Grenoble. Occupation de la Métro : « On veut les clés des logements d’ici le 25 février »
Par Manuel Pavard
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« Maintenant, il faut passer des paroles aux actes et rapidement ! » La phrase prononcée par un militant CGT résume le sentiment unanimement partagé par les quelque 150 sans-logis qui occupent le siège de la Métropole de Grenoble depuis le 19 novembre. De fait, le vote d’une délibération-cadre lors du dernier conseil métropolitain, vendredi 6 février, a fait souffler un vent d’espoir au-dessus du bâtiment de la place André-Malraux. Mais une semaine plus tard, les livreurs à vélo et leurs familles sont toujours là, dans « ce lieu [qui] n’est pas fait pour vivre », selon un occupant.

Pourtant, assure Raphaël Beth, militant de Droit au logement Isère (DAL 38), depuis le vote positif des conseillers métropolitains, « il n’y a plus aucun frein à ce relogement. Il n’y a plus aucun obstacle administratif et politique. Les travaux sont en train d’être faits dans tous les logements, les personnes sont prêtes à partir à tout moment… Alors on ne comprend pas pourquoi ça prend autant de temps », s’interroge-t-il.
Une date butoir
C’est pour cette raison que les occupants et leurs soutiens (associatifs, syndicaux et politiques) avaient convié la presse sous des barnums installés devant le siège de la Métropole, ce jeudi 12 février. Avec un double objectif. D’abord interpeller les mairies (Cf. encadré) ayant accepté de réquisitionner des logements vacants appartenant au patrimoine municipal. Et surtout, leur fixer un ultimatum, doublé d’une date butoir. « Nous avons décidé de quitter la Métropole au plus tard le 25 février, plus personne ne veut rester ici après cette date », explique Mohamed Fofana, secrétaire général du syndicat CGT des livreurs à vélo et président de l’association Adali.

« Nous demandons aux communes qui ont mis à disposition ces biens de nous donner les clés. On a absolument besoin des clés avant le 25 février », martèle-t-il, évoquant « une urgence ». Et d’ajouter, indigné : « C’est une honte, c’est inadmissible de laisser des êtres humains, des femmes enceintes, des bébés, vivre dans ces conditions ! » La majorité d’entre eux, rappelle en outre Mohamed Fofana, sont « des travailleurs », livreurs à vélo pour les plateformes de livraison de repas, qui « font tourner l’économie du pays ». Quant aux enfants nés à Grenoble, sur le sol français, ceux-ci sont bel et bien « Français ».
« Sans la lutte, ces logements seraient restés vides »
Raphaël Beth souligne, lui, un point essentiel : les logements fournis par les municipalités « étaient vides depuis des années et étaient censés rester vides pendant un long moment, en attendant des projets urbains ». D’où cette première victoire que savoure le militant du DAL 38 : « Un logement, ce n’est pas fait pour spéculer, c’est fait pour loger des gens. Ce dispositif est quelque chose d’assez inédit, qui a été gagné par la lutte, poursuit-il. Sans cette lutte collective admirable, ces logements seraient restés vides. »

Il reste désormais une douzaine de jours aux villes concernées pour achever les travaux, signer les conventions et remettre les clés aux futurs résidents. « Si on n’a pas réussi à loger tout le monde au-delà de ce délai, les maires peuvent financer des appart-hôtels », anticipe Raphaël Beth, précisant que le budget et les solutions existent pour les élus.

Pour lui comme pour la plupart des occupants, le compte à rebours est enclenché. Car tous concèdent une crainte : que ces communes attendent les élections municipales, susceptibles — en cas de changement de majorité — de remettre en cause leurs engagements. D’où la volonté affichée de mettre fin à cette situation avant le 25 février. On aura alors dépassé les trois mois d’occupation…
Les communes participant au relogement des occupants
Neuf communes mettent à disposition des logements vides appartenant au patrimoine municipal et gérés par l’Établissement public foncier local (EPFL) : Grenoble, une quinzaine de studios ; Saint-Martin-d’Hères, un hôtel avec une trentaine de places ; Échirolles, deux logements ; Pont-de-Claix, quatre appartements et quatre chambres ; Seyssinet-Pariset, un logement ; Gières, deux logements ; La Tronche, un logement ; Meylan, un logement ; Saint-Égrève, un logement et une maison en cours de travaux. Une offre globale qui répond à la quasi-totalité des besoins, même s’il manque encore une petite dizaine de places pour pouvoir reloger les 150 occupant-es du siège de la Métropole.


