Le RER métropolitain grenoblois enfin sur les rails ?
Par Manuel Pavard
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Proposer un train du quotidien fiable et régulier. Telle est l’ambition prioritaire du Service express régional métropolitain (SERM) - ou RER grenoblois - dont le premier comité de pilotage s’est tenu en janvier 2025. Un projet crucial pour le développement du transport ferroviaire et pour la transition écologique. Mais qui doit encore surmonter différents écueils.

Faut-il voir le verre à moitié plein ou à moitié vide ? Il y a deux façons d’évaluer la situation du Service express régional métropolitain (SERM) — son appellation officielle depuis la labellisation, annoncée en juin 2024 par le ministère de la Transition écologique, du projet de RER métropolitain grenoblois. Côté pile, un SERM qui a connu, le 20 janvier dernier, la première réunion de son comité de pilotage rassemblant État, Région, Département, Métropole, SMMAG, SNCF et Société des grands projets (SGP). Et qui est aujourd’hui le plus avancé des six dossiers retenus en Auvergne-Rhône-Alpes. Côté face, un financement restant très flou, avec notamment une épineuse question à trancher : la répartition de la charge financière entre l’État et les collectivités locales.
De fait, « l’État a réussi à prendre la main sur les projets SERM, à travers la SGP », estime Antoine Fatiga, responsable de la CGT Transport Alpes. « Si la Région avait joué son rôle de cheffe de file des mobilités, comme le stipule la loi Notre, c’est elle qui aurait dû faire le job… Sauf que Wauquiez ne voulait pas mettre d’argent sur le ferroviaire, mais plutôt sur la route », tacle-t-il. Le manque d’enthousiasme de l’ex-président de Région n’a cependant pas freiné les projets locaux. Illustration, les SERM de Grenoble, de Chambéry et du Léman Express — qui intégrera désormais davantage l’Ain et le Grand Annecy — « doivent avoir un comité de pilotage final rendant la copie d’ici la fin de l’année 2025 », précise le syndicaliste.
Concrètement, d’importants aménagements sont prévus d’ici 2035 sur les lignes Rives-Brignoud, Saint-Marcellin-Gières et Clelles-Grenoble, où circuleront des trains toutes les 15 ou 30 minutes en heure de pointe (selon les axes), le tout sur une amplitude horaire étendue. Sans oublier de meilleures connexions entre trains, cars express, bus, trams, pistes cyclables, lignes de covoiturage… Pour Antoine Fatiga, la CGT et la SGP partagent ainsi une même réflexion sur « le ferroviaire, épine dorsale » d’un système plus global basé sur de vrais pôles d’échanges multimodaux. Vision qui s’oppose, selon lui, à celle, court-termiste, de trop nombreux élus : « Ils veulent mettre en place quelque chose tout de suite donc pour eux, c’est le car qui est la solution de facilité. »
Défenseurs du service public ferroviaire contre partisans de la privatisation
Fervents partisans du ferroviaire, donc du RER métropolitain, les militants CGT reconnaissent toutefois l’ampleur du chantier, avec trop d’investissements en suspens sur certaines lignes de train. Francis Playt, responsable régional de la CGT Cheminots, cite ainsi « la ligne Grenoble-Lyon, l’une des plus catastrophiques en termes de régularité, avec un retard d’investissement important sur l’entretien » ou encore « la troisième voie entre Moirans et Grenoble ». Même constat pour le plan d’occupation des voies : « Pour ajouter la voie F à Grenoble, la SNCF a dû racheter du foncier extrêmement cher », observe-t-il. Il y a donc « un retard de financement qu’il faut rattraper tandis que les élus, eux, veulent une réponse immédiate, explique Francis Playt. Et cette réponse, c’est de faire circuler des autocars plutôt que des trains pour lesquels il faut investir massivement, avec un plan. »
Si le SERM séduit néanmoins largement localement, son coût, estimé à plus d’un milliard d’euros, ne rassure pas des collectivités locales craignant d’être trop mises à contribution, dans un contexte budgétaire déjà difficile. « C’est à elles de pousser dans les comités de pilotage, pour dire à l’État de « mettre du blé » », affirme Antoine Fatiga. C’est « un débat politique de fond qu’on n’est pas nombreux à porter », regrette le représentant de la CGT Transport, saluant la mobilisation à ce sujet des élus régionaux communistes, insoumis et citoyens. Un groupe ayant d’ailleurs « voté contre la privatisation des TER », au contraire « des élus écologistes et socialistes qui se sont abstenus », s’étonne-t-il.
