La Tour-du-Pin. Soutien aux militants de la Confédération paysanne gardés à vue

Par Didier Gosselin

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Les manifestants se sont rassemblés devant la sous-préfecture de La Tour-du-Pin, pour soutenir les 52 militants de la Conf' placés en garde à vue et dénoncer le "deux poids, deux mesures" avec la FNSEA.
Une soixantaine de personnes se sont rassemblées ce jeudi 15 janvier devant la sous-préfecture de l'Isère, à La Tour-du-Pin, pour soutenir les militants de la Confédération paysanne traités comme des délinquants à la suite de l’occupation pacifique, la veille, du ministère de l’Agriculture. Cinquante-deux paysans membres du syndicat agricole - dont quatre Isérois - avaient été interpellés et placés en garde à vue lors de cette action contre l'accord UE-Mercosur, avant d'être relâchés ce jeudi.

Dans un com­mu­ni­qué du 14 jan­vier, la Confé­dé­ra­tion pay­sanne rap­pelle le contexte de cette répres­sion contre ses mili­tants : « Dans le cadre du mou­ve­ment agri­cole dont la colère s’exprime depuis plu­sieurs semaines, plus de 150 paysan·nes de la Confé­dé­ra­tion pay­sanne venu·es de toute la France, dont une impor­tante délé­ga­tion des DROM (dépar­te­ments et régions d’outre-mer), ont enva­hi paci­fi­que­ment le 14 jan­vier le minis­tère de l’A­gri­cul­ture pour l’oc­cu­per. Cin­quante-deux paysan·nes ont été inter­pel­lés et tous et toutes ont été placé·es en garde à vue, dont les trois porte-parole natio­naux et le pré­sident de la chambre d’a­gri­cul­ture de Guyane. Quatre mili­tants isé­rois en font par­tie. Encore une fois, les manifestant·es ont été nassé·es par les forces de l’ordre, dont la BravM. À plu­sieurs reprises, les jour­na­listes ont été empê­chés de fil­mer cette mani­fes­ta­tion paci­fique orga­ni­sée par la Confé­dé­ra­tion pay­sanne, un syn­di­cat agri­cole repré­sen­ta­tif ! »

Un ras­sem­ble­ment spon­ta­né s’est donc tenu devant la sous-pré­fec­ture de La Tour-du-Pin, à 18h30, ce jeu­di 15 jan­vier, en paral­lèle de celui orga­ni­sé à Gre­noble le même jour. Marie Alla­gnat, pay­sanne-bou­lan­gère locale, a pris la parole au nom de la Confé­dé­ra­tion pay­sanne pour dénon­cer « la répres­sion et le mépris du gou­ver­ne­ment envers le monde pay­san ». Mépris qui « concerne aus­si et de façon exa­cer­bée les paysan·nes des dépar­te­ments, ter­ri­toires et régions d’outre-mer, trop sou­vent mis à part, sans prise en compte des spé­ci­fi­ci­tés de leurs ter­ri­toires ».

« Une atteinte grave à notre souveraineté alimentaire »

« La colère qui s’ex­prime depuis des semaines dans l’Hexa­gone, sur la ges­tion de la crise de la der­ma­tose nodu­laire et l’ac­cord UE-Mer­co­sur, fait écho aux dif­fi­cul­tés que ren­contrent les paysan·nes des DROM. Cette action d’oc­cu­pa­tion des locaux du minis­tère visait à dénon­cer cette situa­tion », a expli­qué la mili­tante.

Selon la Confé­dé­ra­tion pay­sanne,« les paysan·nes des DROM subissent depuis des décen­nies une pos­ture condes­cen­dante et néo­co­lo­niale de la part de l’É­tat fran­çais. En pre­mière ligne des accords de libre-échange, les ter­ri­toires des DROM subissent les nom­breuses impor­ta­tions déloyales en pro­ve­nance de pays aux condi­tions sociales et envi­ron­ne­men­tales de pro­duc­tion lar­ge­ment moins-disantes. La signa­ture de l’ac­cord de libre-échange UE-Mer­co­sur sera une nou­velle atteinte grave à notre sou­ve­rai­ne­té ali­men­taire », a ajou­té le syn­di­cat.

« Deux poids, deux mesures »

La Conf’ demande « en urgence la refonte des aides du POSEI, le Pro­gramme d’op­tions spé­ci­fiques à l’é­loi­gne­ment et à l’in­su­la­ri­té. Elles doivent être ren­dues acces­sibles à toutes et tous, en par­ti­cu­lier pour les producteur·rices de la sou­ve­rai­ne­té ali­men­taire locale. Ces aides POSEI doivent être pla­fon­nées et redis­tri­buées équi­ta­ble­ment pour lut­ter contre la concen­tra­tion des aides dans les mains de quelques grands groupes agroin­dus­triels et familles. Il faut mettre fin aux rentes d’une poi­gnée d’ac­teurs, notam­ment dans les filières banane et canne-sucre-rhum. L’aug­men­ta­tion signi­fi­ca­tive dès 2026 des enve­loppes agri­coles pour la Guyane et Mayotte, à la hau­teur des besoins en déve­lop­pe­ment agri­cole de ces ter­ri­toires, est au aus­si urgente. »

Dif­fé­rentes prises de parole ont éga­le­ment dénon­cé avec force le « deux poids, deux mesures » dans la ges­tion de la crise agri­cole actuelle. La répres­sion vise en effet essen­tiel­le­ment la Confé­dé­ra­tion pay­sanne pour la dis­cré­di­ter et la mar­gi­na­li­ser. Et ain­si per­mettre à la FNSEA, co-ges­tion­naire de la poli­tique agri­cole fran­çaise et dont les grandes exploi­ta­tions béné­fi­cient très lar­ge­ment des mannes finan­cières de la PAC, d’apparaitre comme le fer de lance de la contes­ta­tion afin de mieux mas­quer sa res­pon­sa­bi­li­té dans la dégra­da­tion de la sou­ve­rai­ne­té ali­men­taire fran­çaise.

Une cinquantaine de manifestants devant la préfecture, à Grenoble

Une cin­quan­taine de per­sonnes se sont éga­le­ment réunies ce jeu­di soir à Gre­noble, devant la pré­fec­ture de l’I­sère, en sou­tien aux 52 mili­tants de la Confé­dé­ra­tion pay­sanne pla­cés en garde à vue.

Des mani­fes­tants qui, à l’ins­tar du séna­teur éco­lo­giste de l’I­sère Guillaume Gon­tard — pré­sent au ras­sem­ble­ment, aux côtés de mili­tants CGT et Soli­daires — ont eux aus­si poin­té le « deux poids, deux mesures » entre la Conf’ et la FNSEA, tout en fus­ti­geant une « cri­mi­na­li­sa­tion insup­por­table ».

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