Municipales. Laurence Ruffin dévoile sa liste et son « nouveau projet » pour Grenoble
Par Manuel Pavard
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Laurence Ruffin l’avait déjà martelé en lançant sa campagne, peu après sa désignation pour mener l’union de la gauche écologiste et citoyenne aux municipales : il ne s’agit pas, pour elle, d’effectuer un troisième mandat mais bien d’incarner un nouvel élan. Une ligne de conduite que la candidate a doublement confirmée ce jeudi 5 février, devant les sympathisants et militants réunis au Palais des sports, pour la soirée de présentation du projet et de la liste « Oui Grenoble ».

Le choix des mots d’abord. Certes, Laurence Ruffin assume et même revendique l’héritage laissé par l’actuelle municipalité. Sans jamais citer le nom d’Éric Piolle, elle avoue être « fière » d’avoir vu Grenoble devenir « la première grande ville écologiste de France en 2014 ». Et la capitale des Alpes « va le rester », promet-elle, affichant sa conviction de vivre « un moment charnière ». Car, observe la tête de liste, « jamais la menace de l’extrême droite n’a été aussi forte ».
« Nous avons besoin à Grenoble d’un nouveau cycle, d’un nouveau projet, exigeant sur le fond et apaisé sur la forme. »
Néanmoins, derrière les éloges et les bons points distribués au maire, les termes employés — ou les idées sous-entendues — traduisent une réelle volonté de marquer sa différence. « Nous avons besoin à Grenoble d’un nouveau cycle, d’un nouveau projet, exigeant sur le fond et apaisé sur la forme », lance ainsi Laurence Ruffin. Pas de critique frontale mais difficile de ne pas y voir une allusion à certains griefs parfois adressés à l’édile.

L’autre moyen d’afficher sa singularité passe par la composition de la liste. Liste dont est justement absent Éric Piolle, ce qui met fin aux rumeurs et bruits de couloir évoquant l’option inverse. De fait, les soixante noms dévoilés ce jeudi soir témoignent d’un subtil dosage entre continuité et renouvellement. Plusieurs élus de la majorité municipale sont naturellement présents (Margot Belair, Alan Confesson, Chloé Pantel, Sandra Krief, Isabelle Peters, Antoine Back, Kheira Capdepon, Gilles Namur, Nicolas Kada…). Mais Margot Belair est, par exemple, la seule membre de l’équipe Piolle à figurer dans les dix premières places (en 5e position).

Pour le reste, on retrouve à la fois des militants des différents partis et mouvements alliés au sein de la liste (Les Écologistes, PS, PCF, Génération.s, L’Après, Parti animaliste, l’Ades, Go Citoyenneté…) — comme la socialiste Amandine Germain (3e) ou le communiste Alexis Monge (4e) — et des personnalités de la société civile, à l’instar d’Abdelwaheb Kismoune, en seconde position. Le tout avec une pyramide des âges très étendue, des 20 ans de la benjamine Dyna Bellatar, étudiante, aux 82 ans du doyen Jean Rollet, médecin retraité du centre de santé de la Villeneuve. Notons également le clin d’œil à l’histoire de la gauche et des écologistes à Grenoble, avec la présence du « lanceur d’alerte » Raymond Avrillier à l’avant-dernière place (60e) — le « tombeur de Carignon » prêt pour les retrouvailles.
« La coopération, c’est l’histoire de ma vie »
Tous porteront le programme dont Laurence Ruffin a esquissé les grandes lignes. « Un projet radical, inclusif, féministe et antiraciste ». Et s’appuyant sur trois maîtres mots. Premièrement, « coopérer ». L’ancienne dirigeante de la Scop Alma ne cesse de le rappeler : « La coopération, c’est l’histoire de ma vie. » D’où l’ambition de « faire la ville ensemble », véritable leitmotiv de sa campagne. Ensuite, « protéger ». Ce, pour « améliorer le quotidien et agir sur les trois principales dépenses des Français : l’alimentation, le logement et les transports ». Elle garantit en outre que la jeunesse et l’éducation constitueront son « premier budget » de future maire. Enfin, « inventer », notamment pour que « la ville soit vivable » dans cette ère de changement climatique.

Concrètement, la quasi-totalité des mesures du programme peuvent ainsi s’intégrer à ce triptyque « coopérer, protéger, inventer ». Illustration avec trois exemples cités par Laurence Ruffin et correspondant respectivement aux trois concepts. « On va créer deux centres de santé », dont l’un, à Saint-Bruno, est un projet « travaillé avec les habitants ». Sur le logement, « on va plafonner les loyers, défendre les locataires et atteindre les 30 % de logement social », annonce-t-elle. Avant de détailler la troisième mesure, qui fera, à n’en pas douter, beaucoup parler le moment venu : « se baigner dans l’Isère. Avec précaution, c’est possible donc on va le faire », clame la candidate.
« Agir sur l’alimentation, le logement et les transports »
Si Laurence Ruffin n’a pas rendu public l’intégralité de son programme, ses colistiers et colistières, venus la rejoindre sur la tribune, ont tout de même présenté à tour de rôle leurs « 33 propositions pour 2033 ». Parmi ces premières mesures, citons pêle-mêle — outre les trois précitées — l’instauration de référendums citoyens, la gratuité des transports publics le week-end, une tarification « parent solo » pour la cantine, le périscolaire ou la mutuelle, la création d’une forêt urbaine et d’une halle couverte, des paniers bio gratuits pour les femmes enceintes, un programme « tous en vacances » pour les petits Grenoblois qui ne sont jamais partis ou encore une police municipale de quartier avec cinquante agents supplémentaires.

De nouvelles propositions seront ensuite dévoilées chaque semaine, jusqu’au premier tour. À un peu plus d’un mois de l’échéance, la pression monte. Mais Laurence Ruffin, acclamée par la salle, l’attend sereinement, plus que jamais préparée à livrer cette bataille. Et de filer une belle métaphore « en tant que nageuse » accomplie [NDLR : elle a été championne de France UNSS de natation synchronisée par équipe] : « J’ai hésité à sauter dans le grand bain mais j’ai finalement décidé d’y plonger tout entière. »




