Grenoble. Lycéens, étudiants, profs… 10 000 manifestants « plus déter’ que jamais »

Par Manuel Pavard

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Des lycéens dans le cortège parti du lycée des Eaux-Claires, qui a rejoint à Chavant les deux autres cortèges, en provenance du campus et de l'Institut de géographie alpine, pour se diriger vers la place de Verdun.
Près de 10 000 personnes ont défilé dans les rues de Grenoble ce mardi 13 octobre, à l'appel de la coordination inter-lycées de Grenoble, de l'AG étudiante et de l'intersyndicale éducation Isère. Une nouvelle manifestation aux allures de test pour les lycéens, mobilisés depuis fin septembre et rejoints depuis une semaine par les étudiants, enseignants et parents d'élèves. Face à un gouvernement misant sur la répression policière et un essoufflement du mouvement, les jeunes manifestants ont réaffirmé leur détermination : pas de trêve sans satisfaction des revendications.

Les semaines se suivent et se res­semblent pour les lycéens et étu­diants gre­no­blois. Après la mani­fes­ta­tion mas­sive du 6 octobre, la jeu­nesse était de retour dans la rue, sou­te­nue par les ensei­gnants et parents d’é­lèves, ce mar­di 13 octobre, à l’oc­ca­sion de cette nou­velle jour­née de mobi­li­sa­tion natio­nale. Avec des reven­di­ca­tions pour la plu­part inchan­gées. Mais une petite évo­lu­tion néan­moins : une aug­men­ta­tion signi­fi­ca­tive des slo­gans ciblant la police, dans les chants comme sur les pan­cartes. Com­ment s’en éton­ner au regard de la répres­sion poli­cière déme­su­rée qui s’a­bat sur les lycéens, depuis le début du mou­ve­ment ?

Slo­gans, chants et pan­cartes évo­quant les vio­lences poli­cières étaient de plus en plus nom­breux au sein du cor­tège.

Impli­quée dans la mobi­li­sa­tion au sein de la coor­di­na­tion inter-lycées de Gre­noble, deux élèves du lycée André-Argouges confirment notre impres­sion. Celles-ci luttent tou­jours contre le manque de moyens et pour l’a­mé­lio­ra­tion de leurs condi­tions d’é­tudes mais « s’est ajou­té à ça tout ce qui concerne les vio­lences poli­cières », explique l’une des deux lycéennes.

La répres­sion du mou­ve­ment a for­te­ment mar­qué les lycéens.

« Face à la répres­sion, on a fait évo­luer nos reven­di­ca­tions et main­te­nant, on parle aus­si pour tous nos cama­rades qui ont été vic­times de bavures », ajoute-t-elle. Si toutes deux s’at­ten­daient à un « gou­ver­ne­ment répres­sif », elles ne pen­saient pas que ce serait « aus­si violent contre des mineurs ».

Slogans et revendications ont évolué face à la répression

Comme tou­jours, l’exé­cu­tif a en effet misé sur le pour­ris­se­ment de la situa­tion, en jouant sur dif­fé­rents tableaux : d’un côté, les annonces déma­go­giques — et très insuf­fi­santes — du ministre de l’É­du­ca­tion natio­nale, de l’autre, l’es­ca­lade assu­mée de la part de Laurent Nuñez. Un ministre de l’In­té­rieur qui a éga­le­ment ten­té, par le biais des pré­fec­tures, de mini­mi­ser l’am­pleur réelle du mou­ve­ment.

La ban­de­role de tête du cor­tège étu­diant, par­ti du cam­pus.

Pour les orga­ni­sa­teurs, l’en­jeu était donc d’of­frir une nou­velle démons­tra­tion de force, par­fait démen­ti aux pro­pos gou­ver­ne­men­taux. Pour cela, la coor­di­na­tion inter-lycées, l’AG étu­diante et l’in­ter­syn­di­cale de l’é­du­ca­tion pro­po­saient, comme le mar­di pré­cé­dent, plu­sieurs points de ren­dez-vous. Trois cor­tèges sont ain­si par­tis res­pec­ti­ve­ment du lycée des Eaux-Claires, du cam­pus de l’U­ni­ver­si­té Gre­noble Alpes (UGA) et de l’Ins­ti­tut d’ur­ba­nisme et de géo­gra­phie alpine (IUGA), ave­nue Marie-Rey­noard.

