Grenoble. Le PCF Isère formule des vœux de rassemblement et de victoire pour 2026
Par Manuel Pavard
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« Ce n’est pas une mince affaire que d’espérer le meilleur, dans un monde qui aura démarré 2026 sur les chapeaux de roues. » Jérémie Giono, secrétaire départemental du PCF Isère, l’a relevé en introduction de son discours : l’actualité chargée et le contexte lourd de menaces — tant au plan national qu’international — donnent, cette année, une dimension particulière à ce traditionnel rendez-vous des vœux.
Comme tous les ans, la fédération de l’Isère avait convié samedi 31 janvier, dans ses locaux du 20 rue Émile-Gueymard, les militants et militantes communistes, des représentants politiques et élus locaux (PCF ou d’autres partis de gauche), des responsables syndicaux… Sans oublier les invités « d’honneur », chaleureusement applaudis par l’assistance : une délégation représentant les quelque 150 sans-logis occupant le siège de la métropole depuis le 19 novembre.
« Nous ne sommes pas partis de chez nous par plaisir »
Salués par Jérémie Giono pour leur « lutte exemplaire », les occupants ont ouvert les vœux par la voix de leur porte-parole Mohamed Fofana, secrétaire du syndicat CGT des livreurs à vélo. Lequel a remercié le PCF pour son appel aux dons, lancé en janvier, ainsi que toutes les personnes qui les soutiennent depuis plus de deux mois.

Le visage grave, profondément marqué par le récent drame ayant touché l’un de ses camarades, le jeune homme a évoqué un combat « pour la dignité ». Ces familles ne demandent pas la lune ni de quelconques faveurs, mais bien le droit d’avoir un toit, des papiers, un travail… Comme tout être humain. Et de battre en brèche certaines idées reçues sur « l’immigration », trop souvent colportées par la droite et l’extrême droite. « Nous ne sommes pas partis de chez nous par plaisir », a ainsi lancé Mohamed Fofana, ovationné par le public.
Douze portraits de militants communistes isérois
Autre temps fort de cette matinée, l’intervention de Thomas Petit et Xavier Saconney, auteurs de Portraits communistes. L’ouvrage a donné lieu à une exposition photo, actuellement visible au siège de la fédération PCF. Une série de portraits de douze militantes et militants communistes isérois, réunissant texte et photographies argentiques en noir et blanc, exposées dans la salle Raymond-Perinetti.

Ces images sont complétées, dans le livre, par douze « longs entretiens biographiques » réalisés entre mai et décembre 2025. Les militants interrogés y expliquent « pourquoi ils s’engagent, quelle est la singularité du parti, quel est leur rapport au monde », ont précisé les auteurs. Avant d’inviter l’ensemble des participants le 27 février, à 18h30, toujours au 20 rue Émile-Gueymard, pour la présentation publique de l’ouvrage.

Leur prise de parole a été précédée de celle d’Élisabeth Vernay, gérante de la société coopérative à intérêt collectif (SCIC) Le Travailleur alpin, qui a souligné l’importance de la presse communiste. Un rôle crucial à une époque où la quasi-totalité des médias se retrouvent aux mains de grands groupes capitalistes, voire — pour un nombre croissant d’entre eux — de milliardaires d’extrême droite comme Bolloré ou Stérin. « Le Travailleur alpinet l’Humanitésont des vecteurs de convergence des luttes », a‑t-elle affirmé, donnant rendez-vous à Saint-Égrève, le week-end des 27 et 28 mai, pour la prochaine Fête du Travailleur alpin.

Comme de coutume, Jérémie Giono a clos ces vœux 2026 par son habituel discours mêlant bilan et perspectives. En ce début d’année, difficile d’éluder le contexte international marqué par « l’agression impérialiste des États-Unis de Donald Trump contre la République bolivarienne du Venezuela, suivie des menaces d’annexion du Groenland ». Deux points illustrant, selon lui, « l’effondrement définitif de l’ordre international hérité de la victoire de 1945 ».
« C’est devenu un lieu commun de dire que nous sommes entrés dans une ère où la loi du plus fort fait son grand retour, mais en tant que communistes, nous avons la responsabilité d’aller au-delà de cette formule, et de nommer la véritable dynamique à l’œuvre : l’impérialisme, stade suprême du capitalisme », a décrypté le secrétaire départemental du PCF Isère.
« C’est leur camp politique qui est responsable des drames humanitaires qui se jouent des deux côtés de la Méditerranée, et qui font que des milliers risquent leur vie pour être exploités ici dans tant de boulots essentiels que notre société refuse de reconnaître ! »
Du Venezuela à l’Iran — malgré « la révolte légitime du peuple iranien » -, du Moyen-Orient au Nigeria, un « dénominateur commun » derrière les manoeuvres trumpistes : « le pétrodollar, support essentiel de la domination monétaire du dollar, qui permet aux États-Unis d’extorquer une rente à l’ensemble des peuples de la planète ». Toutefois, « si la puissance hégémonique impérialiste conserve sa domination militaire, elle a perdu celle de la production concrète au profit de la Chine », nuance le responsable communiste.
Jérémie Giono a ensuite égrené ces multiples « dangers » générés par le « pourrissement de l’impérialisme ». D’abord le « sacrifice brutal des peuples », que l’on pense aux Palestiniens, aux Kurdes, aux Sahraouis, aux Ukrainiens ou aux habitants de nombreux pays africains. D’où ce tacle glissé aux donneurs de leçons issus notamment de la droite : « C’est leur camp politique qui est responsable des drames humanitaires qui se jouent des deux côtés de la Méditerranée, et qui font que des milliers risquent leur vie pour être exploités ici dans tant de boulots essentiels que notre société refuse de reconnaître ! »

