Grenoble. Les 150 occupants du siège de la Métropole relogés après dix mois de lutte
Par Manuel Pavard
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C’était il y a dix mois. Le 19 novembre 2025, des livreurs à vélo et leurs familles, expulsés de leurs logements de la place des Géants où ils vivaient sous la coupe de marchands de sommeil, trouvaient refuge au siège de Grenoble-Alpes Métropole, place André-Malraux. Nul ne l’imaginait alors mais cette occupation allait durer 308 jours. Trois cent huit jours à vivre à 150 personnes dans une salle, avec des femmes enceintes et des enfants en bas âge, dans des conditions d’hygiène et de promiscuité très difficiles… Jusqu’à ce mardi 22 septembre : « Aujourd’hui, les portes de la Métro se ferment », se sont ainsi félicités les occupants le soir même, devant la presse.

« Nous avions décidé de rester tant que les 150 personnes n’auraient pas été relogées », ont-ils expliqué. « Les promesses ont été tenues de part et d’autre : la Métropole a relogé les 150, et nous quittons les lieux comme nous l’avions dit. » Après dix mois de lutte marquée par des rassemblements, des manifestations, des conférences de presse, des interventions en conseil métropolitain, la trentaine de sans-logis qui demeuraient sans solution de relogement au début de l’été ont eux aussi obtenu un toit.
« Certaines communes n’ont même pas voulu nous recevoir »
Des logements attribués grâce à deux dispositifs, ont-ils détaillé : « l’un porté par la Métropole, avec l’association Un Toit pour tous ; l’autre dans des bâtiments vides de l’Établissement public foncier local (EPFL), avec l’accord des communes concernées ». Il s’agit de Grenoble, Saint-Martin-d’Hères, Échirolles, Saint-Égrève, Meylan, La Tronche, Pont-de-Claix, Gières et Seyssinet-Pariset. Toutes ou presque toutes de gauche — Meylan a certes basculé à droite aux dernières municipales mais la procédure avait été enclenchée par la précédente majorité de gauche.

De fait, avant cette issue heureuse, rien n’a été facile dans les négociations avec les collectivités, se souviennent Raphaël Beth, militant du DAL 38, et Amadou, ex-occupant et livreur à vélo syndiqué à la CGT. « La Métropole a été à notre écoute et a pris ses responsabilités », estime ce dernier. En revanche, les municipalités n’ont pas toutes pris leur part, loin s’en faut. « Quelques communes ont proposé des biens dès qu’on est arrivés ici, d’autres ont cédé, avec l’appui de la Métro. Mais il y a aussi des communes qui n’ont jamais proposé quelque chose et certaines communes qui n’ont même pas voulu nous recevoir », s’indigne Amadou.
Il cite notamment le cas de Fontaine : « On a visité une maison là-bas. Il n’y avait personne dedans, pourtant elle avait sept chambres, donc elle pouvait accueillir beaucoup de personnes. » Mais la ville de Fontaine n’a pas répondu aux sollicitations des occupants. Pas une grande surprise s’agissant d’une mairie de droite, néanmoins Amadou ne ménage pas non plus certaines municipalités de gauche : « À Gières, on avait identifié deux bâtiments mais la plus grande maison a été refusée par la commune. » Quant à Grenoble, celle-ci « n’a jamais voulu prendre de familles », regrette-t-il. « C’était soit des hommes seuls, soit des couples sans enfants… Car c’était des petits studios. »
« Deux grands absents, la préfecture et le département »
Beaucoup de communes se sont longtemps renvoyées la balle, craignant que les autres n’assument pas leur part. Et puis, bien sûr, il y a « les deux grands absents, c’est-à-dire la préfecture de l’Isère et le Département », accuse Raphaël Beth. « La position de la préfecture, ça a été de dire à la Métropole, ‘si vous avez besoin de nous pour expulser, on est là’. Elle n’a pas varié ensuite, même sur des demandes très individuelles, avec des personnes prioritaires, etc. Et le Département, lui, n’a carrément jamais répondu alors qu’héberger une partie des familles relevait pourtant de sa compétence, via l’aide sociale à l’enfance. »

