Saint-Martin‑d’Hères garde la tête froide face à la canicule
Par Manuel Pavard
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Le nouvel épisode de canicule ayant frappé une grande partie de la France, cet été, l’a rappelé aux élus. Aucune politique de renouvellement urbain ne peut désormais éluder les questions du réchauffement climatique et de la transition écologique. Exemple à Saint-Martin-d’Hères avec le projet de réaménagement des quartiers Sud - plus particulièrement dans les quartiers Paul-Bert et Paul-Eluard.

En août dernier, la température est montée jusqu’à 40°C à Saint-Martin‑d’Hères, comme dans toute la cuvette grenobloise. Une canicule – la seconde de l’année après un premier épisode fin juin — difficilement vécue par les habitants. Et encore plus par ceux ayant la malchance de vivre dans un habitat vétuste, mal isolé, sans partie extérieure. Brahim Cheraa, adjoint à l’aménagement et l’urbanisme, en a conscience. La ville de Saint-Martin‑d’Hères affiche aujourd’hui, assure-t-il, une vraie « cohérence des politiques publiques sur des sujets comme les espaces publics, la transition écologique, le logement, le cadre de vie et d’habitat ».
Si ces thèmes ne se limitent pas à la canicule, celle-ci figure parmi les principaux facteurs à prendre en compte dans tout programme de renouvellement urbain. Illustration : le réaménagement des quartiers Sud, vaste projet englobant plusieurs parties, sur un territoire de quelque 5 000 habitants. D’une part, la requalification des espaces publics dans le cadre de Cœurs de ville, cœurs de métropole (CVCM). « Il y aura plus de 2 kilomètres de voiries. On va déminéraliser, végétaliser, en plantant plus de cent arbres », précise Brahim Cheraa. D’autre part, la réhabilitation de plus de 500 logements existants via le dispositif Mur/Mur. Enfin, le projet mené plus spécifiquement dans les quartiers Paul-Bert et Paul-Eluard, et visant à créer environ 350 nouveaux logements ainsi qu’un « espace public paysager », pour faire du secteur un véritable écoquartier.
À chaque fois, l’idée est « d’améliorer le cadre de vie des habitants déjà là et de ceux qui arrivent », affirme l’élu. Pour cela, une concertation est conduite depuis 2022 auprès de la population. Avec une confirmation. « Le confort d’été arrive de plus en plus dans les discussions », constate Brahim Cheraa. La municipalité l’avait d’ailleurs « déjà pris en compte il y a dix ans avec l’écoquartier Daudet » et a conçu son propre référentiel sur le développement durable, appliqué à tous ses projets.
« On partait de 50 %, finalement, on urbanise moins de 20 % »
Dans ces quartiers Paul-Bert et Paul-Eluard, « on a aujourd’hui 7 hectares qui sont maîtrisés », se félicite l’adjoint à l’urbanisme. Un élément fondamental puisque « pour avoir des logements abordables, il faut maîtriser le foncier au maximum ». D’emblée, la ville avait pris des engagements : « Ne pas urbaniser plus de 50 %, travailler sur une agriculture urbaine et nourricière ». Avant la « surprise. On a découvert qu’une partie était en zone humide », se souvient-il, pointant également les « traces de pollution » révélées par les études. Élus, habitants, copropriétés ont alors débattu, accouchant d’une « idée collective ». « À la place de l’agriculture urbaine, on valorisera la zone humide pour qu’elle joue son rôle en termes de biodiversité », explique l’élu.
La future plaine humide de 3,5 hectares (bordée par l’avenue Marcel-Cachin, les rues Léon-Jouhaux et George-Sand) constituera ainsi un véritable îlot de fraîcheur. Sur la zone humide actuelle, morcelée, les constructions seront compensées par d’autres zones humides, avec in fine un site d’un seul tenant dont la majeure partie sera non artificialisée. « On partait de 50 %, finalement, on urbanise moins de 20 %, souligne Brahim Cheraa. À l’intérieur de tous les îlots de logements, on garde des jardins, des îlots de pleine terre. » Lesquels, une fois dépollués, seront utilisés comme bon leur semble par les habitants. On retrouvera aussi des cheminements piétons pour la balade, avec un accès au parc exclusivement piéton. Ce, afin d’avoir « le moins de voirie pénétrante » et de limiter au maximum l’impact de la voiture.
