« Portraits communistes » : regards croisés sur les militants PCF isérois

Par Manuel Pavard

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Les auteurs sont venus présenter le livre au siège de la fédération PCF, qui accueille une exposition de photos en noir et blanc des douze militants communistes interrogés.
La fédération du PCF de l'Isère accueillait, vendredi 27 février, Thomas Petit et Xavier Saconney, auteurs de "Portraits communistes". Le livre regroupe douze portraits écrits et photographiques de militants isérois, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes. Tous ont accepté de se livrer, sous la plume du premier et l'objectif du second, narrant leur histoire personnelle et familiale, les raisons de leur engagement, leurs liens avec le parti... Douze témoins et autant de façons différentes d'être communiste, mais avec la volonté partagée d'œuvrer pour un monde meilleur.

Que signi­fie « être com­mu­niste » aujourd’­hui ? La ques­tion a ser­vi de fil conduc­teur à Tho­mas Petit et Xavier Sacon­ney, des pré­mices du pro­jet jus­qu’à sa réa­li­sa­tion. Ini­tia­le­ment pour­tant, « cet uni­vers [leur]était com­plè­te­ment incon­nu », recon­naissent les deux auteurs, venus pré­sen­ter Por­traits com­mu­nistes, ven­dre­di 27 février, au siège de la fédé­ra­tion du PCF de l’I­sère, à Gre­noble. Un bel ouvrage de 113 pages, édi­té en ce début d’an­née 2026 par Le Tra­vailleur alpin.

Tho­mas Petit (à gauche) et Xavier Sacon­ney, auteurs de « Por­traits com­mu­nistes ».

L’i­dée du livre n’est cepen­dant pas venue ins­tan­ta­né­ment. C’est plu­tôt le fruit d’un « long che­mi­ne­ment de neuf mois », indique Tho­mas Petit. Ingé­nieur en méca­nique et fia­bi­li­té, celui-ci avait, comme son aco­lyte pho­to­graphe, une sen­si­bi­li­té de gauche, mais sans connaître plus que ça le PCF, dont tous deux n’é­taient ni mili­tants ni sym­pa­thi­sants. À l’o­ri­gine, raconte le rédac­teur de Por­traits com­mu­nistes, « tout a com­men­cé avec Michel », son voi­sin deve­nu ami, mili­tant com­mu­niste depuis plus de cin­quante ans.

« Rendre compte de leur engagement inconditionnel »

Au fil des dis­cus­sions, des récits, des ren­contres avec les cama­rades de Michel, Tho­mas Petit sent la « curio­si­té » le piquer. En paral­lèle, il est ame­né, dans son contexte pro­fes­sion­nel, à se for­mer à la socio­lo­gie et à l’en­quête de ter­rain. Ce qui le conduit à effec­tuer une pre­mière série d’in­ter­views. « L’exer­cice m’a plu, se sou­vient-il. Mais je ne savais pas où j’al­lais. » Xavier Sacon­ney abonde : « C’est l’his­toire d’un tra­que­nard, plai­sante-t-il. Au départ, Tho­mas me sol­li­cite pour faire quelques pho­tos en vue d’ar­ticles à paraître dans Le Tra­vailleur alpin. Tout ça pour finir sur une expo et un bou­quin ! »

À gauche, Michel, voi­sin et pre­mier « témoin » de Tho­mas, et au micro, Anto­nin.

C’est la ren­contre avec un autre Michel, éga­le­ment mili­tant com­mu­niste, qui sera déci­sive pour Tho­mas Petit. Après quelques échanges et hési­ta­tions, ceux-ci décident fina­le­ment de sor­tir un livre, s’ac­cor­dant sur le choix des douze mili­tants inter­ro­gés et pho­to­gra­phiés, issus des sec­tions PCF de Gre­noble, Échi­rolles et Fon­taine. Un panel varié, mêlant hommes et femmes de plu­sieurs géné­ra­tions, de l’é­tu­diante de 25 ans au retrai­té de 88 ans.

Lucie, étu­diante et mili­tante com­mu­niste, ben­ja­mine des per­sonnes inter­viewées.

