« On doit tous se déplacer à Grenoble » : la fronde des profs stagiaires de l’académie
Par Manuel Pavard
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Pierre Delullier, syndiqué à la CGT Éduc’action, est professeur stagiaire depuis la rentrée. Comme ses collègues ayant obtenu le Capes ou l’agrégation en 2026, il enseigne les mathématiques à mi-temps, durant un an, dans un collège de Bonneville, en Haute-Savoie, et doit suivre deux jours de formation par semaine à l’INSPÉ de Grenoble, sur le campus de l’Université Grenoble Alpes (UGA). « Avec un groupe de stagiaires de Haute-Savoie, on se rejoint tôt le mardi matin pour partir en covoiturage à l’INSPÉ et on repart le mercredi soir dès la fin des cours », raconte-t-il. « Pas trop le choix, même le premier train me ferait arriver à 9h30, avec une demi-heure de retard. »
Une situation que vivent une grande partie des enseignants stagiaires du second degré, dans l’académie de Grenoble. Car l’INSPÉ (anciennement IUFM) de Grenoble est le seul à les accueillir depuis la fermeture cette année, pour leur formation, de l’antenne de Chambéry — les antennes d’Annecy et Valence proposant uniquement les formations pour les professeurs des écoles. Or, parmi ces 245 futurs profs inscrits à l’INSPÉ, « très peu vivent à Grenoble », souligne Pierre Delullier.
« Beaucoup doivent dormir à l’hôtel ou en Airbnb tous les mardis »
« Qu’on vienne de Savoie, Haute-Savoie ou de la Drôme, on doit tous se déplacer jusqu’à Grenoble », ajoute-t-il. Ce qui implique des trajets plus longs et plus coûteux, que ce soit en train ou en voiture, sans compter « la charge mentale et éventuellement un hébergement à payer le mardi soir. Moi, j’ai la chance d’avoir des amis à Grenoble qui peuvent m’héberger, mais beaucoup sont obligés de dormir à l’hôtel ou en Airbnb tous les mardis », affirme le militant CGT.
Et ce n’est pas le maigre défraiement reçu qui risque de remédier au problème. « On a droit à une indemnité forfaitaire de formation de 110 euros brut par mois, sous condition d’éloignement, mais ça ne couvre pas du tout les frais », déplore-t-il. Sans surprise, certains se retrouvent déjà dans « une situation familiale ou financière compliquée », ce qui accentue la « pression » — déjà forte — pesant sur leurs épaules.
« Organiser le maximum de cours en visio »
Ulcérés, les stagiaires ont décidé de réagir, en particulier à la suite d’un épisode faisant office de déclencheur, il y a deux semaines. « En arrivant le matin, il n’y avait personne pour nous faire cours », se souvient Pierre Delullier. « Quand tu as fait deux-trois heures de route ou de train pour être là à 9 heures et qu’on ne t’a même pas prévenu, c’est difficile à accepter ! On est donc un petit groupe à avoir interpellé la directrice adjointe à la formation de l’INSPÉ. »

Leur principale revendication ? « Organiser le maximum de cours en visio. » Une pétition recueillant 192 signatures (sur 245) est lancée par les enseignants stagiaires, qui créent un groupe pilotant la mobilisation et obtiennent par ailleurs la tenue d’une heure d’information syndicale le mercredi après-midi. En parallèle, une commission de formation se réunit lundi 21 septembre, entre les représentants du rectorat, de l’INSPÉ et les syndicats. Sans grandes avancées malheureusement.
Rendez-vous dans les manifs de la fonction publique, le 29 septembre
« La commission n’a pas donné de réponse suffisante, loin de là », confirme Pierre Delullier. Avant de préciser : « Ils ont accepté la visio pour les cinq jours de l’année où on a des cours en amphi… Ce qui ne fait déjà pas beaucoup mais en plus, c’est sous condition de distance entre notre lieu d’habitation et l’INSPÉ de Grenoble. Et on ne connaît pas le détail de ces conditions. »
Pour lui, « il n’y a aucune volonté de la part de l’INSPÉ ou du rectorat de prendre réellement le sujet au sérieux ». Les professeurs stagiaires vont donc intensifier la mobilisation. D’une part avec des réunions collectives organisées tous les mercredis midi, d’autre part en « portant [leurs] revendications lors de la grève de la fonction publique du mardi 29 septembre, dans les manifestations de Grenoble, Chambéry et Annecy ».