Comme à chaque fois, le problème est lié au « manque criant de budget et d’investissement de l’État dans les questions de logement et d’hébergement d’urgence, mais également de régularisation », souligne le militant du DAL. Lequel évoque en effet ce qui fera l’objet de leur « prochain combat, vis-à-vis de la préfecture ». Explications : « Il y a énormément de personnes qui sont hébergées par la Métropole et la Ville de Grenoble et qui pourraient avoir accès au logement social dès qu’ils sont régularisés — car ce sont pour la plupart des gens qui travaillent. » Ce qui aurait, poursuit-il, « un double avantage. Déjà, pour les personnes, de rejoindre des logements de droit commun et ainsi de pouvoir vivre dignement. Et l’intérêt pour la Ville et la Métro, c’est de pouvoir libérer des places d’hébergement d’urgence pour d’autres personnes qui en ont besoin. »
Une vingtaine de personnes sans solution
Raphaël Beth le rappelle en effet, si les 150 occupants présents dès le début ont pu enfin être relogés, ce n’est pas le cas de tout le monde. « Il y a aussi une vingtaine de personnes qui sont arrivées à la Métro ces derniers mois et qui ont participé à ce combat en espérant que des logements se libèrent. » Mais celles-ci ne faisant pas partie de l’accord initial, elles sont restées sur le carreau. « Malheureusement, il n’y a pas eu de solution pour eux alors que l’État aurait pu faire appliquer la loi et reloger les derniers qui restaient », déplore le militant.
Outre cette vingtaine de sans-logis, « des centaines de personnes sont venues toquer à la porte de la Métro tous les jours », raconte-t-il. « Des gens qu’on a dû souvent refouler en leur disant ‘on se bat pour tout le monde mais ce n’est pas possible de t’installer ici’. » Des refus qui ont laissé des traces, selon lui. « Laisser des personnes sans-abri dire non à d’autres personnes sans-abri, c’est d’une inhumanité vraiment révoltante », s’indigne Raphaël Beth.
« On n’a pas demandé la charité. On réclamait simplement l’application de la loi ! »
Une frustration et des regrets qui se doublent toutefois d’une réelle fierté pour les occupants. « Cette mobilisation a permis de prouver que la lutte collective paye », assènent-ils. Et d’ajouter : « Nous ne nous sommes pas battus seuls et pas pour nous seuls. » D’un côté, un large soutien reçu de la part de plusieurs associations (DAL, Cimade, CISEM, RESF…), syndicats (CGT, Solidaires, CNT, FSU) et partis de gauche (PCF, LFI, NPA, LO…). De l’autre, le soutien apporté par les occupants aux luttes des travailleurs sociaux, des salariés en grève de Teisseire ou encore des familles dormant dans les écoles.

Des liens tissés qui leur ont aussi permis de supporter la vie quotidienne au siège de la Métropole, particulièrement dure. Avec la fatigue et le stress permanent, les difficultés pour les livreurs à vélo, les maladies s’attrapant beaucoup plus facilement… « On a perdu des vies ici », rappelle également Amadou, qui se remémore les fausses couches subies par plusieurs femmes enceintes, directement imputées par des médecins aux conditions de vie sur place. Le pire dans tout ça, souligne Raphaël Beth, « c’est qu’on n’a pas demandé la charité. On réclamait simplement l’application de la loi ! »
Rendez-vous samedi 26 septembre devant la Métro
Les ex-occupants du siège de la Métropole appellent à se retrouver samedi 26 septembre, à partir de 13h30, devant le bâtiment de la place André-Malraux. Une manifestation « pour célébrer la victoire et pour dire que le combat doit continuer » !


