Mobilisation à Grenoble : « C’est aux peuples d’Iran de décider de leur avenir »

Par Maryvonne Mathéoud

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Zohreh Baharmast, responsable de la LDH Iran.
Une centaine de personnes se sont rassemblées ce lundi soir 2 mars rue Félix Poulat à l’appel de LDH-Iran, Attac 38, AFPS, Algérie au Coeur, AIAK, LDH, Solidaires 38, l'ADES,  Le mouvement de la Paix, Lutte Ouvrière, NPA L'Anticapitaliste, NPA Révolution, PCF 38, PCOF, Rassemblement Coopératif de gauche alternative, UD CGT, UCL38, UJFP, Young Struggle.

Contre la Répu­blique isla­mique d’Iran. Pour « Femme Vie Liber­té ». C’est aux peuples d’I­ran de déci­der de leur ave­nir ! Plu­sieurs inter­ven­tions ont été faites par des orga­ni­sa­tions appe­lant au ras­sem­ble­ment et toutes ont la même tona­li­té résu­mée dans l’appel au ras­sem­ble­ment.

C’est une mobi­li­sa­tion orga­ni­sée en urgence explique Zoh­reh Bahar­mast, res­pon­sable de la LDH Iran. Puis elle donne lec­ture de l’appel : « En soli­da­ri­té avec les peuples d’I­ran pris en étau entre les bom­bar­de­ments israé­lo — états-uniens et la répres­sion de la Répu­blique isla­mique d’I­ran. Non à l’intervention mili­taire d’Israël et des États-Unis en Iran. Non à la pro­pa­gande impé­ria­liste : les USA défendent leurs inté­rêts au Moyen Orient, ils ne sont en rien les alliés des peuples de la région. Non au régime san­gui­naire de la Répu­blique isla­mique d’I­ran, enne­mi de la jeu­nesse, des femmes, des tra­vailleurs et des mino­ri­tés natio­nales : mas­sacres, répres­sions, Inter­net cou­pé, absence d’abris, de sirènes et d’alertes. Non aux cou­rants réac­tion­naires et aux monar­chistes qui sou­tiennent la guerre et portent un pro­jet auto­ri­taire et ultra libé­ral. Sou­tien à la lutte des peuples d’I­ran pour le ren­ver­se­ment de la Répu­blique isla­mique d’I­ran et dans leur com­bat pour la jus­tice sociale, pour les droits des femmes et des mino­ri­tés, pour la liber­té, la laï­ci­té, la démo­cra­tie et l’é­ga­li­té. Femme, Vie, liber­té ! »

Le ras­sem­ble­ment a eu lieu le lun­di 2 mars, aux len­de­mains de l’a­gres­sion israé­lo-états-unienne.

Dans son inter­ven­tion Maz­dak Kafai, mili­tant ira­nien indique que déjà prés de 600 civils ont déjà péri sous les frappes états-uniennes et israé­liennes, dont 150 élèves d’une école, puis il rap­pelle le triste décompte des vic­times de la répres­sion du gou­ver­ne­ment des mol­lahs. Depuis 28 décembre 2025 au 23 février 2026, le nombre de per­sonnes tuées au cour des mani­fes­ta­tions est fara­mi­neux : 7007 tuées et identifié.e.s, 17 091 tuées et non identifié.e.s,   11 021 blessé.e.s, 53 777 per­sonnes arrê­tées, 306 per­sonnes exé­cu­tés depuis 1er jan­vier de cette année, 1303 per­sonnes exé­cu­tés en 2025.

Mas­dak Kafai.

Ensuite il donne lec­ture du com­mu­ni­qué de Soli­da­ri­té socia­liste avec les tra­vailleurs d’Iran. 

« Ni guerre impé­ria­liste contre les peuples d’Iran ! Ni Répu­blique isla­mique d’Iran ! Sou­tien aux luttes des peuples d’Iran pour la jus­tice sociale, l’égalité et la liber­té ! C’est aux peuples d’Iran de déci­der de leur ave­nir ! »

Les États-Unis et l’État d’Israël ont déclen­ché une nou­velle guerre au Moyen-Orient, dont nul ne peut aujourd’hui mesu­rer l’ampleur des consé­quences dra­ma­tiques pour l’Iran et l’ensemble de la région. La cam­pagne de frappes lan­cée contre l’Iran est dévas­ta­trice pour les popu­la­tions civiles. Donald Trump et Benya­min Neta­nya­hou annoncent déjà leur volon­té de pour­suivre les bom­bar­de­ments dans les jours à venir.

