Tags antisémites. Édouard Schoene contre-attaque après son appel jugé « irrecevable »
Par Manuel Pavard
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Édouard Schoene et son avocat, Me Bernard Schmid, espéraient voir l’instruction se poursuivre, trois ans après les odieuses inscriptions antisémites, anticommunistes et pro-nazies découvertes dans la nuit du 18 au 19 mars 2023, dans le jardin de son domicile, à Fontaine. Las, l’arrêt rendu ce jeudi 2 avril par la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Grenoble est venu en partie doucher les espoirs du militant et ancien élu communiste fontainois. « Les appels formés par Édouard Schoene et son conseil doivent […] être déclarés irrecevables », indique-t-elle en effet.

Ceux-ci avaient interjeté appel de l’ordonnance de non-information rendue le 20 août 2025 par la juge d’instruction, qui rejetait leur plainte avec constitution de partie civile. Ce qui avait conduit à une convocation devant la cour d’appel le 10 février — avec une trentaine de manifestants présents sur place en soutien. Audience au cours de laquelle Me Schmid avait contesté les arguments de la juge d’instruction sur une prétendue absence de qualification pénale. « J’ai cité dans la plainte des articles de la loi sur la liberté de la presse pour l’incitation à la haine raciale et l’apologie de crime contre l’humanité. Et un article du code pénal pour les menaces de mort », avait indiqué l’avocat.
« Avec mon avocat, Bernard Schmidt, nous pensons lancer une nouvelle procédure de constitution de partie civile, sur la base de ma plainte de novembre dernier (sur de nouveaux faits antisémites). »
Mais la présidente et surtout l’avocate générale s’étaient, elles, abritées derrière un point de procédure, cette dernière reprochant à Édouard Schoene d’avoir déposé son dossier au greffe du tribunal judiciaire et non de la cour d’appel. Et malheureusement, c’est ce vice de forme qu’a invoqué la juridiction pour rejeter sa demande, ce jeudi 2 avril, refusant d’examiner le fond de l’affaire. La cour d’appel estime ainsi dans son arrêt que les déclarations d’appel de Me Schmid et son client « ne sont pas conformes aux prescriptions des articles du code de procédure pénale ».

Déçu de cette décision, Édouard Schoene n’entend pas pour autant abandonner. « Avec mon avocat, Bernard Schmidt, nous pensons lancer une nouvelle procédure de constitution de partie civile, sur la base de ma plainte de novembre dernier (sur de nouveaux faits antisémites) », annonce-t-il. Il s’agit en effet de nouveaux tags antisémites et haineux retrouvés, le 16 novembre 2025, sur la porte de la salle accueillant le meeting de la liste d’union de la gauche « Fontaine nous rassemble », conduite par Claudine Didier, qui lançait sa campagne municipale ce jour-là. Des inscriptions qui ciblaient à la fois la France insoumise… et Édouard Schoene, lequel avait déposé plainte dès le lendemain.
Franck Sinisi devant le tribunal correctionnel le 10 avril
Pour ces faits comme pour ceux de 2023, le militant PCF a un suspect dans le viseur : l’ancien élu d’extrême droite Franck Sinisi, dont l’ombre plane sur l’ensemble des actes antisémites et racistes commis ces dernières années à Fontaine. Un personnage au profil particulièrement sulfureux, déjà condamné pour incitation à la haine raciale en 2017, après avoir proposé, en plein conseil municipal, de « récupérer les dents en or » des Roms. Ce qui lui avait valu d’être exclu du FN, avant de rejoindre Civitas.
Surtout, Franck Sinisi comparaîtra de nouveau devant le tribunal correctionnel de Grenoble le 10 avril prochain, pour « provocation publique à la haine ou à la violence en raison de la religion ». Il est cette fois mis en cause dans l’affaire des inscriptions racistes et des ossements de porc découverts devant une salle de prière musulmane de Fontaine, le 19 septembre 2025. Son ADN ayant été retrouvé sur l’un des os, il avait été placé en garde à vue le 13 janvier dernier.

Bien sûr, Franck Sinisi reste « présumé innocent » à ce stade, rappelle Me Schmid. Lequel évoque néanmoins « des indices concordants dirigeant les soupçons » vers l’ex-conseiller municipal d’extrême droite. Pour lui comme pour Édouard Schoene, aucun doute, il s’agit « évidemment du même auteur » dans cette sombre série. D’où leur espoir de voir enfin la justice lancer de véritables investigations et notamment « une expertise graphologique ». Me Schmid fera d’ailleurs face à Franck Sinisi dès le 10 avril, cette fois en tant qu’avocat du MRAP.


