Grenoble. « Le CEA n’est plus attractif » : mobilisation générale pour les salaires
Par Manuel Pavard
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« La mobilisation est beaucoup plus forte que d’habitude ! On voit que le rapport de force est en train de se construire. » Le constat de Nelly Bosio, représentante CGT, est partagé par l’ensemble des salariés rassemblés durant la pause méridienne, jeudi 17 septembre, devant l’entrée 1 du CEA de Grenoble, sur la Presqu’île scientifique. Et plus largement par tous ceux participant aux assemblées générales organisées au même moment sur les dix sites français du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives. Tous déterminés à engager la « bataille sur les salaires », à l’appel d’une intersyndicale (CGT, CFDT, CFE-CGC, CFTC, UNSA) parlant d’une seule voix.

Si une telle unanimité existe, c’est parce que les calculs sont irréfutables, y compris pour la direction et les autorités de tutelle. « Le CEA est un établissement public de droit privé et on a une grille salariale exprimée en points, avec une valeur du point qui est gelée depuis 2009. Or, si cette valeur avait suivi l’inflation, elle aurait 30 % de plus aujourd’hui », explique Nicolas Buffet, ingénieur et secrétaire de la CGT au CEA de Grenoble.
Des pertes de salaire mensuelles de 760 à 2000 euros brut
« Il y a des gens qui, à cause de cette grille, sont payés en-dessous de la valeur du SMIC — ce qui est illégal — et qui ont des indemnités compensatrices de SMIC », déplore-t-il. Globalement, ce manque à gagner « représente des sommes qui peuvent être assez considérables » et ce, pour tous les salariés. Par exemple, « pour les petits salaires, c’est 30 %. La perte de salaire peut atteindre 760 euros brut par mois », par rapport à une valeur de point corrigée et basée sur l’inflation. « Et pour les salaires les plus élevés, ça va jusqu’à 2000 euros brut », précise Nicolas Buffet.

Conséquences, « le CEA n’est plus attractif comme il a pu l’être » et a même « du mal à embaucher ». Pour pallier ces difficultés, il a donc « mis en place une décision unilatérale de l’employeur (DUE) qui a augmenté les niveaux d’embauche des nouveaux salariés », indique le syndicaliste. Une mesure qui a malheureusement généré une nouvelle « injustice », souligne-t-il. « On l’a vu ces dernières années, les gens qui ont été embauchés avec cette DUE en place, sont tous au-dessus des plus anciens salariés. »
« On a besoin de recruter les meilleurs du monde dans nos domaines, donc il faut absolument qu’on soit attractifs sur les salaires sinon ils partent ailleurs : dans le privé ou à l’étranger. »
Cette iniquité et ce sentiment d’être maltraité peuvent en outre avoir des répercussions à une autre échelle. François Legrand, secrétaire adjoint du syndicat CFDT, rappelle en effet que « le CEA a des missions régaliennes », en matière de nucléaire, d’indépendance énergétique. Avec un réel enjeu de « souveraineté » industrielle et technologique, à l’image par exemple du CEA Leti, à Grenoble, qui « contribue à la compétitivité des entreprises en microélectronique ».
Mais pour atteindre et surtout se maintenir au niveau d’excellence requis, « on a besoin de recruter des gens qui sont hyper compétents, les meilleurs du monde dans nos domaines », décrypte-t-il. Et on n’attire pas les mouches avec du vinaigre, comme dit le proverbe. « ll faut absolument qu’on soit attractifs sur les salaires sinon ils partent ailleurs : dans le privé ou à l’étranger pour une carrière internationale », alerte François Legrand, formel sur ce point. « C’est la clé pour les dix ans et vingt ans à venir. »

Pour l’élu CFDT, le CEA doit désormais mettre « les moyens à la hauteur de sa stratégie et de ses ambitions ». Ce qui est loin d’être le cas actuellement, de l’avis général. « Ce qu’on veut, c’est une revalorisation structurelle, en partant de la valeur du point. Et pas la foire aux primes individualisées, dans l’opacité la plus totale », prévient-il.
Manifestation prévue à Bercy, devant le ministère de tutelle
Après les assemblées générales réussies de ce 17 septembre, les syndicats vont maintenant proposer des actions, rencontrer les députés, aller voir les préfectures… « La difficulté, c’est que notre interlocuteur dans le cadre des négociations, c’est notre administratrice générale qui, elle, n’a pas les pouvoirs décisionnels d’augmenter les salaires », confie Nicolas Buffet. « Et on a des ministères de tutelle qui, eux, sont censés le faire », ajoute le responsable CGT.

Ce ministère de tutelle, « c’est Berçy. Et on projette d’aller manifester à Berçy », annonce Céline Fleury, secrétaire de la CFDT du CEA de Grenoble. Une manifestation nationale dont la date n’est pas encore fixée. Mais une chose est sûre, ce sera décidé « en collectif », entre les salariés, comme tout ce qui concernera cette lutte, assure la militante syndicale. « L’idée, c’est de retrouver du collectif alors qu’on est dans une société où chacun va de son côté, et face à une direction qui va essayer d’individualiser tous les traitements. »


