Laurence Ruffin élue officiellement maire de Grenoble lors d’un premier conseil houleux

Par Manuel Pavard

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Laurence Ruffin ceinte de l'écharpe tricolore, remise à une femme pour la première fois dans l'histoire de Grenoble, vendredi 27 mars 2026, dans la salle du conseil.
Cinq jours après avoir son succès face à Alain Carignon au second tour, Laurence Ruffin a été officiellement élue maire de Grenoble, ce vendredi 27 mars, lors du conseil municipal d'installation. Une première séance qui a permis par ailleurs d'entériner la liste des 21 adjoints. Et qui a été marquée par des passes d'armes entre les deux groupes d'opposition, donnant le ton du mandat à venir.

Lau­rence Ruf­fin (Oui Gre­noble), trente-trois voix ; Allan Bru­non (LFI), treize ; Natha­lie Béran­ger (LR), douze… Sans oublier un bul­le­tin blanc — issu par déduc­tion des rangs de la droite. Le doyen pré­si­dant jusque-là ce conseil muni­ci­pal d’ins­tal­la­tion égrène les résul­tats, met­tant fin au (très) maigre sus­pense. Déjà choi­sie par les élec­teurs gre­no­blois dimanche 22 mars, avec 56,59 % des suf­frages, contre 43,41 % à Alain Cari­gnon, la can­di­date de l’u­nion de la gauche éco­lo­giste et citoyenne est cette fois élue par le nou­veau conseil. Lau­rence Ruf­fin est donc offi­ciel­le­ment dési­gnée maire de Gre­noble ce ven­dre­di 27 mars.

Éric Piolle a trans­mis l’é­charpe tri­co­lore à Lau­rence Ruf­fin, qui lui suc­cède pour le pro­chain man­dat.

« La pre­mière femme à occu­per cette fonc­tion, après cin­quante maires hommes », s’est féli­ci­tée la nou­velle édile, ceinte de l’é­charpe tri­co­lore que venait de lui remettre un Éric Piolle très ému. Il s’a­git pour elle d’un « enga­ge­ment sup­plé­men­taire, celui de faire pro­gres­ser l’é­ga­li­té », a‑t-elle affir­mé, chau­de­ment applau­die par plus de la moi­tié de la salle.

« Je serai une maire à l’écoute et une maire exigeante »

« Consciente de la res­pon­sa­bi­li­té par­ti­cu­lière » qui est la sienne, Lau­rence Ruf­fin a rap­pe­lé, dans ce pre­mier dis­cours, son leit­mo­tiv : agir pour « amé­lio­rer la vie des habi­tants ». Pour cela, a‑t-elle expli­qué, « nous avons un cap clair : coopé­rer, pro­té­ger, inven­ter ». Et la maire de citer quelques mesures et objec­tifs cor­res­pon­dant à cha­cun des trois termes. Elle a ain­si évo­qué, pêle-mêle, l’ou­ver­ture des réfé­ren­dums citoyens à par­tir de 16 ans, la par­ti­ci­pa­tion des habi­tants aux pro­jets de leur quar­tier, le déve­lop­pe­ment du loge­ment social, la lutte contre la spé­cu­la­tion immo­bi­lière, l’in­ves­tis­se­ment dans les ser­vices de proxi­mi­té, l’ac­cès à une ali­men­ta­tion de qua­li­té ou encore la végé­ta­li­sa­tion.

Lau­rence Ruf­fin vote, quelques minutes avant d’être élue par le nou­veau conseil muni­ci­pal.

« Je serai une maire à l’é­coute et une maire exi­geante », a éga­le­ment pro­mis Lau­rence Ruf­fin en concluant sa prise de parole. Inter­ven­tion qui avait com­men­cé notam­ment par un mes­sage sous forme de rap­pel à l’ordre, adres­sé aux conseillers muni­ci­paux : « La cam­pagne est der­rière nous. Je veux que dans cette assem­blée, nous puis­sions tra­vailler ensemble et nous res­pec­ter, même si nous ne sommes pas d’ac­cord. Au sein de cette ins­ti­tu­tion, nous sommes toutes et tous au ser­vice des Gre­no­blois. » À bon enten­deur…

Les applau­dis­se­ments saluant l’é­lec­tion de la nou­velle maire de Gre­noble.

De fait, cette pre­mière séance a long­temps rap­pe­lé les pires heures des conseils muni­ci­paux de la der­nière man­da­ture, avec ces inter­mi­nables séquences de ping-pong ver­bal entre Éric Piolle et Alain Cari­gnon. Pour­tant, aucun des deux anciens maires de Gre­noble ne siège encore sur ces bancs. L’é­co­lo­giste a choi­si de céder la place après deux man­dats tan­dis que le lea­der his­to­rique de la droite gre­no­bloise a annon­cé sa démis­sion et son retrait de la vie poli­tique locale, au len­de­main de sa défaite au second tour. Mais les passes d’armes ont cette fois oppo­sé les deux groupes d’op­po­si­tion — droite et LFI — qui se sont répon­du par invec­tives inter­po­sées.

