« Les Arts du Récit », « l’Odyssée » et l’association AIAK organisaient une rencontre « midi deux » à la maison de l’international (Grenoble) le 10 mai, à l’occasion de la programmation du spectacle « Sur mes yeux ».

Élie Guillou, auteur de ce conte musical a passé cinq ans en Syrie, Irak et Syrie, pour découvrir la musique de cette région. Il a découvert plus que cela, puisque Dyarbakir, dans le Kurdistan turque vivait des manifestations sévèrement réprimées par le pouvoir d’Erdogan.

« J’ai voyagé sept fois dans cette région depuis 2012. J’ai rassemblé des témoignages. La réalité en Turquie est très complexe. J’ai voulu comprendre par moi-même, de manière indépendante. Le spectacle parle du quartier de Dyarbakir, Sur, dans la région du Kurdistan turque. Les habitants entendaient les coups de feu, derrière les remparts, mais ne pouvaient pas entrer dans le quartier assiégé par l’armée turque. J’ai rencontré un homme dont un fils était à l’armée, l’autre au maquis. Ce n’est pas la propagande qui enrôle les résistants mais la cruauté de la réalité. »

Maryvonne Mathéoud, coprésidente d’AIAK (Association iséroise des amis des Kurdes) conte de son côté ce qu’elle a vu lors de plusieurs séjours militants, au cours de ces dernières années. Dyarbakir a été rasé sur une grande surface ; le pouvoir a effacé les traces de ces quartiers populaires martyrs en construisant routes, parcs et grands ensembles.

Crédit photo Francois Legeait

Au cours du débat qui a suivi avec le public, Élie Guillou a expliqué qu’à l’école turque, les enfants sont formatés pour développer la haine contre les Kurdes. Puis la question est venue sur la forme du spectacle.
L’auteur précisait que le conte lui semblait la forme la plus adaptée pour parler de ce qu’il a vu, en 75 minutes. Faire du théâtre documentaire aurait été plus difficile. « Avec le conte j’ai utilisé le code du scénario de cinéma et le public est embarqué pour découvrir la réalité du vécu des Kurdes à Dyarbakir. »

Maryvonne Mathéoud répondait à une question sur son dernier séjour en Turquie, dans une mission d’observation des élections et de solidarité avec les kurdes de l’est de Turquie : « A la descente de l’avion, à Istanbul, j’ai été arrêtée, mise en centre de rétention. La police m’a menacée de mort, de prison, maltraitée… J’ai vu ce que subissaient les militants kurdes ; J’ai vu la haine… »
Sans doute grâce aux autorités françaises alertées, la détention n’a duré que 15 heures.

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