Jeudi à Échirolles. Anthony Caillé (CGT-Intérieur) : « Nationalisons la police municipale »

Par Manuel Pavard

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Policier et secrétaire général de la CGT-Intérieur, Anthony Caillé (à gauche, aux côtés de Jérôme Barbieri) avait participé en mars 2024, à Rives, à un débat sur la sécurité, avec les communistes isérois.
Enquêteur à la Brigade de répression du banditisme et secrétaire général de la CGT-Intérieur Police, Anthony Caillé vient de publier, en novembre 2025, "Que peut la police ?" (Éditions de l’Atelier). Entretien avant sa venue, ce jeudi 26 février, à Échirolles où il participera à une réunion publique sur la sécurité, aux côtés de la maire PCF Amandine Demore, tête de liste de l'union de la gauche.

Dans quel état se trouve la police natio­nale aujourd’­hui ?

Sar­ko­zy a tout « flin­gué » en allant au bout du rai­son­ne­ment sur les baisses de moyens et d’ef­fec­tifs. Aujourd’hui, on est tou­jours sur une poli­tique de perte d’effectifs (envi­ron 140 000 poli­ciers titu­laires il y a vingt ans, 111 000 en 2022, selon les der­nières sta­tis­tiques offi­cielles). On est un peu moins mal lotis que d’autres car on a eu la chance d’a­voir une LOPMI [NDLR : loi d’o­rien­ta­tion et de pro­gram­ma­tion du minis­tère de l’In­té­rieur] mais c’est trom­peur car la moi­tié du bud­get est affec­té au numé­rique, pour le minis­tère. Glo­ba­le­ment, les poli­ciers sont épui­sés : 20 mil­lions d’heures sup­plé­men­taires impayées, quelques mil­lions de pro­cé­dures en souf­france, 27 sui­cides en 2024 et à peu près autant en 2025, beau­coup de démis­sions et d’arrêts mala­die… Ils s’interrogent sur le sens du métier. Désor­mais, la police a uni­que­ment une mis­sion répres­sive et ne fait qua­si­ment pas de pré­ven­tion (hor­mis quelques excep­tions, comme lors des JO 2024).

Antho­ny Caillé, secré­taire géné­ral CGT-Inté­rieur, Marie-Laure Cor­di­ni, secré­taire de l’UD CGT 38, et Chris­tophe Tor­chy, secré­taire natio­nal CGT-Inté­rieur, devant l’hô­tel de police de Gre­noble, en juin 2025.

Com­ment refon­der le lien si abî­mé entre la police et la popu­la­tion ?

Quatre mots : concours, for­ma­tion, embauche, mis­sion. Pre­miè­re­ment donc, reve­nir à ce qui exis­tait avant, avec des concours par filière de métiers : pour les enquê­teurs, pour le com­mis­sa­riat… Puis la for­ma­tion, qui ne doit plus dépendre du seul pou­voir de la police natio­nale mais se dérou­ler dans les uni­ver­si­tés, durant deux-trois ans, avec de l’histoire, du droit, de la socio­lo­gie. Le poli­cier, qui arrive avec ses biais, sor­ti­rait ain­si avec une vue sur la socié­té plus juste. Autre avan­tage, il revien­drait avec une licence. Ensuite, l’embauche : il faut remettre de la police de proxi­mi­té et la sacra­li­ser en créant une direc­tion géné­rale de la police de proxi­mi­té. Direc­tion à laquelle seraient rat­ta­chés des effec­tifs dans les com­mis­sa­riats. Enfin, renouer avec notre mis­sion de ser­vice public, au ser­vice de toutes et tous et de l’in­té­rêt géné­ral. Autre­ment dit, repen­ser la police comme un bien com­mun répu­bli­cain.

La CGT-Inté­rieur se posi­tionne contre la police muni­ci­pale. Pour quelles rai­sons ?