Mauvais perdants

Ral­liés à la liste Oui Gre­noble au second tour, à l’is­sue d’une fusion « tech­nique » visant à consti­tuer « un front anti­ra­ciste ample », les insou­mis ont repris depuis leur indé­pen­dance, sié­geant comme pré­vu dans l’op­po­si­tion. Une « oppo­si­tion exi­geante », qui « ne recu­le­ra pas face aux injus­tices » et défen­dra les Gre­no­blois, les jeunes, les habi­tants des quar­tiers popu­laires, a pro­mis Allan Bru­non dans un dis­cours offen­sif. Une inter­ven­tion au cours de laquelle le can­di­dat LFI n’a pas ména­gé l’ex-muni­ci­pa­li­té Piolle, mais a sur­tout vive­ment atta­qué la droite, taclant Alain Cari­gnon et ses aco­lytes « cor­rom­pus » et « vio­lents ».

De gauche à droite, les conseillers muni­ci­paux LFI Abdel­nour Djeb­bou­ri, Bas­tien Cas­tillo et Allan Bru­non (au micro), qui s’est pré­sen­té à l’é­lec­tion.

Les élus du groupe divers droite, de Natha­lie Béran­ger à Clé­ment Chap­pet en pas­sant par Émi­lie Cha­las, lui ont sans sur­prise répon­du sur le même ton. Mais ces der­niers se sont éga­le­ment dis­tin­gués par leurs pro­pos de mau­vais per­dants, fai­sant le pro­cès en légi­ti­mi­té de Lau­rence Ruf­fin qu’ils ont qua­si­ment accu­sée d’a­voir usur­pé son fau­teuil de maire. En cause selon eux, l’ac­cord conclu entre sa liste et celle de la France insou­mise.

Au pre­mier rang, au fond, les élus insou­mis ; deux rangs der­rière eux, ceux du groupe divers droite.

Oubliant visi­ble­ment l’é­cart de plus de treize points en leur défa­veur, cer­tains conseillers muni­ci­paux du groupe d’op­po­si­tion de droite osaient même se faire pas­ser pour les vain­queurs légi­times du scru­tin. Heu­reu­se­ment que le ridi­cule ne tue pas…

Abdelwaheb Kismoune désigné premier adjoint

« Nos col­lègues de Recon­ci­lier Gre­noble [NDLR : le groupe divers droite] feraient mieux de se foca­li­ser sur les poli­tiques publiques et les poli­tiques d’in­té­rêt géné­ral au ser­vice des Gre­no­blois », a rétor­qué Alan Confes­son, colis­tier de Lau­rence Ruf­fin, sou­li­gnant que « la fusion avec la France insou­mise [avait] été vali­dée dans les urnes », par les élec­teurs. Celui qui se pré­sente tou­jours comme un « insou­mis uni­taire » a en outre van­té la vic­toire au second tour de « la liste la mieux élue de toute l’his­toire de la Ve Répu­blique pour des muni­ci­pales à Gre­noble ».

Gaë­tan Monot (éco­lo­giste), 9e adjoint, et Alexis Monge (PCF), 3e adjoint.

Après trois heures de débats hou­leux, sou­vent hors-sujet par rap­port aux déli­bé­ra­tions figu­rant à l’ordre du jour, le conseil muni­ci­pal s’est conclu par le vote de la liste des 21 adjoints et adjointes (cf noms en enca­dré). On connait déjà, par­mi eux, le pre­mier adjoint de Lau­rence Ruf­fin : Abdel­wa­heb Kis­moune, assis­tant médi­cal de 61 ans, ancien diri­geant d’un club de foot­ball ama­teur et d’une MJC, issu de la socié­té civile. Les dif­fé­rentes délé­ga­tions des élus seront, elles, connues la semaine pro­chaine.

L’é­lue socia­liste Aman­dine Ger­main, désor­mais 2e adjointe.
Les vingt-et-un adjoint-es
  1. Abdel­wa­heb KISMOUNE (pre­mier adjoint)
  2. Aman­dine GERMAIN
  3. Alexis MONGE
  4. Léo­nie MARCOUX
  5. Meh­di TADJINE
  6. Chloé PANTEL
  7. Luis BELTRAN-LOPEZ
  8. Cécile CENATIEMPO
  9. Gaë­tan MONOT
  10. Isa­belle PETERS
  11. Gilles NAMUR
  12. Khei­ra CAPDEPON
  13. Oli­vier BERTRAND
  14. San­dra KRIEF
  15. Nico­las KADA
  16. Céline DESLATTES
  17. Antoine BACK
  18. Michelle SY
  19. Vincent BERLANDIS
  20. Meriem NAILI
  21. Lény MOULIN

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