Grenoble. Les cheminots en grève refusent la privatisation de la SNCF

Par Manuel Pavard

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Les agents des syndicats CGT Cheminots et SUD Rail ont tenu un piquet de grève sur le parvis de la gare de Grenoble, tout au long de la matinée du 10 juin.
Des cheminots se sont rassemblés devant la gare de Grenoble, mercredi 10 juin, dans le cadre de la journée de grève nationale à l'appel de l'intersyndicale (CGT, SUD, CFDT, UNSA). Après le mouvement contre les visites avant expédition (VAE) en avril-mai, les grévistes protestaient cette fois plus largement contre l'ouverture à la concurrence, les réorganisations, la faiblesse des salaires ou encore le mal-être au travail. Une mobilisation réussie avec près de 50 % des agents SNCF en grève dans la région.

« Près de la moi­tié des agents sont en grève dans toute la région ; à Gre­noble, on est à 55 % de gré­vistes chez les conduc­teurs et envi­ron 30 % chez les contrô­leurs. Et on a des postes avec 100 % de gré­vistes, comme le poste d’ai­guilleur de Moi­rans qui est fer­mé. Ce qui veut dire qu’il n’y a aucun train qui cir­cule aujourd’­hui entre Valence et Gre­noble. » Mar­tin Vidal, conduc­teur de train et secré­taire de la CGT Che­mi­nots Gre­noble, se féli­cite de la mobi­li­sa­tion obser­vée ce mer­cre­di 10 juin. Il l’as­sure, « ça fait long­temps qu’on n’a­vait pas vu des chiffres comme ça ». Et ce, loca­le­ment comme natio­na­le­ment.

Les agents de la CGT Che­mi­nots et de SUD Rail s’é­taient ras­sem­blés devant la gare mais la CFDT et l’UN­SA appe­laient éga­le­ment à la grève ce 10 juin.

Quatre syn­di­cats de la SNCF (CGT Che­mi­nots, SUD Rail, CFDT Che­mi­nots, UNSA Fer­ro­viaire) appe­laient les che­mi­nots à la grève dans toute la France. Une uni­té syn­di­cale qui illustre l’am­pleur du malaise régnant par­mi les agents depuis de longs mois, pour ne pas dire des années. « La SNCF est dans un contexte de pri­va­ti­sa­tion, avec des recherches de pro­fits, des réor­ga­ni­sa­tions constantes », explique le repré­sen­tant syn­di­cal.

« De l’argent public qui va servir à financer des boîtes privées »

Le der­nier conflit social en date, liée à la ques­tion des visites avant expé­di­tion (VAE), en four­nit une par­faite illus­tra­tion. Les VAE, ce sont ces contrôles de sécu­ri­té réa­li­sés par les agents d’es­cale à l’ar­ri­vée des trains pour véri­fier qu’au­cun voya­geur, bagage ou objet ne se trouve encore à bord. À plu­sieurs reprises en avril et mai, les syn­di­cats ont appe­lé les che­mi­nots à la grève contre la sup­pres­sion de la pro­cé­dure envi­sa­gée par la SNCF au 1er juin en gare de Gre­noble — avec deux emplois mena­cés à la clé.

Les che­mi­nots s’é­taient mobi­li­sés contre la sup­pres­sion des VAE le 7 avril der­nier.

Un mou­ve­ment de grève bien sui­vi à chaque fois mais qui n’a pas suf­fi. « Mal­heu­reu­se­ment, on n’a pas pu faire chan­ger de ligne la direc­tion, donc c’est un pro­jet qui a été mis en place », regrette Mar­tin Vidal. Pour la CGT, aucun doute, cette mesure s’ins­crit dans le cadre de l’ou­ver­ture à la concur­rence des TER, pro­gram­mée en 2032, dans le sec­teur de Gre­noble et Cham­bé­ry. « On va cou­per des postes pour que les entre­prises pri­vées qui vont prendre la main des­sus aient en fait un ser­vice ren­table », dénonce le syn­di­ca­liste. C’est ain­si « de l’argent public qui, au final, va ser­vir à finan­cer des boîtes pri­vées ».

Outre les sup­pres­sions de postes et les réor­ga­ni­sa­tions — moins de jours et de périodes de repos notam­ment -, c’est aus­si la rému­né­ra­tion qui cris­tal­lise le mécon­ten­te­ment des che­mi­nots. « À la SNCF, nos salaires ne sont pas indexés sur l’in­fla­tion. On a des aug­men­ta­tions mais qui sont tou­jours infé­rieures à l’in­fla­tion : en fait, on perd du salaire fina­le­ment », déplore le conduc­teur du train. Les quatre orga­ni­sa­tions syn­di­cales réclament donc l’ouverture de véri­tables négo­cia­tions sala­riales au niveau du groupe SNCF.

Un « mal-être au travail » de plus en plus généralisé

Entre les pertes de mis­sions, les « condi­tions de tra­vail déplo­rables » et l’a­ve­nir aus­si sombre qu’in­cer­tain, le tableau glo­bal n’est guère relui­sant. D’où un « mal-être au tra­vail » de plus en plus géné­ra­li­sé, comme en témoigne « l’ex­plo­sion des arrêts mala­die longue durée »… Et par­fois pire. « Depuis le début de l’an­née, il y a eu treize sui­cides et quatre acci­dents du tra­vail », s’in­quiète Mar­tin Vidal. « Et ça, pour nous, ce n’est pas décor­ré­lé des baisses de bud­get et de la recherche de ren­ta­bi­li­té au sein de la SNCF. » Un fac­teur « humain » qui explique en par­tie le suc­cès de la mobi­li­sa­tion actuelle, selon lui.

La CGT Che­mi­not mobi­li­sée contre l’ou­ver­ture à la concur­rence.

Des négo­cia­tions sont actuel­le­ment en cours entre les syn­di­cats et la direc­tion sur cette ques­tion du mal-être au tra­vail. Les che­mi­nots espèrent main­te­nant que leur lutte contrain­dra la SNCF à lâcher du lest. Sans grandes illu­sions sur les objec­tifs de leurs adver­saires. « Les capi­ta­listes sont dans la recherche per­ma­nente du pro­fit, ils cherchent tou­jours à étendre leurs reve­nus et leurs béné­fices », sou­ligne Mar­tin Vidal. « Le rail, c’est un endroit qui n’é­tait pas encore pri­va­ti­sé, ils en pro­fitent. »

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