Grenoble. Les cheminots en grève refusent la privatisation de la SNCF
Par Manuel Pavard
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« Près de la moitié des agents sont en grève dans toute la région ; à Grenoble, on est à 55 % de grévistes chez les conducteurs et environ 30 % chez les contrôleurs. Et on a des postes avec 100 % de grévistes, comme le poste d’aiguilleur de Moirans qui est fermé. Ce qui veut dire qu’il n’y a aucun train qui circule aujourd’hui entre Valence et Grenoble. » Martin Vidal, conducteur de train et secrétaire de la CGT Cheminots Grenoble, se félicite de la mobilisation observée ce mercredi 10 juin. Il l’assure, « ça fait longtemps qu’on n’avait pas vu des chiffres comme ça ». Et ce, localement comme nationalement.

Quatre syndicats de la SNCF (CGT Cheminots, SUD Rail, CFDT Cheminots, UNSA Ferroviaire) appelaient les cheminots à la grève dans toute la France. Une unité syndicale qui illustre l’ampleur du malaise régnant parmi les agents depuis de longs mois, pour ne pas dire des années. « La SNCF est dans un contexte de privatisation, avec des recherches de profits, des réorganisations constantes », explique le représentant syndical.
« De l’argent public qui va servir à financer des boîtes privées »
Le dernier conflit social en date, liée à la question des visites avant expédition (VAE), en fournit une parfaite illustration. Les VAE, ce sont ces contrôles de sécurité réalisés par les agents d’escale à l’arrivée des trains pour vérifier qu’aucun voyageur, bagage ou objet ne se trouve encore à bord. À plusieurs reprises en avril et mai, les syndicats ont appelé les cheminots à la grève contre la suppression de la procédure envisagée par la SNCF au 1er juin en gare de Grenoble — avec deux emplois menacés à la clé.

Un mouvement de grève bien suivi à chaque fois mais qui n’a pas suffi. « Malheureusement, on n’a pas pu faire changer de ligne la direction, donc c’est un projet qui a été mis en place », regrette Martin Vidal. Pour la CGT, aucun doute, cette mesure s’inscrit dans le cadre de l’ouverture à la concurrence des TER, programmée en 2032, dans le secteur de Grenoble et Chambéry. « On va couper des postes pour que les entreprises privées qui vont prendre la main dessus aient en fait un service rentable », dénonce le syndicaliste. C’est ainsi « de l’argent public qui, au final, va servir à financer des boîtes privées ».
Outre les suppressions de postes et les réorganisations — moins de jours et de périodes de repos notamment -, c’est aussi la rémunération qui cristallise le mécontentement des cheminots. « À la SNCF, nos salaires ne sont pas indexés sur l’inflation. On a des augmentations mais qui sont toujours inférieures à l’inflation : en fait, on perd du salaire finalement », déplore le conducteur du train. Les quatre organisations syndicales réclament donc l’ouverture de véritables négociations salariales au niveau du groupe SNCF.
Un « mal-être au travail » de plus en plus généralisé
Entre les pertes de missions, les « conditions de travail déplorables » et l’avenir aussi sombre qu’incertain, le tableau global n’est guère reluisant. D’où un « mal-être au travail » de plus en plus généralisé, comme en témoigne « l’explosion des arrêts maladie longue durée »… Et parfois pire. « Depuis le début de l’année, il y a eu treize suicides et quatre accidents du travail », s’inquiète Martin Vidal. « Et ça, pour nous, ce n’est pas décorrélé des baisses de budget et de la recherche de rentabilité au sein de la SNCF. » Un facteur « humain » qui explique en partie le succès de la mobilisation actuelle, selon lui.

Des négociations sont actuellement en cours entre les syndicats et la direction sur cette question du mal-être au travail. Les cheminots espèrent maintenant que leur lutte contraindra la SNCF à lâcher du lest. Sans grandes illusions sur les objectifs de leurs adversaires. « Les capitalistes sont dans la recherche permanente du profit, ils cherchent toujours à étendre leurs revenus et leurs bénéfices », souligne Martin Vidal. « Le rail, c’est un endroit qui n’était pas encore privatisé, ils en profitent. »