In fine, c’est d’un « sacrifice généralisée de l’espèce humaine » que l’on peut parler. Car aux menaces de guerre s’ajoute, a‑t-il rappelé, « la problématique de plus en prégnante du réchauffement climatique, qui menace de rendre inhabitables de larges pans du globe ». Le constat est clair : « La décomposition du capitalisme nous conduit toutes et tous vers l’abîme ». Chute symbolisée par « l’effondrement intellectuel de nos classes dominantes » et la voracité d’une « internationale fasciste [qui] déploie ses griffes », de l’Argentine au Chili en passant par l’Italie, le Japon… et même la France avec les « nouvelles passerelles entre droite traditionnelle et extrême droite ».
« Un choix de civilisation »
Pour Jérémie Giono, « nous sommes bien face à rien de moins qu’un choix de civilisation ». Ce que résumaient déjà certains, il y a plusieurs décennies, avec une formule restée célèbre : « socialisme ou barbarie ». « C’est sur cette ligne de front, sur cette barricade, que se tiennent et se tiendront les communistes, conscients de la gravité de la période », a‑t-il assuré.
Se félicitant des initiatives menées par les communistes isérois (« fruits et légumes solidaires », participation à la Fête de l’Huma, foires de Beaucroissant et de la Saint-Martin, Fête du Travailleur alpin bien sûr…), du travail engagé sur le terrain de l’industrie, des progrès enregistrés sur les adhésion, le secrétaire départemental a évoqué les efforts à mener en termes de féminisation des effectifs. Objectif qui passera notamment, d’après lui, par « le renforcement de nos liens avec la génération actuelle de jeunes communistes ».
Cap sur les municipales
Quid de la suite ? Avant le cycle de congrès démarrant au printemps et avant les grandes échéances électorales de 2027, il y a les municipales. Un scrutin à ne surtout pas sous-estimer, d’autant que la commune est « souvent le seul échelon institutionnel accessible pour les gens ». Et de citer un exemple concret. Fin janvier, « en porte-à-porte à Saint-Martin-d’Hères avec les camarades, a‑t-il raconté, on est tombé sur une famille avec des personnes âgées logées par la SDH, dont la chaudière est en panne depuis plus d’un mois, sans qu’aucune démarche auprès du bailleur ou de ses prestataires sous-traitants n’aboutisse ».
Que faire dans ce cas ? « La mairie ne gère pas les logements sociaux mais elle peut mettre un coup de pression au bailleur pour faire bouger les choses, parce qu’elle est garante des conditions de décence des logements, a poursuivi Jérémie Giono. Du coup, parce que des militants PCF sont passés et qu’à Saint-Martin-d’Hères, c’est le communisme municipal, […] cette famille devrait pouvoir retrouver de l’eau chaude. »
« Cest ça l’engagement communiste : se frotter à tous les pouvoirs pour faire bouger les lignes. »
Autre exemple d’engagement — pour rebondir avec les propos des livreurs à vélo -, celui de Jérôme Rubes, vice-président de Grenoble-Alpes Métropole à l’habitat, « qui ne compte pas ses heures depuis novembre pour trouver des solutions pour les occupants du siège de la métropole ». Malgré les écueils et les difficultés, « c’est ça l’engagement communiste : se frotter à tous les pouvoirs pour faire bouger les lignes ».
Le dirigeant PCF isérois ne pouvait pas ne pas évoquer le cas échirollois. « L’ambition de fournir à nos enfants un périscolaire de qualité » ; ambition que Renzo Sulli et Gilbert Biessy « payent au prix fort », a‑t-il déploré. Ce, en se retrouvant devant les tribunaux, « sur préconisation d’une Cour des comptes qui porte l’exigence de privatisation et reproche à la ville d’Échirolles d’avoir des exigences politiques auquel le privé lucratif ne peut pas répondre ».
« Le rassemblement du peuple, des classes laborieuses »
Faisant applaudir les communistes d’Échirolles qui « ne laisseront pas leurs habitants, ni aux mains de l’extrême droite, ni à celles des opportunistes de tous poils », Jérémie Giono ne s’est pas privé d’adresser un message ironique à ces derniers, citant les insoumis échirollois sans les nommer : « Un rassemblement de petits ne sera jamais qu’un petit rassemblement ». Citation malheureusement déclinable dans plusieurs autres communes du territoire métropolitain « où l’obsession de certains semble être d’attaquer des équipes de gauche plutôt que de déployer leurs efforts à contrer nos véritables adversaires », a‑t-il regretté.

De Grenoble à la « ceinture rouge » jusqu’à Saint-Marcellin, Salaise-sur-Sanne, Péage-de-Roussillon, Rives, Vizille, la solution porte un nom, pour les communistes et pour leurs partenaires de gauche : le rassemblement. Mais « pas le rassemblement pour des places, celui du peuple, des classes laborieuses ». Une rude bataille en perspective face à des adversaires qui, eux, « sont organisés ».
Appelant à « gagner en maturité à gauche » et à se mobiliser dans les six semaines restantes, afin de gagner « si possible dès le premier tour, à défaut au second », Jérémie Giono a conclu sa longue intervention en se projetant vers « une année 2026 que les communistes entendent placer sous le signe de l’organisation collective, du rassemblement et de la victoire ».