Quid du calendrier ? « Rien n’avancera avant 2032 », croit savoir le militant syndical. D’après lui, Laurent Wauquiez et sa « marionnette » Fabrice Pannekoucke vont en effet attendre la privatisation du ferroviaire que seule leur défaite électorale pourrait empêcher. Or, des infrastructures doivent être rénovées dans le cadre du SERM, dont « des gares nouvelles, ce qui implique de créer des passerelles et équipements », confie Francis Playt. « Mais à partir du moment où on demande à une collectivité de financer, ça coince », ajoute-t-il, confirmant que « l’objectif [de la droite] est bien la privatisation ». Désormais, il faudra « faire des choix face aux autoroutiers » qui ont empoché d’énormes gains ces dernières années, se projette Antoine Fatiga. « C’est la bataille des libéraux, au détriment du service public ferroviaire qu’on défend de notre côté. »
Manuel Pavard

Lyon-Turin. Accélérer sur les voies d’accès
Alors que le tunnel sera livré en 2032, la France reste à la traîne sur les voies d’accès au Lyon-Turin. La CGT appelle à passer à la vitesse supérieure.
En 2032, le tunnel transfrontalier de 57,5 km (futur plus long tunnel ferroviaire du monde), clé de voûte de la liaison Lyon-Turin, devrait être mis en service. Un moment clé pour le plus ambitieux projet européen de transport ferroviaire — de fret et de voyageurs. « Le tunnel pourra accueillir 30 à 35 millions de tonnes de marchandises. L’Italie sera en capacité de faire passer 25 millions de tonnes et côté français, on sera encore à la traîne », s’agace Antoine Fatiga, responsable de la CGT Transport Alpes. D’où l’enjeu, déjà pointé en 2023 par le syndicat : « Accélérer la mise en place des voies d’accès ». Soit quelque 140 km de voies nouvelles entre Lyon et Saint-Jean-de-Maurienne, empruntant notamment des tunnels creusés sous les massifs de Chartreuse et Belledonne.
Problème, le flou entourant le calendrier, avec une livraison — bien trop tardive selon la CGT — évoquée en 2045, et le financement. Des chiffres de 8, 10, voire 12 milliards d’euros sont avancés, sachant que l’Union européenne amènera 50 % et que la part de la Région Auvergne-Rhône-Alpes demeure incertaine. « Pour l’État, ce n’est qu’une question de volonté », estime Antoine Fatiga citant le concept « d’inaction climatique. Si on ne fait rien, ça coûte 7 à 10 % de PIB. »
« Une voie ferrée, ce n’est pas une autoroute »
En outre, poursuit-il, « si on ne réalise pas ces voies d’accès, on ne peut pas faire le RER métropolitain chambérien là où il faut. Car on le rappelle sans cesse, une voie ferrée, ce n’est pas une autoroute : il faut de la distance entre les trains, ils ne peuvent pas se doubler n’importe comment… »
La CGT réfute également les arguments des opposants qui, tel Sud Rail, jugent la ligne actuelle suffisante. « C’était peut-être vrai il y a 30–40 ans quand la gare de Modane, par exemple, comptait cinq cents cheminots. Aujourd’hui, ils ne sont pas plus de cinquante », illustre Antoine Fatiga. La ligne historique n’est, ajoute Francis Playt, de la CGT Cheminots Alpes, « plus adaptée aux normes et ne peut absorber la hausse du trafic de marchandises ».
Pour Antoine Fatiga, « le débat de fond, c’est comment contraindre le mode routier à venir sur le train ». Déplorant l’énorme pollution de l’air causée par la circulation des poids lourds dans la vallée de la Maurienne, il défend la « redevance poids lourds » prônée par la CGT. Pour en finir avec « l’aberration écologique du mode le plus polluant qui coûte le moins cher ».
Manuel Pavard

Un espoir pour la ligne des Alpes ?