Ces attaques ont certes conduit à l’élimination de diri­geants de pre­mier plan du régime dic­ta­to­rial, dont le Guide Ali Kha­me­nei et de hauts res­pon­sables des Gar­diens de la révo­lu­tion. Le dic­ta­teur suprême a certes dis­pa­ru, mais la dic­ta­ture ne tom­be­ra pas sous les bombes. Les peuples d’Iran veulent pou­voir juger, eux-mêmes, leurs bour­reaux res­pon­sables de plus de qua­rante-sept années de répres­sion, de mas­sacres et d’oppression.

L’histoire l’a mon­tré : les guerres impé­ria­listes n’ont jamais libé­ré les peuples. L’élimination phy­sique de dic­ta­teurs comme Sad­dam Hus­sein ou Kha­da­fi n’a pas libé­ré pour autant le peuple ira­kien ou libyen. Ce n’est d’ailleurs pas le but de Trump et de Neta­nya­hou qui ne sont pas les alliés des peuples et des défen­seurs de la liber­té.

Neta­nya­hou porte la res­pon­sa­bi­li­té du géno­cide à Gaza et des guerres répé­tées contre les peuples pales­ti­nien, liba­nais et syrien. Trump, quant à lui, accé­lère une poli­tique impé­ria­liste et bel­li­ciste visant à ren­for­cer l’hégémonie des États-Unis et à impo­ser des diri­geants sou­mis à leurs inté­rêts. Leur objec­tif n’est pas l’émancipation des peuples, mais la recon­fi­gu­ra­tion des rap­ports de force géo­po­li­tiques dans le monde et au Moyen-Orient, au ser­vice de leur ordre impé­ria­liste, colo­nia­liste et capi­ta­liste.

De son côté, la Répu­blique isla­mique d’Iran riposte en mena­çant de fer­mer le détroit d’Ormuz, et en lan­çant des mis­siles contre Israël ain­si que contre des pays de la région abri­tant des bases mili­taires amé­ri­caines.

Au delà d’être meur­trière, cette nou­velle guerre fait peser des risques immenses sur les popu­la­tions. La Répu­blique isla­mique d’Iran va uti­li­ser cette guerre pour accroître encore sa répres­sion contre les sec­teurs en lutte en Iran. Le régime va prendre appui sur cette guerre pour impo­ser son récit sur les mobi­li­sa­tions popu­laires de jan­vier, expli­quant que celles-ci étaient fomen­tés par Israël et les Etats-Unis. Cette guerre fera pas­ser au second plan le mas­sacre mas­sif com­mis par la Répu­blique isla­mique d’Iran en jan­vier der­nier. Cette guerre va mettre un coup d’arrêt momen­ta­né à la reprise des luttes que l’on voyait dans les uni­ver­si­tés notam­ment.

Ni les inter­ven­tions mili­taires impé­ria­listes ni la Répu­blique isla­mique ne défendent les inté­rêts des peuples d’Iran. L’émancipation ne peut venir que des luttes menées par les peuples d’I­ran.

La seule voie pour se libé­rer à la fois de l’emprise impé­ria­liste, de la dic­ta­ture des mol­lahs et des Gar­diens de la révo­lu­tion, de l’exploitation et des oppres­sions, réside dans l’organisation indé­pen­dante des tra­vailleurs, des femmes, de la jeu­nesse et des mino­ri­tés oppri­mées. Nous sou­te­nons le ren­for­ce­ment des mobi­li­sa­tions popu­laires qui visent à ren­ver­ser la Répu­blique isla­mique et à ouvrir la voie à une socié­té fon­dée sur la jus­tice sociale, l’égalité réelle et la liber­té.

