Tags antisémites contre Édouard Schoene : l’affaire devant la cour d’appel de Grenoble
Par Manuel Pavard
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Les faits remontent à la nuit du 18 au 19 mars 2023. Des inscriptions antisémites, anticommunistes et pro-nazies étaient découvertes à Fontaine, sur des panneaux jetés dans le jardin d’Édouard Schoene ainsi que sur des affiches annonçant le loto des Amis du Travailleur alpin. Des messages odieux : « Drancy Auschwitz, le retour vite ! », « Juifs cocos, race de merde », « Grill chambre à gaz », « Judéo-communistes », « Viva Mussolini » ou encore « En souvenir de la famille Schoene à Drancy »… Le tout accompagné de croix gammées. Ce qui avait suscité une immense émotion, entraînant une grande manifestation antifasciste, le 31 mars 2023, à Fontaine.

Près de trois ans après pourtant, le ou les coupables courent toujours. Ceci, malgré la plainte avec constitution de partie civile déposée en novembre 2024 par l’ancien élu communiste fontainois et malgré les nombreux éléments à charge — pour certains nouveaux — dont il dispose avec son avocat. C’est d’ailleurs pour convaincre la justice de poursuivre l’instruction que Me Bernard Schmid a interjeté appel, au nom de son client, contre l’ordonnance de non-information rendue le 20 août 2025 par la juge d’instruction.
« J’ai cité dans la plainte des articles de la loi sur la liberté de la presse pour l’incitation à la haine raciale et l’apologie de crime contre l’humanité. Et un article du code pénal pour les menaces de mort. »
Soutenu sur place par une trentaine de personnes — dont des militants du PCF, du MRAP et de la LICRA -, Édouard Schoene était ainsi convoqué devant la cour d’appel de Grenoble ce mardi 10 février au matin. Une audience qui a d’abord donné lieu à des débats ubuesques concernant un point de procédure. « En présentant l’affaire, la présidente a dit que mon dossier était irrecevable. Selon l’avocate générale, j’aurais dû le déposer au greffe du tribunal judiciaire et non de la cour d’appel », s’étonne-t-il, précisant avoir été mal orienté à l’accueil du palais de justice — ce qu’a bien admis la cour.

Heureusement, les réticences de la représentante du parquet n’ont pas empêché Me Schmid d’aborder brièvement le fond. Et d’invalider les arguments justifiant l’ordonnance de non-information. « La juge d’instruction a considéré que les faits ne revêtaient aucune qualification pénale », rapporte l’avocat, en profond désaccord avec cette analyse. Et de préciser : « J’ai cité dans la plainte des articles de la loi sur la liberté de la presse pour l’incitation à la haine raciale et l’apologie de crime contre l’humanité. Et un article du code pénal pour les menaces de mort. » Trois infractions que l’on peut aisément relier aux propos incriminés, selon lui.
Des faits nouveaux émanant probablement « du même auteur »
Édouard Schoene et son défenseur misent en outre sur deux épisodes récents, susceptibles d’accréditer leur thèse. « Depuis que nous avons interjeté appel […], des faits nouveaux se sont produits, qui relèvent probablement de la même série d’agissements », souligne Me Schmid dans ses conclusions adressées à la cour d’appel. La première affaire date du 16 novembre 2025 lorsque des inscriptions antisémites et haineuses ont été découvertes sur la porte de la salle accueillant le meeting de lancement de campagne de la liste « Fontaine nous rassemble ». Des attaques visant plus particulièrement LFI et… Édouard Schoene — qui a porté plainte le lendemain.
Pour l’avocat, il s’agit « évidemment du même auteur ». Et ce, d’autant que « des indices concordants dirigent les soupçons vers un ancien conseiller municipal de la ville de Fontaine, Franck Sinisi ». Si cet ex-élu d’extrême droite reste « présumé innocent » à ce stade, rappelle Me Schmid, le personnage, sulfureux, traîne de lourdes casseroles judiciaires, ayant déjà été condamné pour incitation à la haine raciale, après avoir tenu des propos discriminatoires envers les Roms, en 2017. Une affaire qui lui avait valu d’être exclu du FN — avant son adhésion à Civitas.

Pour couronner le tout, Franck Sinisi est actuellement mis en cause dans un second dossier de nature similaire. Il a été placé en garde à vue le 13 janvier, dans le cadre de l’enquête sur les tags racistes et les ossements de porc découverts devant une salle de prière musulmane de Fontaine, le 19 septembre dernier. Son ADN a en effet été retrouvé sur un des os. Déféré au parquet, il comparaîtra devant le tribunal correctionnel de Grenoble le 10 avril.
« On demandera une expertise graphologique »
Quant à la cour d’appel, celle-ci rendra sa décision le 24 mars prochain. Édouard Schoene et son avocat espèrent trois choses : l’annulation de l’ordonnance de non-information du 20 août 2025 ; l’ouverture d’une information dirigée contre X en matière d’apologie de crime contre l’humanité, d’incitation à la haine raciale et de menaces de morts ; enfin, la mise en œuvre de mesures d’instruction afin de déterminer l’éventuelle implication de Franck Sinisi dans les faits mentionnés.
« Si l’instruction se poursuit, on demandera une expertise graphologique », annonce Me Schmid. Avant de partager sa conviction, toujours à propos de l’ancien conseiller municipal FN : « À supposer que ce soit lui, il finira par être confondu. »