Quid des logements ? Là aussi, la ville se sert de son référentiel. Et l’adjoint d’évoquer « une implantation Nord-Sud, le long des avenues structurantes », et l’impératif d’avoir « la meilleure ventilation des logements possible ». Longtemps snobé des promoteurs, le « confort d’été » est désormais au cœur de toute opération immobilière. « Il faut au minimum être bien orienté et avoir un balcon ». De fait, les bâtiments suivront un cahier de prescriptions : « l’exposition, les matériaux biosourcés, les teintes des logements, la luminosité, la ventilation », détaille Brahim Cheraa.
Résister aux fortes chaleurs passe donc « par le logement et par l’extérieur ». Sur les 11 millions d’euros investis pour CVCM (58 % métro, 42 % ville), il y aura ainsi « 800 000 euros de dévoiement des réseau pour planter ». Des arbres adaptés au changement climatique, comme ceux plantés récemment pour refaire les cours des écoles Paul-Bert et Vaillant-Couturier. « Pour avoir une vraie canopée, on peut végétaliser deux cours par an, soit 70 à 80 000 euros par cour », situe Christophe Bresson, adjoint à l’environnement. Malgré le coût budgétaire, les élus ne doutent pas : « Pour être bien dans la ville, le citoyen doit être bien chez lui, dans son espace public. » Livraison du projet global prévue en 2030.
Manuel Pavard

Plan climat du PCF. Éviter la catastrophe
Pour lutter contre la multiplication des canicules, pas de secret : il faut agir contre le réchauffement climatique. Ce qu’on appelle enfoncer une porte ouverte. Et pourtant.
Le PCF a édité en 2023 un plan climat pour la France, à horizon 2050. Les propositions formulées témoignent d’une réalité. Agir pour le climat impose une remise en cause du modèle de société en vigueur.
Ce plan décrit les moyens de la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Dans les transports – premier secteur émetteur –, cela implique le développement du ferroviaire, voyageurs et marchandises, ainsi que, dans les agglomérations, la gratuité des transports publics et le développement du vélo. Dans le périurbain et la ruralité, les voitures électriques. Sont évidemment concernés le logement – abandon des énergies fossiles, rénovations notamment thermiques été/hiver… –, l’industrie dont la décarbonation implique une réindustrialisation, la réduction de ses consommations d’énergies fossiles et un développement de la recherche développement. L’agriculture, aussi, avec par exemple la sortie des engrais minéraux.
Une partie importante du plan climat du PCF est consacrée à l’énergie. En la matière, tout est nécessaire. La sobriété avec la réduction des consommations. L’élimination quasi totale du recours aux combustibles fossiles. Le développement des renouvelables pour la production d’électricité ainsi que la construction de réacteurs nucléaires. Ainsi que la modernisation des barrages et des installations hydroélectriques.
Stratégies industrielles et droits nouveaux
Ces ambitions imposent une reprise en main de l’appareil industriel. Le cas, par exemple, de General electric, qui a racheté la branche énergies renouvelables d’Alstom en 2017, sous l’égide d’Emmanuel Macron. Une catastrophe industrielle dont le bassin grenoblois, notamment, souffre encore. D’une manière générale, EDF devra jouer un rôle central pour mettre en œuvre et coordonner une stratégie industrielle d’investissements à long terme.
Le plan climat du PCF comporte également un volet sur la formation, les financements et la planification. Ce qui comprend des droits nouveaux d’intervention pour les salariés dans la gestion de leur entreprise, notamment celle des grands groupes industriels, mais aussi une place accrue des investissements dans la recherche pour le développement de technologies nouvelles, plus sobres et neutres en émissions de carbone.
Le réchauffement climatique s’impose pour plusieurs décennies, changer de cap est nécessaire aujourd’hui.
