Le Touvet. Mobilisation contre la cérémonie des nostalgiques fascistes de l’OAS

Par Manuel Pavard

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Mariano Bona, à la conférence de presse organisée le 4 juin par le Collectif du 17 octobre 1961 et RLF Grenoble, au sujet de la cérémonie d'hommage à Claude Piegts et trois autres militants de l'OAS, le 7 juin, au Touvet..
Des associations d'extrême droite et pro-Algérie française organisent ce dimanche 7 juin une cérémonie d'hommage à Claude Piegts, militant de l'OAS exécuté le 7 juin 1962 et enterré au cimetière du Touvet, ainsi qu'à trois autres membres de l'organisation terroriste, également condamnés et fusillés pour des attentats et assassinats. Plusieurs organisations (associations, syndicats, partis), dont le Collectif 17 octobre 1961 et le Réseau de lutte contre le fascisme (RLF), ont saisi la préfète de l'Isère. Faute d'interdiction, un contre-rassemblement se tiendra au même moment devant la mairie du Touvet.

Chaque année, l’As­so­cia­tion pour la défense des inté­rêts moraux et maté­riels des anciens déte­nus de l’Al­gé­rie fran­çaise (Adi­mad), la Fédé­ra­tion natio­nale des rapa­triés et d’autres nos­tal­giques de l’Al­gé­rie fran­çaise se réunissent autour du 7 juin au cime­tière du Tou­vet où est enter­ré Claude Piegts, membre de l’Or­ga­ni­sa­tion armée secrète (OAS), fusillé le 7 juin 1962. Un ren­dez-vous annuel où sont régu­liè­re­ment aper­çues des figures locales de l’ex­trême droite, d’A­lexandre Gabriac à Franck Sini­si, en pas­sant par les mili­tants d’Ac­tive club ou des Valyor Cham­bé­ry.

L’A­di­mad, asso­cia­tion de nos­tal­giques de l’OAS et de l’Al­gé­rie fran­çaise, co-orga­ni­sa­trice de la céré­mo­nie d’hom­mage à Claude Piegts, enter­ré au cime­tière du Tou­vet. DR (cap­ture d’é­cran)

Ils ren­dront de nou­veau hom­mage, dimanche 7 juin, à Claude Piegts mais aus­si à Albert Dove­car, Roger Degueldre et Jean Bas­tien-Thi­ry, tous anciens mili­tants de l’or­ga­ni­sa­tion ter­ro­riste. Claude Piegts et Albert Dove­car, membres des com­man­dos Del­ta de l’OAS sous les ordres de Roger Degueldre, ont notam­ment par­ti­ci­pé à l’as­sas­si­nat de Roger Gavou­ry, com­mis­saire cen­tral d’Alger, dans la nuit du 31 mai au 1er juin 1961. Jean Bas­tien-Thi­ry, lui, fut l’or­ga­ni­sa­teur de l’at­ten­tat du Petit-Cla­mart, qui faillit coû­ter la vie au Géné­ral de Gaulle, le 22 août 1962.

Les quatre cri­mi­nels de l’OAS ont tous été condam­nés à mort et fusillés, à l’é­poque, pour leurs crimes. Ce qui n’empêche pas les orga­ni­sa­teurs d’é­vo­quer une « céré­mo­nie dédiée aux sol­dats qui ont vou­lu défendre un ter­ri­toire fran­çais et ses popu­la­tions en dan­ger, en Algé­rie fran­çaise ». Une annonce de la Fédé­ra­tion natio­nale des rapa­triés ini­tia­le­ment relayée par l’U­nion natio­nale des com­bat­tants (UNC) Alpes Char­treuse, qui semble avoir sup­pri­mé son mes­sage depuis — peut-être sous la pres­sion des ins­tances natio­nales de l’UNC.

« Une falsification historique »

Aler­tés, le Col­lec­tif 17 octobre 1961 et le Réseau de lutte contre le fas­cisme (RLF) Gre­noble ont convo­qué la presse ce jeu­di 4 juin. Avec de nom­breuses autres orga­ni­sa­tions (asso­cia­tions, syn­di­cats et par­tis poli­tiques), ils ont écrit, le 26 mai, à la pré­fète de l’I­sère pour lui deman­der d’in­ter­dire la mani­fes­ta­tion, annon­çant la tenue, dans le cas contraire, d’un contre-ras­sem­ble­ment devant la mai­rie du Tou­vet, dimanche 7 juin à 11 heures. À ce stade, la pré­fec­ture n’a pas pro­non­cé d’in­ter­dic­tion, « faute de base légale », s’é­tonne Maria­no Bona, repré­sen­tant du Col­lec­tif 17 octobre 1961. « On va lui don­ner une base légale », ajoute-t-il.