Les cou­rants réac­tion­naires, en par­ti­cu­lier monar­chistes, sou­tiennent l’intervention de Trump et de Neta­nya­hou dans l’espoir de reve­nir au pou­voir grâce à cette guerre cri­mi­nelle. Ils béné­fi­cient du relais des médias domi­nants pour pro­mou­voir Reza Pah­la­vi comme alter­na­tive poli­tique. Leur pro­jet est en totale contra­dic­tion avec les aspi­ra­tions démo­cra­tiques et sociales des peuples d’Iran. Reza Pah­la­vi n’a jamais rom­pu avec l’héritage dic­ta­to­rial de la monar­chie de son père. Son orien­ta­tion pro-impé­ria­liste, pro-sio­niste, ultra­li­bé­rale et auto­ri­taire ne sau­rait repré­sen­ter les travailleurs/euses, les femmes, la jeu­nesse et les mino­ri­tés natio­nales.

La socié­té ira­nienne lutte depuis des années pour en finir avec la Répu­blique isla­mique. Elle se bat pour la jus­tice sociale, l’égalité, la liber­té et le droit à l’autodétermination. Ces aspi­ra­tions sont incom­pa­tibles avec toute res­tau­ra­tion monar­chique et avec le retour des anciennes « élites » ren­ver­sées en 1979.

Nous réaf­fir­mons notre soli­da­ri­té pleine et entière avec toutes celles et ceux qui, en Iran, luttent pour ren­ver­ser la Répu­blique isla­mique et construire par en bas une socié­té démo­cra­tique, éga­li­taire et libre.

Arrêt immé­diat de la guerre impé­ria­liste ! À bas la Répu­blique isla­mique d’Iran ! Soli­da­ri­té avec les travailleurs/euses, les femmes, la jeu­nesse et les peuples d’Iran. Vive la jus­tice sociale, l’égalité et la liber­té ! »

Maria­no Bona.

Maria­no Bona inter­vient au nom de AIAK (Asso­cia­tion isé­roise des ami.es des Kurdes)

« Il s’agit d’une guerre qui vient se rajou­ter à l’ensemble des agres­sions contre les peuples au Moyen-Orient. C’est une vio­la­tion très grave du droit inter­na­tio­nal, et un risque d’embrasement de l’ensemble du Moyen-Orient. »

Puis il explique :  « Il ne s’agit en aucune façon de défendre un régime qui a cau­sé la mort de dizaines de mil­liers de per­sonnes ces der­nières semaines, a mul­ti­plié les condam­na­tions à mort. La répres­sion du mou­ve­ment de contes­ta­tion en Iran a tou­ché et touche encore tous les sec­teurs de la socié­té ira­nienne : femmes, hommes, jeunes, Kurdes, Baloutches, Azé­ris, étu­diants, com­mer­çants, sala­riés, artistes… Les mani­fes­ta­tions du Roj­he­lat (Kur­dis­tan ira­nien) ont été immé­dia­te­ment répri­mées : les forces de sécu­ri­té ont tiré à balles réelles et ont atta­qué un hôpi­tal pour arrê­ter les bles­sés. Lors du mou­ve­ment « Femme, vie, liber­té » en 2022, déclen­ché après la mort d’une jeune femme d’origine kurde, Mah­sa Ami­ni, la répres­sion avait déjà été très vio­lente dans les régions kurdes. »

Maria­no pour­suit : « Il faut être très clair sur un point : les Etats-Unis défendent leurs inté­rêts et n’ont que faire des droits des peuples. Ils manoeuvrent pour contrô­ler la socié­té ira­nienne et dis­po­ser de ses richesses… Aucune issue favo­rable ne sor­ti­ra de figures comme Reza Pala­vi. Nous n’oublions pas qu’il est l’héritier du régime du Shah d’Iran, mar­qué par la cor­rup­tion, le bra­dage des richesses pétro­lières d’Iran aux mul­ti­na­tio­nales états-uniennes, les inéga­li­tés mas­sives, la SAVAK, la police secrète pra­ti­quant la tor­ture et les assas­si­nats. »

Puis Maria­no lance un appel : « Les Ira­niennes et Ira­niens ont besoin de notre soli­da­ri­té inter­na­tio­na­liste. Nous devons exi­ger mas­si­ve­ment et publi­que­ment le res­pect du droit inter­na­tio­nal et l’arrêt des bom­bar­de­ments, mani­fes­ter notre sou­tien au com­bat des Ira­niennes et des Ira­nien pour les droits fon­da­men­taux, pour les droits des femmes, les droits poli­tiques, sociaux et cultu­rels des peuples d’Iran, kurde, azé­ri, baloutche… »

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