Vizille. Une maison de santé va ouvrir début 2028

Par Luc Renaud

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Catherine Troton, maire de Vizille, et Bernard Ughetto-Montfrin, adjoint.
C’est sur les rails. La ville a fait l’acquisition d’un bâtiment qui, après deux ans d’études et de travaux, accueillera treize cabinets de professionnels de santé. Une opération conduite par la municipalité en partenariat avec un collectif de médecins vizillois. Catherine Troton, maire de Vizille, et Bernard Ughetto-Montfrin, adjoint, nous en parlent.

« Un méde­cin nous a contac­té pour nous deman­der d’acheter la belle mai­son qu’il avait en vue moyen­nant quoi il ouvrait un cabi­net à Vizille ; on a dit : non, ça on ne va pas faire », sou­rit Ber­nard Ughet­to, adjoint PCF. L’anecdote en dit long. La pénu­rie de méde­cins met cer­tains d’entre eux – il en est de sou­cieux de leur patri­moine, semble-t-il – en posi­tion de dis­cu­ter le bout de gras avec les col­lec­ti­vi­tés locales. Le fruit d’une déci­sion prise en 1971 : la limi­ta­tion, par le gou­ver­ne­ment de droite de l’époque, du nombre de méde­cins for­més chaque année, pen­dant cin­quante ans.

Et la réa­li­té d’aujourd’hui, « ce sont des per­sonnes âgées ou atteintes de mala­dies chro­niques qui viennent nous voir parce qu’elles ne trouvent pas de méde­cin », témoigne Cathe­rine Tro­ton, maire divers gauche de Vizille, le centre d’un bas­sin de popu­la­tion de 15000 habi­tants.

C’est dans ce contexte que le pro­jet de créa­tion d’une mai­son de san­té plu­ri­pro­fes­sion­nelle a vu le jour.

Une idée qui a fait son chemin

L’affaire est ancienne. L’idée était déjà en débat lors de la pré­cé­dente élec­tion muni­ci­pale, en 2020. A l’époque, le pro­jet avait été avan­cé de créa­tion d’une mai­son de san­té dans les locaux aban­don­nés par la CPAM, qui venait de fer­mer son antenne vizilloise. Des dis­cus­sions avaient eu lieu en 2021. Un pro­jet pri­vé, qui n’avait pas abou­ti.

Début 2023, une solu­tion pro­vi­soire se dégage : la muni­ci­pa­li­té met à la dis­po­si­tion de méde­cins un local, la salle de l’Avant-garde dans le quar­tier de l’Alliance. Trois méde­cins y tra­vaillent, deux autres y pro­posent des consul­ta­tions heb­do­ma­daires. Cette com­mu­nau­té médi­cale s’organise sous la forme d’une socié­té inter­pro­fes­sion­nelle de soins ambu­la­toires (Sisa).

Recomposition politique

2023, c’est aus­si l’année où se construit une recom­po­si­tion poli­tique de la majo­ri­té muni­ci­pale – avec l’arrivée du groupe des élus pré­si­dé par Ber­nard Ughet­to-Mont­frin et le départ des élus qui recon­naissent Lio­nel Coif­fard comme leur lea­der. Recom­po­si­tion qui n’est pas sans consé­quences concrètes. Par­mi celles-ci, la volon­té de don­ner un coup de pouce à ce dos­sier du médi­cal à Vizille.

En juillet 2024, les pro­fes­sion­nels regrou­pés au sein de la Sisa se tournent vers la muni­ci­pa­li­té pour construire avec la ville un pro­jet de mai­son de san­té pérenne. « Ber­nard a joué un rôle de cata­ly­seur », sou­ligne la maire Cathe­rine Tro­ton.

La décision du 4 novembre

C’est ce dos­sier qui vient de connaître un pre­mier abou­tis­se­ment : lors de sa réunion du 4 novembre der­nier, le conseil muni­ci­pal a déci­dé d’acheter d’anciens locaux d’EDF, à l’entrée de la ville, au 235 de la rue Jean Jau­rès, qui abri­te­ra la future mai­son de san­té. Un bâti­ment de 700 mètres car­rés sur deux niveaux dont le doc­teur Del­phine Mor­tas, gérante de la Sisa, a pu décla­rer dans les colonnes du Dau­phi­né libé­ré qu’il était « idéal ».

