En Isère et Savoie, la CGT gardiens de troupeaux met la pression sur la FDSEA

Par Manuel Pavard

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Une quinzaine de gardiens de troupeaux se sont réunis à l'appel du SGT 38, le 22 janvier, devant la Maison des agriculteurs de l'Isère, à Moirans. © SGT 38
Le syndicat CGT des gardiens de troupeaux organisait des rassemblements, les 22 et 23 janvier, devant les chambres d'agriculture de l'Isère et de la Savoie. Objectif : imposer à la FDSEA de tenir ses engagements et de reprendre les négociations. Une mobilisation visant également à dénoncer une nouvelle fois les conditions de travail "déplorables" des bergers et de l'ensemble des ouvriers agricoles.

Ils étaient une quin­zaine, mer­cre­di 22 jan­vier, à Moi­rans ; une dizaine, le len­de­main, à Saint-Bal­doph. Des ber­gers sur­tout, mais aus­si des vachers et che­vriers. Réunis au sein du syn­di­cat CGT des gar­diens de trou­peaux, ces ouvriers et ouvrières agri­coles avaient déci­dé de se ras­sem­bler devant la chambre d’a­gri­cul­ture, en Isère comme en Savoie, afin de cibler la FDSEA de leurs dépar­te­ments res­pec­tifs.

Depuis deux ans en effet, le SGT avait obte­nu l’ou­ver­ture de négo­cia­tions sur les salaires, les condi­tions de tra­vail et la recon­nais­sance du métier. Celles-ci étaient menées à l’é­che­lon dépar­te­men­tal, en Isère et dans les deux Savoie, et se pour­sui­vaient tant bien que mal, même si « le patro­nat agri­cole n’en avait ni la volon­té ni l’in­té­rêt », sou­ligne Étienne Jobard, repré­sen­tant du SGT 38. Mais lors de la der­nière ses­sion, « la FNSEA a pro­po­sé la régio­na­li­sa­tion des négo­cia­tions », raconte-t-il.

Les gar­diens de trou­peaux avaient volon­tai­re­ment choi­si de se ras­sem­bler durant les élec­tions à la chambre d’a­gri­cul­ture. © SGT 38

Au départ, le syn­di­cat CGT s’y oppose. « On sen­tait l’en­tour­loupe. Pour eux, c’é­tait un moyen de gagner du temps et de reprendre la main sur les négo­cia­tions alors qu’on avait obte­nu des avan­cées au niveau dépar­te­men­tal », explique le ber­ger isé­rois. Fina­le­ment, les gar­diens de trou­peaux finissent par accep­ter, mais « sur la base des acquis les plus éle­vés », avec une volon­té de « nive­ler par le haut. Sans sur­prise, ils ont refu­sé », iro­nise-t-il.

Les ouvriers agricoles sont « les grands oubliés »

Le SGT 38 et le SGT 73 deman­daient donc « la reprise immé­diate des négo­cia­tions dépar­te­men­tales », pro­fi­tant de ces deux ras­sem­ble­ments pour « dénon­cer les basses manœuvres des orga­ni­sa­tions patro­nales ». De fait, la date n’a­vait elle non plus pas été choi­sie au hasard. « Le contexte, c’est les élec­tions en chambre d’a­gri­cul­ture, qui se tenaient jus­qu’au 31 jan­vier », situe Étienne Jobard. Soit une belle caisse de réso­nance poten­tielle.

L’i­dée, pré­cise-t-il, « c’est de dire qu’on a beau­coup par­lé du monde agri­cole récem­ment mais qu’il y a aujourd’­hui plus de sala­riés agri­coles que d’a­gri­cul­teurs ». Qu’on les appelle gar­diens de trou­peaux, ber­gers, ouvriers agri­coles ou sala­riés des alpages, ces der­niers se consi­dèrent comme « les grands oubliés » de la crise actuelle, vic­times des « mesures rétro­grades qui les pré­ca­risent ». Illus­tra­tion : l’équipement de tra­vail et de sécu­ri­té est aujourd’hui entiè­re­ment à la charge des sala­riés, qui réclament la prime men­suelle de 250 euros — pro­mise par la FDSEA — afin de le rem­bour­ser.

Les mani­fes­tants ont direc­te­ment inter­pel­lé la FDSEA, l’ap­pe­lant à reprendre les négo­cia­tions dépar­te­men­tales. © SGT 38

À Moi­rans comme à Saint-Bal­doph, les pré­si­dents de la FDSEA sont venus à la ren­contre des mani­fes­tants, qui ont « pu dis­cu­ter à bâtons rom­pus » avec eux, indique le mili­tant. Des échanges cour­tois qui ne trompent pour­tant pas le syn­di­cat CGT. Car le constat reste, lui, inchan­gé : « L’employeur est cen­sé res­pec­ter le code du tra­vail, qui devrait s’ap­pli­quer en alpage, alors qu’en fait, c’est la jungle », déplore Étienne Jobard.

« D’a­près eux, il n’y a que quelques bre­bis galeuses et patrons voyous, les autres se com­portent bien. Mais en réa­li­té, c’est l’in­verse ! »

Étienne Jobard (SGT 38)

Mal­heu­reu­se­ment, « le patro­nat agri­cole ne montre aucune volon­té d’a­mé­lio­rer nos condi­tions de tra­vail par les négo­cia­tions », accuse-t-il. Le SGT 38 fus­tige ain­si des orga­ni­sa­tions — à l’i­mage de la FDSEA/FNSEA ou de la Coor­di­na­tion rurale — « réac­tion­naires et rétro­grades ». Et qui, en outre, ne recon­naissent pas leurs torts. « D’a­près eux, il n’y a que quelques bre­bis galeuses et patrons voyous, les autres se com­portent bien. Mais en réa­li­té, c’est l’in­verse », affirme Étienne Jobard.

Le syn­di­cat CGT des gar­diens de trou­peaux pèse de plus en plus dans les négo­cia­tions. © SGT 38

Alors de quels leviers dis­posent les gar­diens de trou­peaux ? Ques­tion déli­cate… Si l’i­dée d’une « grève des ber­gers en alpage » n’est pas tota­le­ment exclue, cela pose tou­te­fois « une vraie dif­fi­cul­té. Nous sommes dis­pat­chés et iso­lés sur les alpages ou dans les fermes », constate le repré­sen­tant syn­di­cal. Quoi­qu’il en soit, les ouvriers agri­coles com­mencent à « s’ar­mer juri­di­que­ment », avec l’aide d’une avo­cate. Et ils « ne se lais­se­ront pas abattre », pro­met le SGT 38, « pour la bonne et simple rai­son que nous n’avons rien a perdre que des salaires misé­rables et des condi­tions de tra­vail d’un autre temps ».

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