UGA. Fronde contre la hausse des frais d’inscription des étudiants étrangers
Par Manuel Pavard
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« Nous ne sommes pas des statistiques. Nous ne sommes pas du bétail. Nous ne sommes pas des cobayes au service d’expérimentations politiques injustes. » Fort et éloquent, le discours d’Emmanuel Omonlogo, président du Collectif d’associations africaines et étudiantes de l’Isère (CAAEI), est chaudement applaudi par les quelque 200 manifestants rassemblés lors de la pause méridienne, ce mardi 12 mai, devant la présidence de l’Université Grenoble Alpes. L’étudiant béninois traduit, il est vrai, parfaitement le sentiment d’écœurement et d’injustice animant une grande partie des étudiants étrangers, ici comme dans les autres facs françaises.

En cause, le décret Baptiste, du nom du ministre de l’Enseignement supérieur Philippe Baptiste, qui vient d’annoncer sa volonté de supprimer par décret l’exonération des frais d’inscription différenciés pour les étudiants extra-communautaires. En 2019, le gouvernement Macron avait en effet instauré le très mal nommé plan « Bienvenue en France » qui visait notamment à augmenter les frais d’inscription pour les étudiants étrangers n’étant pas originaires de l’Union européenne, de Suisse ou du Québec. Frais qui devaient atteindre 2895 euros pour une année de licence et 3941 euros pour une année de master — contre respectivement 178 et 254 euros actuellement.
Les étudiants étrangers paient le déficit des universités
À l’époque, la mobilisation étudiante avait poussé la majorité des universités, dont l’UGA, à appliquer l’exonération de ces frais. Un simple sursis malheureusement. Un mouvement national et intersyndical a donc vu le jour pour tenter de contrer cette nouvelle décision scandaleuse. Et sur le campus de Saint-Martin-d’Hères, c’est la CGT Université de Grenoble qui menait la contestation ce mardi 12 mai, avec un préavis de grève déposé pour la journée.

« Pour nous, l’université et la recherche devraient être accessibles, publics, laïques, gratuites et surtout émancipatrices », affirme Samira Saïdoune, co-secrétaire générale du syndicat CGT Université de Grenoble et également enseignante en français langue étrangère au Centre universitaire d’études françaises (CUEF). « Là, on prend en otage des étudiants étrangers, extra-communautaires, pour payer les baisses de budget de l’enseignement supérieur et de la recherche, qui sont constantes dans toute la France », déplore-t-elle.

Les universités, qui sont presque toutes en déficit aujourd’hui, vont ainsi « chercher de l’argent sur le dos des plus précaires et plus fragiles », s’indigne la responsable syndicale. Laquelle constate l’une des multiples incongruités de la situation : « Les étudiants étrangers actuellement à l’UGA, qui ont été exonérés des frais d’inscription différenciés, ne le seront pas l’année prochaine… Donc s’ils veulent continuer leurs études ici, à l’université, ils devront payer plus. »
« Quand on impose 2895 euros en licence et 3941 euros en master, on ne régule pas le système. On exclut. »
Pour Emmanuel Omonlogo, une telle augmentation est tout sauf une simple mesure budgétaire. « C’est une violence sociale, c’est un tri assumé, c’est une sélection par l’argent, par l’origine, par le passeport, dénonce-t-il. Quand on impose 2895 euros en licence et 3941 euros en master, on ne régule pas le système. On exclut. »

L’étudiant béninois rappelle les « sacrifices » consentis par la plupart d’entre eux, « l’espoir » qu’ils et elles représentent pour leurs familles et pays, les « discriminations quotidiennes » subies par de nombreux étudiants extra-communautaires. Pourtant, « malgré cela, on nous demande de payer encore plus. Mais de qui se moque-t-on ?, s’insurge-t-il. On nous parle d’attractivité, mais quelle attractivité construit-on en érigeant des barrières financières ? »

Et le président du CAAEI de poursuivre, encouragé par les étudiants et enseignants présents à ses côtés : « Ce que vous appelez réforme, nous l’appelons injustice. Ce que vous appelez politique, nous l’appelons violence. Nous refusons une université à deux vitesses, une université qui vend le savoir aux plus offrants. »
Grenoble INP voulait passer les frais à 6000 €
En s’attaquant une nouvelle fois aux plus pauvres et aux étrangers, le gouvernement s’inscrit dans une politique de « préférence nationale », accuse de son côté la CGT, fustigeant un projet « inspiré directement de l’extrême droite ». Lors des prises de parole qui se succèdent sur la place des Damiers, les représentants de différentes organisations (UNEF, FSU, NPA‑R…) émettent par ailleurs leur crainte de voir la hausse des frais d’inscription se généraliser à l’ensemble des étudiants — stratégie qu’a notamment suivie le gouvernement britannique.

Mais nul besoin de traverser la Manche pour trouver un exemple similaire. Ainsi, « Grenoble INP voulait augmenter les frais d’inscription et les multiplier par dix, en passant de 600 à 6000 euros l’année », souligne Samira Saïdoune. Pour l’instant, ajoute la militante CGT, « c’est stoppé. Mais c’est seulement en sursis », la pression de la mobilisation ayant conduit la direction des écoles d’ingénieurs à mettre le projet sous moratoire.
Trois CDD d’enseignants non renouvelés au CUEF
Au micro, d’autres étudiants étrangers — un Syrien, un Américain — évoquent leurs études qu’ils devront certainement arrêter si le décret Baptiste est adopté. Trois enseignants du CUEF prennent ensuite la parole pour réaffirmer leur soutien au combat des étudiants. Mais également pour décrire leur cas personnel puisque tous trois risquent de voir leur CDD non renouvelé par l’administration.

Si les situations sont différentes, la hausse discriminatoire des frais d’inscription et les suppressions de postes relèvent finalement d’un même combat contre les politiques d’austérité. Ce qui explique la forte mobilisation des personnels du CUEF où « plus de 90 % de l’équipe enseignante est en grève aujourd’hui », se félicite Samira Saïdoune. Drôle d’anniversaire pour un établissement qui fête ses 130 ans.