Le mili­tant dénonce en effet « une fal­si­fi­ca­tion his­to­rique » de la part de l’ex­trême droite. « Il ne s’a­git en rien de ‘sol­dats qui ont vou­lu défendre un ter­ri­toire fran­çais et ses popu­la­tions en dan­ger’, mais de per­sonnes appar­te­nant à une orga­ni­sa­tion ter­ro­riste qui eut recours aux atten­tats et aux meurtres pour main­te­nir coûte que coûte l’ordre colo­nial, alors que le peuple algé­rien lut­tait pour son indé­pen­dance », sou­ligne Maria­no Bona.

« Un hommage à une organisation terroriste d’extrême droite »

« Très loin du recueille­ment de per­sonnes sur la tombe d’un proche », la céré­mo­nie du Tou­vet est en réa­li­té « un hom­mage à une orga­ni­sa­tion ter­ro­riste d’extrême-droite qui n’hésita pas à recou­rir au meurtre, y com­pris de repré­sen­tants de l’État fran­çais dans l’exercice de leur fonc­tion », rap­pellent les signa­taires du cour­rier adres­sé à la pré­fète.

Cap­ture d’é­cran d’un post Face­book d’A­lexandre Gabriac ren­dant hom­mage à Claude Piegts, ter­ro­riste de l’OAS condam­né et exé­cu­té le 7 juin 1962 et enter­ré au cime­tière du Tou­vet. DR (cap­ture d’é­cran)

Ceux-ci pré­cisent éga­le­ment que Roger Gavou­ry, vic­time de l’OAS, est cité à l’ordre de la Nation, son nom figu­rant par ailleurs sur une stèle com­mé­mo­ra­tive dans l’en­ceinte de l’É­cole natio­nale supé­rieure de la police. « Com­ment est-il pos­sible d’honorer le nom d’un fonc­tion­naire d’État assas­si­né pour avoir exer­cé sa mis­sion et de lais­ser se dérou­ler un hom­mage à ses assas­sins ? », s’in­surgent les signa­taires.

« Qui peut ima­gi­ner qu’on puisse rendre hom­mage impu­né­ment à un membre de la Milice ? », com­pare Maria­no Bona. Ce com­bat, explique un mili­tant de RLF, s’ins­crit dans une « bataille mémo­rielle » oppo­sant la gauche et les anti­fas­cistes à l’ex­trême droite, autour du colo­nia­lisme et notam­ment de l’Al­gé­rie. Et de citer — exemple par­mi d’autres — le cas de la mai­rie de Per­pi­gnan qui tente de réha­bi­li­ter l’Al­gé­rie fran­çaise.

« Com­ment est-il pos­sible d’honorer le nom d’un fonc­tion­naire d’État assas­si­né pour avoir exer­cé sa mis­sion et de lais­ser se dérou­ler un hom­mage à ses assas­sins ? »

Il existe en outre des pré­cé­dents en matière d’in­ter­dic­tion pré­fec­to­rale. En juin 2013, la pré­fec­ture de l’I­sère avait ain­si pris un arrê­té en ce sens, ren­dant illé­gal « tout ras­sem­ble­ment à carac­tère reven­di­ca­tif aux abords et à l’intérieur du cime­tière du Tou­vet ». De même, en 2023, la pré­fec­ture de police de Paris avait inter­dit la tenue de l’hom­mage à Pierre Sidos, figure de l’ex­trême droite pétai­niste dans les années 1940, fon­da­teur de Jeune Nation et de L’Œuvre fran­çaise — et lui aus­si ancien de l’OAS.

Mal­gré cela, le col­lec­tif comme RLF estiment l’in­ter­dic­tion peu pro­bable. D’où le ren­dez-vous don­né dimanche 7 juin au Tou­vet, pour pro­tes­ter « de façon paci­fique mais ferme » contre cette « scan­da­leuse mani­fes­ta­tion ».

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