Rencontre artistique et politique sur le Kurdistan turque

Par Edouard Schoene

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« Les Arts du Récit », « l’Odyssée » et l’association AIAK organisaient une rencontre « midi deux » à la maison de l’international (Grenoble) le 10 mai, à l’occasion de la programmation du spectacle « Sur mes yeux ».

Élie Guillou, auteur de ce conte musi­cal a pas­sé cinq ans en Syrie, Irak et Syrie, pour décou­vrir la musique de cette région. Il a décou­vert plus que cela, puisque Dyar­ba­kir, dans le Kur­dis­tan turque vivait des mani­fes­ta­tions sévè­re­ment répri­mées par le pou­voir d’Erdogan.

« J’ai voya­gé sept fois dans cette région depuis 2012. J’ai ras­sem­blé des témoi­gnages. La réa­li­té en Tur­quie est très com­plexe. J’ai vou­lu com­prendre par moi-même, de manière indé­pen­dante. Le spec­tacle parle du quar­tier de Dyar­ba­kir, Sur, dans la région du Kur­dis­tan turque. Les habi­tants enten­daient les coups de feu, der­rière les rem­parts, mais ne pou­vaient pas entrer dans le quar­tier assié­gé par l’armée turque. J’ai ren­con­tré un homme dont un fils était à l’armée, l’autre au maquis. Ce n’est pas la pro­pa­gande qui enrôle les résis­tants mais la cruau­té de la réa­li­té. »

Mary­vonne Mathéoud, copré­si­dente d’AIAK (Asso­cia­tion isé­roise des amis des Kurdes) conte de son côté ce qu’elle a vu lors de plu­sieurs séjours mili­tants, au cours de ces der­nières années. Dyar­ba­kir a été rasé sur une grande sur­face ; le pou­voir a effa­cé les traces de ces quar­tiers popu­laires mar­tyrs en construi­sant routes, parcs et grands ensembles.

Cré­dit pho­to Fran­cois Legeait

Au cours du débat qui a sui­vi avec le public, Élie Guillou a expli­qué qu’à l’école turque, les enfants sont for­ma­tés pour déve­lop­per la haine contre les Kurdes. Puis la ques­tion est venue sur la forme du spec­tacle.
L’auteur pré­ci­sait que le conte lui sem­blait la forme la plus adap­tée pour par­ler de ce qu’il a vu, en 75 minutes. Faire du théâtre docu­men­taire aurait été plus dif­fi­cile. « Avec le conte j’ai uti­li­sé le code du scé­na­rio de ciné­ma et le public est embar­qué pour décou­vrir la réa­li­té du vécu des Kurdes à Dyar­ba­kir. »

Mary­vonne Mathéoud répon­dait à une ques­tion sur son der­nier séjour en Tur­quie, dans une mis­sion d’observation des élec­tions et de soli­da­ri­té avec les kurdes de l’est de Tur­quie : « A la des­cente de l’avion, à Istan­bul, j’ai été arrê­tée, mise en centre de réten­tion. La police m’a mena­cée de mort, de pri­son, mal­trai­tée… J’ai vu ce que subis­saient les mili­tants kurdes ; J’ai vu la haine… »
Sans doute grâce aux auto­ri­tés fran­çaises aler­tées, la déten­tion n’a duré que 15 heures.

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