« Mon objec­tif, c’é­tait de rendre compte de quelque chose qui m’im­pres­sion­nait chez les com­mu­nistes, à savoir leur enga­ge­ment incon­di­tion­nel », explique Tho­mas. De mai à décembre 2025, Xavier et lui réa­lisent ain­si douze entre­tiens bio­gra­phiques, « assez libres ». Le but, pré­cise-t-il, n’é­tait « pas de faire un compte-ren­du exhaus­tif ». Au contraire, « chaque por­trait est anglé », au sens jour­na­lis­tique du terme, confie Michel.

Chacun ses raisons d’être communiste

Len­ka, Anto­nin, Lucie, Fran­çois, Isa­belle, Murielle, Cathe­rine, Mary­line, Chris­tian, Michel, Anne-Marie, Romain. Douze por­traits, subli­més par de magni­fiques pho­tos et rela­tant cha­cun une his­toire dif­fé­rente. Des com­mu­nistes tom­bés dans la mar­mite car nés dans une famille mili­tante, d’autres s’é­tant poli­ti­sés plus tard (à la JC ou direc­te­ment au PCF), avec des portes d’en­trée très diverses — au lycée ou à la fac, via le syn­di­ca­lisme (Unef ou CGT), au ser­vice mili­taire, dans les tri­bunes

Tho­mas Petit, ingé­nieur for­mé à la socio­lo­gie et auteur de son pre­mier livre.

Tous évoquent leur atta­che­ment très fort envers le par­ti, tout en fai­sant preuve d’une réelle « auto­no­mie intel­lec­tuelle », salue Tho­mas Petit, agréa­ble­ment sur­pris sur ce point. Au contact des mili­tants, les cli­chés qu’il pou­vait avoir au sujet d’un par­ti mono­li­thique volent rapi­de­ment en éclats. Une par­tie d’entre eux sont plus « ani­més par la vie des idées » et le bagage théo­rique, d’autres par le mili­tan­tisme au quo­ti­dien et le tra­vail sur le ter­rain. « Cer­tains assument ne pas être d’ac­cord avec toutes les posi­tions majo­ri­taires du groupe, constate le rédac­teur. Plu­sieurs m’ont dit que s’ils approu­vaient 95 % de la ligne, ce n’é­tait pas grave pour les 5 % res­tants, ils fai­saient avec. »

Les mili­tants pré­sents dans le livre ont tous évo­qué, lors de la pré­sen­ta­tion du livre, le plai­sir qu’ils ont eu à plon­ger dans leurs sou­ve­nirs.

In fine, le prin­ci­pal ensei­gne­ment, sou­ligne Michel (numé­ro 2), c’est que « cha­cun a des rai­sons par­ti­cu­lières d’être lui et d’être com­mu­niste ». Conclu­sion : « Chaque per­sonne a sa place au par­ti. » Et le meilleur moyen de le décou­vrir, c’est de lire ce superbe livre offrant des témoi­gnages et images d’une rare pro­fon­deur. Car « c’est bien ça le com­mu­nisme », assène Jéré­mie Gio­no, secré­taire dépar­te­men­tal du PCF Isère, dans la pré­face. « Des hommes et des femmes qui relèvent la tête, et œuvrent ensemble pour rendre ce monde meilleur, ici et main­te­nant, et pour demain. »

Expo pho­to à la fédé PCF

En com­plé­ment de la paru­tion de Por­traits com­mu­nistes, une expo­si­tion de pho­to­gra­phies en noir et blanc — dif­fé­rentes des images pré­sentes dans le livre — des douze mili­tants et mili­tantes inter­viewés, réa­li­sées par Xavier Sacon­ney, est actuel­le­ment visible dans les locaux du PCF Isère, au 20 rue Émile-Guey­mard, à Gre­noble (en face de la gare), aux horaires d’ou­ver­ture (en semaine, de 9h à 12h et de 14h à 17h envi­ron).

Pour acqué­rir l’ou­vrage, se ren­sei­gner auprès de la fédé­ra­tion PCF de l’I­sère. Prix : 10 euros.

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