Je rap­pelle d’a­bord qu’on n’a rien contre les poli­ciers muni­ci­paux, on est contre le prin­cipe de police muni­ci­pale. Déjà, les chiffres : en natio­na­li­sant les 30 000 poli­ciers muni­ci­paux, on aurait 30 000 agents de police de proxi­mi­té. La CGT remet en ques­tion la frag­men­ta­tion de la sécu­ri­té, qui est un ser­vice public. Dans un État de droit, tout le monde doit béné­fi­cier de la même sécu­ri­té, sur l’en­semble du ter­ri­toire. Or, avec les polices muni­ci­pales, il y a rup­ture d’égalité entre les citoyens, selon leur com­mune. Ensuite, le prin­cipe de rede­va­bi­li­té : à qui la police muni­ci­pale rend-elle des comptes ? Au maire. Elle devient donc un ins­tru­ment poli­tique. En plus, ça coûte un « pognon de dingue » ! Les maires dépensent sans comp­ter pour la police muni­ci­pale, à bud­get constant, donc au détri­ment d’autres ser­vices. Ils donnent de plus en plus de pou­voir aux poli­ciers muni­ci­paux qui ne peuvent pour­tant pas faire de police judi­ciaire, d’enquête ou de garde à vue, seule­ment des contrôles et inter­pel­la­tions. Notons aus­si qu’il n’existe aucune doc­trine d’emploi de la police muni­ci­pale — contrai­re­ment à la police natio­nale. Dans les com­munes où les agents sont armés, ils font ce qu’ils veulent, sans cahier des charges. La droite aime­rait que des poli­ciers muni­ci­paux deviennent offi­ciers de police judi­ciaire mais c’est une pente glis­sante. Le der­nier pro­jet de loi donne en outre aux poli­ciers muni­ci­paux la pos­si­bi­li­té de dres­ser des amendes for­fai­taires délic­tuelles (AFD) pour une quin­zaine d’infractions. Nous sommes contre car cela donne au poli­cier muni­ci­pal un pou­voir d’agent de contrôle, de consta­ta­tion et de juge.

Pour Antho­ny Caillé et la CGT-Inté­rieur, la sécu­ri­té est un ser­vice public qui devrait donc être assu­ré par la seule police natio­nale, et non par les polices muni­ci­pales.

Qu’est-ce qu’une poli­tique de gauche en matière de sécu­ri­té ?

En prio­ri­té, des actions de pré­ven­tion. Remettre de la vie et du col­lec­tif dans les quar­tiers, des média­teurs, des ser­vices publics… Il faut que l’É­tat réin­ves­tisse mais c’est éga­le­ment le rôle des mai­ries, qui ne peuvent pas se sub­sti­tuer à l’État sur le réga­lien. Concrè­te­ment, une vraie poli­tique de gauche de sécu­ri­té, c’est une sécu­ri­té sociale.

La CGT par­vient-elle à exis­ter face aux syn­di­cats poli­ciers réac­tion­naires comme Alliance, omni­pré­sent média­ti­que­ment ?

En fait, c’est le ser­pent qui se mord la queue. Comme on fait 2 % aux élec­tions pro­fes­sion­nelles, l’ad­mi­nis­tra­tion ne nous laisse pas inter­ve­nir, du coup beau­coup de poli­ciers ne connaissent même pas l’exis­tence de la CGT-Inté­rieur. Et au niveau média­tique, c’est le même pro­blème. Nous sommes très peu appe­lés et quand on l’est, c’est sou­vent pour com­men­ter des faits divers — ce qu’on se refuse à faire -, très rare­ment pour par­ler de nos condi­tions de tra­vail ou de nos mis­sions. Pour com­pa­rer, je dois faire un pla­teau TV tous les deux mois et le secré­taire géné­ral d’Al­liance en fait quatre par jour ! Même pour la sor­tie de mon livre, aucune radio, aucune télé… Je m’at­ten­dais au moins à être contac­té par les médias du ser­vice public mais pas de nou­velles non plus de Radio France ou France TV. C’est sans doute dans l’air du temps mais c’est inquié­tant…

Réunion publique le 26 février à Échi­rolles

Antho­ny Caillé, secré­taire géné­ral de la CGT-Inté­rieur et auteur de Que peut la police ? (Édi­tions de l’A­te­lier), et Aman­dine Demore, maire d’É­chi­rolles et can­di­date pour l’u­nion de la gauche, par­ti­ci­pe­ront à une confé­rence débat sur la sécu­ri­té et le nar­co­tra­fic, jeu­di 26 février, à 20 heures, à la Mai­son des asso­cia­tions, 1 place de la Libé­ra­tion, à l’in­vi­ta­tion de la liste « Échi­rolles ensemble ».

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