Luc Renaud

Des mesures d’urgence
Face à la récurrence des épisodes caniculaires, la CGT constate l’insuffisance des protections. Pas de température maximale définie, aucun renforcement du droit de retrait, aucune interdiction explicite de faire travailler dans des locaux à 40° l’été ou 12° l’hiver. L’Institut national des risques professionnels (INRS) juge pourtant dangereux un travail physique au-delà de 28° et sédentaire au-delà de 30°. La CGT revendique la réduction des rythmes de travail en cas de forte chaleur ; l’augmentation des temps de pause rémunérés dès 25°C ; l’extension du chômage intempéries pour chaleur à tous les secteurs ; le renforcement du droit de retrait ; ou encore l’augmentation des effectifs de la médecine et de l’inspection du travail.
Luc Renaud

Lionel Favier : « La canicule de 2003, ce sera un été normal en 2100 »
Glaciologue de formation, Lionel Favier est depuis cinq ans médiateur des sciences du climat et l’un des deux salariés de l’association Névé, qu’il a cofondée en Isère en 2020. Il intervient à ce titre dans des collèges, lycées ou collectivités, effectuant de la vulgarisation sur le changement climatique.
Fait-il de plus en plus chaud ?
Depuis les années 1850 à 1900, on mesure la température à la surface de la Terre, qui augmente en moyenne de 1,3 ou 1,4°C entre deux périodes climatiques de vingt à trente ans. Mais en 2024, année la plus chaude, on a vu une hausse de 1,6°C en un an ! Ensuite, les océans se réchauffent moins (+0,9°C) que les continents (+1,6 à 1,7°C) et sur ces derniers, les zones arctiques encore plus (+3 à 4°C). En France, ça grimpe de 1,9 ou 2°C, là aussi davantage en zone continentale que sur la façade Atlantique.
Les épisodes de canicule sont donc plus fréquents ?
Oui, si la moyenne des températures augmente, cela augmente la probabilité d’avoir une canicule. De 1947 jusqu’au début des années 2000, on recense une quinzaine de vagues de chaleur en France. Entre 2000 et 2025, il y en a eu vingt-cinq ou vingt-six !
Grenoble et l’Isère sont-elles mal loties face à la hausse des températures ?
C’est le cas de tout un gros quart Sud-Est. Mais ce n’est pas uniforme, ça dépend notamment de l’albedo, la capacité de réflexion du soleil sur la surface en fonction de sa couleur. La surface blanche de la neige réfléchit une forte part du rayonnement solaire. Parmi les endroits qui se réchauffent le plus, il y a les stations entre 1000 et 1500 mètres d’altitude, comme l’Alpe du Grand Serre, où on comptait une trentaine de jours de neige par an il y a trente ans et quasi plus aujourd’hui. Les surfaces blanches sont remplacées par des couleurs terre. Pour le reste, il peut faire 5–6°C de plus à Grenoble qu’au Versoud durant la nuit : en ville, les surfaces qui ont absorbé l’énergie solaire la journée la renvoient la nuit, contrairement à la campagne.
Que peut-on craindre à l’avenir ?
Le scénario consensuel — basé sur les politiques actuelles des États — prévoit une hausse de 3°C au niveau mondial et de 4°C en France. La canicule de 2003 qui a fait 15 000 morts, en 2050, ce sera un été sur deux et en 2100, un été normal. Le modèle de Météo-France ajoute 3°C à Grenoble, l’été, en 2050 par rapport à 2000. Les températures extrêmes augmentant encore plus, les maximales atteindront les 45°C… Et peut-être même 50°C, avant 2100.
Comment agir alors ?
Au niveau des citoyens, le plus important, c’est de délaisser la voiture, même si ce n’est pas facile. Pour les collectivités, on peut citer les transports, la végétalisation qui est très importante. L’ombre permet de ne pas être directement au contact du soleil, les arbres transpirent et absorbent de la chaleur. En ville, c’est dans les parcs qu’il fait le moins chaud.
Propos recueillis par Manuel Pavard


