La Tour-du-Pin. Soutien aux militants de la Confédération paysanne gardés à vue
Par Didier Gosselin
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Dans un communiqué du 14 janvier, la Confédération paysanne rappelle le contexte de cette répression contre ses militants : « Dans le cadre du mouvement agricole dont la colère s’exprime depuis plusieurs semaines, plus de 150 paysan·nes de la Confédération paysanne venu·es de toute la France, dont une importante délégation des DROM (départements et régions d’outre-mer), ont envahi pacifiquement le 14 janvier le ministère de l’Agriculture pour l’occuper. Cinquante-deux paysan·nes ont été interpellés et tous et toutes ont été placé·es en garde à vue, dont les trois porte-parole nationaux et le président de la chambre d’agriculture de Guyane. Quatre militants isérois en font partie. Encore une fois, les manifestant·es ont été nassé·es par les forces de l’ordre, dont la BravM. À plusieurs reprises, les journalistes ont été empêchés de filmer cette manifestation pacifique organisée par la Confédération paysanne, un syndicat agricole représentatif ! »
Un rassemblement spontané s’est donc tenu devant la sous-préfecture de La Tour-du-Pin, à 18h30, ce jeudi 15 janvier, en parallèle de celui organisé à Grenoble le même jour. Marie Allagnat, paysanne-boulangère locale, a pris la parole au nom de la Confédération paysanne pour dénoncer « la répression et le mépris du gouvernement envers le monde paysan ». Mépris qui « concerne aussi et de façon exacerbée les paysan·nes des départements, territoires et régions d’outre-mer, trop souvent mis à part, sans prise en compte des spécificités de leurs territoires ».
« Une atteinte grave à notre souveraineté alimentaire »
« La colère qui s’exprime depuis des semaines dans l’Hexagone, sur la gestion de la crise de la dermatose nodulaire et l’accord UE-Mercosur, fait écho aux difficultés que rencontrent les paysan·nes des DROM. Cette action d’occupation des locaux du ministère visait à dénoncer cette situation », a expliqué la militante.
Selon la Confédération paysanne,« les paysan·nes des DROM subissent depuis des décennies une posture condescendante et néocoloniale de la part de l’État français. En première ligne des accords de libre-échange, les territoires des DROM subissent les nombreuses importations déloyales en provenance de pays aux conditions sociales et environnementales de production largement moins-disantes. La signature de l’accord de libre-échange UE-Mercosur sera une nouvelle atteinte grave à notre souveraineté alimentaire », a ajouté le syndicat.
« Deux poids, deux mesures »
La Conf’ demande « en urgence la refonte des aides du POSEI, le Programme d’options spécifiques à l’éloignement et à l’insularité. Elles doivent être rendues accessibles à toutes et tous, en particulier pour les producteur·rices de la souveraineté alimentaire locale. Ces aides POSEI doivent être plafonnées et redistribuées équitablement pour lutter contre la concentration des aides dans les mains de quelques grands groupes agroindustriels et familles. Il faut mettre fin aux rentes d’une poignée d’acteurs, notamment dans les filières banane et canne-sucre-rhum. L’augmentation significative dès 2026 des enveloppes agricoles pour la Guyane et Mayotte, à la hauteur des besoins en développement agricole de ces territoires, est au aussi urgente. »
Différentes prises de parole ont également dénoncé avec force le « deux poids, deux mesures » dans la gestion de la crise agricole actuelle. La répression vise en effet essentiellement la Confédération paysanne pour la discréditer et la marginaliser. Et ainsi permettre à la FNSEA, co-gestionnaire de la politique agricole française et dont les grandes exploitations bénéficient très largement des mannes financières de la PAC, d’apparaitre comme le fer de lance de la contestation afin de mieux masquer sa responsabilité dans la dégradation de la souveraineté alimentaire française.
Une cinquantaine de manifestants devant la préfecture, à Grenoble

Une cinquantaine de personnes se sont également réunies ce jeudi soir à Grenoble, devant la préfecture de l’Isère, en soutien aux 52 militants de la Confédération paysanne placés en garde à vue.
Des manifestants qui, à l’instar du sénateur écologiste de l’Isère Guillaume Gontard — présent au rassemblement, aux côtés de militants CGT et Solidaires — ont eux aussi pointé le « deux poids, deux mesures » entre la Conf’ et la FNSEA, tout en fustigeant une « criminalisation insupportable ».


