Vizille. Une maison de santé va ouvrir début 2028
Par Luc Renaud
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« Un médecin nous a contacté pour nous demander d’acheter la belle maison qu’il avait en vue moyennant quoi il ouvrait un cabinet à Vizille ; on a dit : non, ça on ne va pas faire », sourit Bernard Ughetto, adjoint PCF. L’anecdote en dit long. La pénurie de médecins met certains d’entre eux – il en est de soucieux de leur patrimoine, semble-t-il – en position de discuter le bout de gras avec les collectivités locales. Le fruit d’une décision prise en 1971 : la limitation, par le gouvernement de droite de l’époque, du nombre de médecins formés chaque année, pendant cinquante ans.
Et la réalité d’aujourd’hui, « ce sont des personnes âgées ou atteintes de maladies chroniques qui viennent nous voir parce qu’elles ne trouvent pas de médecin », témoigne Catherine Troton, maire divers gauche de Vizille, le centre d’un bassin de population de 15000 habitants.
C’est dans ce contexte que le projet de création d’une maison de santé pluriprofessionnelle a vu le jour.
Une idée qui a fait son chemin
L’affaire est ancienne. L’idée était déjà en débat lors de la précédente élection municipale, en 2020. A l’époque, le projet avait été avancé de création d’une maison de santé dans les locaux abandonnés par la CPAM, qui venait de fermer son antenne vizilloise. Des discussions avaient eu lieu en 2021. Un projet privé, qui n’avait pas abouti.
Début 2023, une solution provisoire se dégage : la municipalité met à la disposition de médecins un local, la salle de l’Avant-garde dans le quartier de l’Alliance. Trois médecins y travaillent, deux autres y proposent des consultations hebdomadaires. Cette communauté médicale s’organise sous la forme d’une société interprofessionnelle de soins ambulatoires (Sisa).
Recomposition politique
2023, c’est aussi l’année où se construit une recomposition politique de la majorité municipale – avec l’arrivée du groupe des élus présidé par Bernard Ughetto-Montfrin et le départ des élus qui reconnaissent Lionel Coiffard comme leur leader. Recomposition qui n’est pas sans conséquences concrètes. Parmi celles-ci, la volonté de donner un coup de pouce à ce dossier du médical à Vizille.
En juillet 2024, les professionnels regroupés au sein de la Sisa se tournent vers la municipalité pour construire avec la ville un projet de maison de santé pérenne. « Bernard a joué un rôle de catalyseur », souligne la maire Catherine Troton.
La décision du 4 novembre
C’est ce dossier qui vient de connaître un premier aboutissement : lors de sa réunion du 4 novembre dernier, le conseil municipal a décidé d’acheter d’anciens locaux d’EDF, à l’entrée de la ville, au 235 de la rue Jean Jaurès, qui abritera la future maison de santé. Un bâtiment de 700 mètres carrés sur deux niveaux dont le docteur Delphine Mortas, gérante de la Sisa, a pu déclarer dans les colonnes du Dauphiné libéré qu’il était « idéal ».
La ville sera propriétaire
Le projet est conçu pour accueillir treize cabinets médicaux – médecins, sage-femmes, infirmières… Plusieurs partenaires de la villes ont été mobilisés pour l’opération. La commune a fait l’acquisition du terrain et du bâtiment pour une somme de 288 888 euros. Les travaux – estimés à 1,1 million d’euros – seront pris en charge par la société publique Isère aménagement – société dirigée par le département et d’autres collectivités locales dont Vizille. Cette même société se chargera de la gestion de la maison de santé, et notamment du recouvrement des loyers réglés par les professionnels de santé. La commune règlera une participation à l’équilibre de l’opération évaluée de 70 000 à 90 000 euros par an pendant 23 ans, aux termes desquels elle sera pleinement propriétaire du bâtiment rénové. Des subventions ont été demandées au conseil régional et au conseil départemental.
Les études auront lieu en 2026 et les travaux débuteront en 2027 pour une ouverture prévue au premier semestre de l’année 2028.
Santé, comment les collectivités locales mettent la main à la pâte
Financer l’installation de professionnels de santé dont les frais professionnels sont réduits d’autant ? « Ils paieront un loyer, certes inférieur à ce qu’ils auraient pu trouver dans le privé, mais ce ne sera pas gratuit », souligne Bernard Ughetto-Montfrin. Et l’installation de médecins, mais aussi de professionnels de santé dans la commune, répond à un besoin : sans être un désert médical à proprement parler, Vizille compte parmi les « zones d’intervention prioritaires » de l’agence régionale de santé.
L’engagement des collectivités locales pour favoriser les installations est d’ailleurs partout à l’ordre du jour. « A Brié, c’est quasi gratuit, pour un médecin », relève Bernard Ughetto-Montfrin.
Et la création de structures pluridisciplinaires de santé n’est pas seulement une réponse à un nombre insuffisant de professionnels. « Les jeunes médecins souhaitent exercer dans des conditions différentes de celles de leurs aînés », constate Catherine Troton. Ils aspirent à pourvoir prendre des congés en étant remplacés, à une vie de famille plus sereine, à des horaires de travail moins importants. « C’est une évolution dont ils bénéficient, mais leurs patients aussi : dans des locaux communs et pluridisciplinaires, ils ont la possibilité de consulter un confrère pour un avis en cas de doute ; le médecin épuisé n’est pas nécessairement le plus à même de poser le diagnostic le plus affûté », note la maire de Vizille.
Reste que l’engagement des collectivités locales pour faire face à des situations d’urgence ne relève pas nécessairement de leurs responsabilités vis-à-vis d’une profession libérale historiquement jalouse de son indépendance professionnelle et financière.
C’est sans doute la raison pour laquelle des collectivités territoriales – départements ou intercommunalités de taille importante où se multiplient les déserts médicaux – optent pour la création de centres de santé qui emploient des médecins salariés, ce que permet l’article L.6323–1‑5 du Code de la santé publique. Décision prises par exemples par les départements de Saône-et-Loire ou du Gers.