La ville sera propriétaire

Le pro­jet est conçu pour accueillir treize cabi­nets médi­caux – méde­cins, sage-femmes, infir­mières… Plu­sieurs par­te­naires de la villes ont été mobi­li­sés pour l’opération. La com­mune a fait l’acquisition du ter­rain et du bâti­ment pour une somme de 288 888 euros. Les tra­vaux – esti­més à 1,1 mil­lion d’euros – seront pris en charge par la socié­té publique Isère amé­na­ge­ment – socié­té diri­gée par le dépar­te­ment et d’autres col­lec­ti­vi­tés locales dont Vizille. Cette même socié­té se char­ge­ra de la ges­tion de la mai­son de san­té, et notam­ment du recou­vre­ment des loyers réglés par les pro­fes­sion­nels de san­té. La com­mune règle­ra une par­ti­ci­pa­tion à l’équilibre de l’opération éva­luée de 70 000 à 90 000 euros par an pen­dant 23 ans, aux termes des­quels elle sera plei­ne­ment pro­prié­taire du bâti­ment réno­vé. Des sub­ven­tions ont été deman­dées au conseil régio­nal et au conseil dépar­te­men­tal.

Les études auront lieu en 2026 et les tra­vaux débu­te­ront en 2027 pour une ouver­ture pré­vue au pre­mier semestre de l’année 2028.

Santé, comment les collectivités locales mettent la main à la pâte

Finan­cer l’installation de pro­fes­sion­nels de san­té dont les frais pro­fes­sion­nels sont réduits d’autant ? « Ils paie­ront un loyer, certes infé­rieur à ce qu’ils auraient pu trou­ver dans le pri­vé, mais ce ne sera pas gra­tuit », sou­ligne Ber­nard Ughet­to-Mont­frin. Et l’installation de méde­cins, mais aus­si de pro­fes­sion­nels de san­té dans la com­mune, répond à un besoin : sans être un désert médi­cal à pro­pre­ment par­ler, Vizille compte par­mi les « zones d’intervention prio­ri­taires » de l’agence régio­nale de san­té.

L’engagement des col­lec­ti­vi­tés locales pour favo­ri­ser les ins­tal­la­tions est d’ailleurs par­tout à l’ordre du jour. « A Brié, c’est qua­si gra­tuit, pour un méde­cin », relève Ber­nard Ughet­to-Mont­frin.

Et la créa­tion de struc­tures plu­ri­dis­ci­pli­naires de san­té n’est pas seule­ment une réponse à un nombre insuf­fi­sant de pro­fes­sion­nels. « Les jeunes méde­cins sou­haitent exer­cer dans des condi­tions dif­fé­rentes de celles de leurs aînés », constate Cathe­rine Tro­ton. Ils aspirent à pour­voir prendre des congés en étant rem­pla­cés, à une vie de famille plus sereine, à des horaires de tra­vail moins impor­tants. « C’est une évo­lu­tion dont ils béné­fi­cient, mais leurs patients aus­si : dans des locaux com­muns et plu­ri­dis­ci­pli­naires, ils ont la pos­si­bi­li­té de consul­ter un confrère pour un avis en cas de doute ; le méde­cin épui­sé n’est pas néces­sai­re­ment le plus à même de poser le diag­nos­tic le plus affû­té », note la maire de Vizille.

Reste que l’engagement des col­lec­ti­vi­tés locales pour faire face à des situa­tions d’urgence ne relève pas néces­sai­re­ment de leurs res­pon­sa­bi­li­tés vis-à-vis d’une pro­fes­sion libé­rale his­to­ri­que­ment jalouse de son indé­pen­dance pro­fes­sion­nelle et finan­cière.

C’est sans doute la rai­son pour laquelle des col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales – dépar­te­ments ou inter­com­mu­na­li­tés de taille impor­tante où se mul­ti­plient les déserts médi­caux – optent pour la créa­tion de centres de san­té qui emploient des méde­cins sala­riés, ce que per­met l’article L.6323–1‑5 du Code de la san­té publique. Déci­sion prises par exemples par les dépar­te­ments de Saône-et-Loire ou du Gers.

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