Le cor­tège par­ti de l’ar­rêt Biblio­thèques uni­ver­si­taires, sur le cam­pus de l’U­GA.

Sur les trois points de départ, les quelques cen­taines de mani­fes­tants pré­sents à chaque fois au départ ont un temps fait craindre aux plus pes­si­mistes un essouf­fle­ment de la par­ti­ci­pa­tion. Heu­reu­se­ment, le vent a vite tour­né et le même sché­ma s’est répé­té sur les trois défi­lés : le flot a gros­si au fil du par­cours, les cen­taines deve­nant des mil­liers.

L’in­ter­syn­di­cale édu­ca­tion et les lycéens au coude-à-coude, dans le cor­tège par­ti du lycée des Eaux-Claires.

Résul­tat des courses, au point de ral­lie­ment, à Cha­vant, l’u­nique cor­tège final ras­sem­blait près de 10 000 per­sonnes qui se sont diri­gées vers le rec­to­rat, avant de gagner la place de Ver­dun, lieu d’ar­ri­vée de la mani­fes­ta­tion, sous les fenêtres de la pré­fète.

Une coordination nationale étudiante dimanche à Grenoble

Pari réus­si donc pour les lycéens et étu­diants. « On a vu que le mou­ve­ment était encore extrê­me­ment impor­tant », se féli­cite ain­si Léonce, mili­tant de l’U­nef Gre­noble. « Pour nous, main­te­nant la tâche, c’est de le ren­for­cer », pour­suit-il, se pro­je­tant sur la « pre­mière coor­di­na­tion natio­nale étu­diante », qui doit se réunir ce dimanche 18 octobre à Gre­noble, sur le cam­pus. L’ob­jec­tif ? « Dis­cu­ter avec toutes les orga­ni­sa­tions et les facs mobi­li­sées de France, pour déci­der ensemble com­ment on va pour­suivre le mou­ve­ment, par rap­port aux vacances, aux fer­me­tures de facs, etc. » En résu­mé, « com­ment per­mettre au mou­ve­ment de gagner », décrypte-t-il.

En tête du cor­tège final, sur le bou­le­vard Jean-Pain, après la jonc­tion à Cha­vant des trois cor­tèges ini­tiaux.

De son côté, Loui­son, pro­fes­seur d’his­toire-géo­gra­phie, vante « un mou­ve­ment comme on n’a pas vu depuis plu­sieurs années, pour ne pas dire quinze ou vingt ans ». Pour lui, la conver­gence des luttes entre lycéens, étu­diants et ensei­gnants est tota­le­ment natu­relle. « Les reven­di­ca­tions sont les mêmes dans tous ces mou­ve­ments : la ques­tion des moyens, la ques­tion de l’aus­té­ri­té bud­gé­taire alors que dans le même temps, ils rincent l’ar­mée, la police et tous les grands patrons », sou­ligne-t-il. D’où la suite à construire, avec « la pro­chaine manif jeu­di et l’ap­pel des Gilets jaunes same­di ».

Par­cour­sup concentre les cri­tiques des lycéens comme des étu­diants

Ces dates, les lycéens les ont eux aus­si bien en tête. Comme les auto­ri­tés mais pour des rai­sons tota­le­ment dif­fé­rentes. « Le gou­ver­ne­ment pense que les vacances vont affai­blir le mou­ve­ment et que, sans les cours, on n’au­ra plus rien à blo­quer », raillent les deux lycéennes d’Ar­gouges.

L’ap­pel à la révo­lu­tion.

Mais pour elles, c’est au contraire « une oppor­tu­ni­té. Comme on n’au­ra plus nos lycées à blo­quer, on pour­ra viser encore plus grand », anti­cipent-elles. « De ce qu’on entend, les gens sont de plus en plus moti­vés et on a main­te­nant le sou­tien des profs et des parents. Donc le mou­ve­ment va conti­nuer de gros­sir et on ne s’ar­rê­te­ra pas tant qu’on n’au­ra pas ce qu’on veut. » Comme dit le slo­gan scan­dé à chaque mani­fes­ta­tion, ils sont « jeunes, déter’ et révo­lu­tion­naires ». Et « plus déter’ que jamais », conclut un lycéen.

Les fumi­gènes à l’ar­ri­vée, place de Ver­dun.

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