Grenoble. Des listes de gauche écartées des débats du Dauphiné libéré et France 3
Par Manuel Pavard
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« Censure anti-démocratique » pour le Grenoble Alpes collectif (GAC), « boycott » pour le NPA-Révolutionnaires… À un peu plus d’une semaine du premier tour des élections municipales à Grenoble, le choix des invités aux débats organisés par Le Dauphiné libéré et France 3 fait couler de l’encre à gauche de l’échiquier politique. Et pour cause. Pour leurs événements respectifs des jeudi 5 et lundi 9 mars, les deux médias n’ont convié que six des dix candidats déclarés : Allan Brunon (LFI), Alain Carignon (LR), Valentin Gabriac (RN), Romain Gentil (Place publique), Hervé Gerbi (Horizons) et Laurence Ruffin (union de la gauche écologiste et citoyenne).

Nulle trace des autres têtes de liste : Thomas Simon pour le Grenoble Alpes collectif, Baptiste Anglade pour le NPA-Révolutionnaires, Catherine Brun pour Lutte ouvrière. Sans oublier la dixième et dernière liste déposée en préfecture, conduite par Geneviève Kryzak et soutenue par le Parti des travailleurs. Or, si le timing serré peut être invoqué concernant cette dernière, officialisée tout récemment, il n’en va pas de même pour les trois autres, en campagne depuis de longues semaines.
« Un choix éditorial qui favorise la droite et l’extrême droite »
« Au nom de l’éthique et de l’équité démocratique entre les listes, nous vous demandons de revenir sur ce choix et d’inviter le Grenoble Alpes collectif tout comme le NPA‑R et Lutte ouvrière », écrit le GAC dans une lettre ouverte adressée le 3 mars aux deux rédactions en chef. « Au Dauphiné, vous nous avez répondu que ce choix s’explique par “un manque de place” et “un choix éditorial”. Cette réponse est inacceptable », s’indigne le collectif.

Le Dauphiné libéré a également tenté de se justifier en expliquant avoir choisi « d’inviter les candidat.es potentiels du second tour même si tous n’y seront pas ». Argument là encore irrecevable, rétorque le GAC dans un communiqué diffusé ce jeudi 5 mars, quelques heures avant le débat du quotidien régional : « Rien ne permet de garantir que les six candidat.es seront au second tour et encore moins le sondage […] sur lequel iels se basent. C’est un choix éditorial qui favorise clairement la droite et l’extrême droite ainsi que la gauche de pouvoir mais toutes les voix qui proposent un autre modèle démocratique sont censurées. »
« Ça nous interroge sur les choix de sa direction et son indépendance »
De son côté, Baptiste Anglade dénonce, dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux ce jeudi 5 mars, le « caractère arbitraire de cette sélection » opérée par le DL. « Ça nous interroge sur les choix de sa direction et son indépendance vis-à-vis de l’actionnaire du journal, la banque du Crédit mutuel, poursuit le candidat du NPA‑R. En janvier dernier déjà, le directeur du groupe Ebra — auquel appartient Le Dauphiné libéré — avait été épinglé par le Syndicat national des journalistes pour son soutien officiel à la candidate d’extrême droite [NDLR : à la mairie de Paris] Sarah Knafo », députée européenne Reconquête et proche d’Éric Zemmour.

En intervenant au débat, l’éducateur spécialisé aurait pu pointer « le caractère réactionnaire et pro-patronal de cette extrême droite que les patrons de presse affectionnent autant », déplore-t-il. Baptiste Anglade aurait en outre eu l’occasion d’évoquer le « rôle néfaste » des grands patrons de presse, « les Bolloré, les Arnault, les Saadé ». Lesquels constituent, selon la tête de liste du NPA‑R, de sérieux « obstacles » au travail des journalistes présents sur le terrain.
Des soutiens et un dernier espoir
Ces regrets et cette incompréhension, le GAC les partage également. « Nous avons défendu une autre façon de faire de la politique, joyeuse et festive, avec un plébiscite et une désignation de liste avec une élection sans candidat.e, indique le collectif. Nous sommes dans un réseau de 700 listes citoyennes à travers la France (plus que Place publique et Horizon réunis) dont certaines ont gagné en 2020 des villes comme Poitiers. N’est-ce pas des éléments suffisants pour pouvoir présenter notre programme lors de ce débat ? »

À ce stade, Laurence Ruffin et Romain Gentil ont apporté leur soutien aux listes mises sur la touche, tout comme quelques élus et responsables politiques, à l’image de Jérémie Giono, secrétaire départemental du PCF Isère, Simon Billouet, conseiller départemental du groupe Union de la gauche écologiste et solidaire (UGES), ou Antoine Back, adjoint au maire de Grenoble. Reste toutefois un petit espoir, conclut le Grenoble Alpes collectif : « Il est encore temps pour France 3 de nous inviter à leur débat. »


