Que ce soit les enfants qui sont en danger — on l’a vu la semaine dernière avec les manifestations contre les VSS — et ici, l’éducation… L’État n’investit pas dans son avenir. »