Le train de nuit Paris-Briançon est passé par la gare de Grenoble durant quelques jours, début octobre. Une expérimentation visant pour la SNCF à vérifier la possibilité pour ce train de circuler sur un itinéraire bis (Lyon, Grenoble, Lus-la-Croix-Haute, Veynes), afin de contourner les travaux sur l’itinéraire habituel.
Pas encore d’exploitation commerciale régulière à l’horizon mais une démonstration concluante : un train de nuit peut emprunter la ligne des Alpes, d’où des perspectives pour la ligne Grenoble-Gap. « C’est un premier pas essentiel pour que la réflexion ne porte plus sur « roule ou roule pas », mais par où il passe en cas de travaux sur le trajet habituel », a salué le Collectif de l’étoile ferroviaire de Veynes.
Luc Renaud

Isère. Fin de la gratuité des transports scolaires
Les transports scolaires pour les collégiens et lycéens ne sont plus gratuits en Isère depuis la rentrée, sur décision de la Région Auvergne-Rhône-Alpes. Il en coûte 120 euros par an pour un élève.
Depuis la rentrée de septembre 2025, les familles de collégiens et lycéens de l’Ain, de l’Allier, de la Drôme et de l’Isère doivent payer 120 euros par enfant et par an pour les transports scolaires. « La Région Auvergne-Rhône-Alpes a en effet décidé de supprimer la gratuité des transports scolaires dans ces quatre départements, rompant avec le principe fondamental d’égalité d’accès à l’éducation », déplore Éric Hours, conseiller régional communiste.
Les élus de droite qui ont pris cette décision se retranchent une fois de plus derrière des directives de l’État qui demande une harmonisation nationale des tarifs. La gratuité en vigueur en Isère aurait pourtant pu être étendue dans toute la région. Mais dans notre régime antisocial, le nivellement vers le bas est toujours privilégié.
Une mesure qui « transforme un droit en marchandise »
« Cette mesure présentée comme une harmonisation touche de plein fouet les familles les plus modestes, déjà fragilisées par la hausse des prix et la précarité. Elle transforme un droit en marchandise, en faisant du trajet vers l’école un coût supplémentaire à supporter », s’insurge Éric Hours.
Les élus régionaux communistes dénoncent « une mesure antisociale, guidée par la seule logique comptable qui oublie encore une fois l’humain. L’école doit être gratuite, du cartable jusqu’au car scolaire ! » Et d’appeler la Région à revenir sur « une décision profondément injuste » et à « généraliser la gratuité » sur le territoire. Car « le transport scolaire est un droit, pas une variable d’ajustement budgétaire ».
Edouard Schoene
Une « mesure inégalitaire » pour Sud Éducation
Selon Sud Éducation 38, la fin de la gratuité des transports scolaires constitue « une double peine pour les familles les plus fragiles économiquement », mais aussi une mesure « inégalitaire ». De fait, « en appliquant un tarif similaire peu importe les revenus ou le quotient familial », la Région mène une politique « indolore pour les familles les plus aisées quand elle va peser sur les plus modestes et celles ayant le plus d’enfants en cours de scolarité », dénonce le syndicat.
2021
C’est depuis cette date que le réseau Transisère est devenu Cars Région Isère. En effet, selon la loi Notre, la compétence des transports scolaires a été transférée des départements à la région Auvergne-Rhône-Alpes en 2017. Mais en Isère, cette compétence a été déléguée au conseil départemental pendant une période transitoire. Délégation qui a pris fin le 1er septembre 2021.
Exceptions
Les élèves domiciliés et scolarisés dans certaines métropoles, communautés de communes ou d’agglomération ne dépendent pas de la Région pour le transport scolaire. Lequel est alors géré par le réseau de transports en commun du territoire : M’Réso pour la Métropole de Grenoble, le Grésivaudan et le Pays voironnais, L’va pour Vienne Condrieu Agglomération, Ruban pour la CAPI (Bourgoin-Jallieu). Avec des tarifs plus ou moins avantageux selon les cas.
120
euros par an
C’est la somme que doivent débourser (sauf dans certaines agglomérations) les collégiens et lycéens de l’Isère, la Drôme, l’Ain et l’Allier, depuis la rentrée de septembre 2025. Mais dans les départements où les tarifs dépassaient les 120 euros, le montant initial reste en vigueur. Exemple sur les terres de Laurent Wauquiez, en Haute-Loire, où cet abonnement coûte toujours 225 euros annuels !


