Acte IV. Plus de 20 000 manifestants à Grenoble, entre chants, musique et lacrymos

Par Manuel Pavard

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La banderole et le cortège communs "lycéen·nes, étudiant·es, travailleur·ses" en tête de manifestation sur le cours Jean-Jaurès, peu après le départ, avant d'être doublé par les autonomes.
Plus de 20 000 personnes ont défilé ce samedi 7 novembre à Grenoble, pour l'acte IV de la mobilisation des Gilets jaunes et de la jeunesse. Une manifestation menée en début de parcours par un cortège commun des lycéens, étudiants et travailleurs. Après une première partie sans incident majeur, les manifestants ont été abondamment gazés sur la place Gustave-Rivet, puis à l'arrivée sur l'anneau de vitesse où une pluie de grenades lacrymogènes a mis fin au concert improvisé de l'Orchestre du nouveau monde. Mais il en faudra plus pour entamer leur détermination, assurent-ils, déjà tournés vers les prochaines échéances.

Comme un air de déjà-vu. Depuis l’acte II de la mobi­li­sa­tion des Gilets jaunes, lycéens, étu­diants et syn­di­cats, le 24 octobre, la mani­fes­ta­tion — pour­tant légale et décla­rée — se fait sys­té­ma­ti­que­ment gazer, chaque same­di, en arri­vant sur la place Gus­tave-Rivet. L’acte IV n’a ain­si pas échap­pé à la règle, ce same­di 7 novembre. Une salve de gre­nades lacry­mo­gènes très four­nie, qui a don­né le ton de la suite du par­cours, ouvrant la deuxième séquence de cette jour­née.

Une chaîne humaine du SO pour pro­té­ger le cor­tège des lycéens, étu­diants, tra­vailleurs.

Mais avant cela, c’est une foule encore mas­sive, com­pacte, dyna­mique et déter­mi­née qui s’est élan­cée depuis la gare, sur l’a­ve­nue Alsace-Lor­raine, puis le cours Jean-Jau­rès. Les mani­fes­ta­tions ont beau se suc­cé­der tous les deux ou trois jours, la colère reste intacte. Et la mobi­li­sa­tion ne fai­blit pas, contre­di­sant les pro­pos tenus par le gou­ver­ne­ment et les chiffres de plus en plus sous-esti­més don­nés par la pré­fec­ture. La preuve ? Qua­rante-huit heures après l’é­norme défi­lé inter­syn­di­cal et inter­pro­fes­sion­nel du 5 novembre, ils étaient encore plus de 20 000 à battre le pavé ce same­di.

« Une course de fond ou un marathon, pas un sprint »

Petite par­ti­cu­la­ri­té de cet acte IV, un cor­tège com­mun ras­sem­blant lycéens, étu­diants et tra­vailleurs a pris d’emblée la tête de la mani­fes­ta­tion. Une déci­sion prise lors de l’as­sem­blée géné­rale inter­pro­fes­sion­nelle orga­ni­sée durant la semaine, à l’i­ni­tia­tive de l’AG UGA en lutte. « Cette conver­gence nous semble hyper impor­tante, sur­tout au vu des enjeux de l’an­née 2027, avec le fas­cisme qui arrive aux portes du pou­voir — on devrait même par­ler d’un arc Macron-Le Pen », explique Lizon Marion-Bon­net, pré­si­dente de la Coor­di­na­tion étu­diante Gre­noble (ex-Union étu­diante).

La CGT tou­jours plei­ne­ment mobi­li­sée.

Face à un gou­ver­ne­ment qui « donne des miettes » et une répres­sion poli­cière qui se dur­cit, le syn­di­cat étu­diant appelle, comme la coor­di­na­tion inter-lycées et l’en­semble des orga­ni­sa­tions de jeu­nesse mobi­li­sées, à « la grève géné­rale recon­duc­tible ». En effet, aver­tit Lizon Marion Bon­net, le mou­ve­ment social actuel doit évi­ter l’é­cueil des « jour­nées en saute-mou­tons », avec des grèves et mani­fes­ta­tions trop espa­cées. « C’est un risque qui existe aus­si à la fac en blo­quant le mar­di et le jeu­di mais pas le reste du temps », recon­naît l’é­tu­diante.

Macron, cible de mul­tiples pan­cartes et slo­gans.

« On sait que la grève, c’est com­pli­qué », pour­suit-elle. « Beau­coup de mili­tants et mili­tantes com­mencent à être épui­sés de lut­ter au quo­ti­dien, donc c’est à nous de tra­vailler sur la façon de renou­ve­ler les formes de mobi­li­sa­tion, pour que le rap­port de force penche de plus en plus en notre faveur. »

Les mili­tants com­mu­nistes isé­rois au pre­mier plan, devant les Gilets jaunes de Crolles.

De fait, le mou­ve­ment est « une course de fond ou un mara­thon, pas un sprint », sou­ligne Liam [le pré­nom a été modi­fié], jeune sala­rié et mili­tant anti­fas­ciste. « Il faut qu’on tienne sur la durée car les auto­ri­tés et les flics vont fati­guer aus­si », ajoute-t-il.

Orchestre, gazage et manif’ sauvage

En tête durant la pre­mière par­tie du par­cours, le cor­tège des jeunes et des tra­vailleurs a ensuite dû céder la prio­ri­té aux mili­tants auto­nomes mas­qués et vêtus de noir. Les­quels ont for­mé un Black bloc posi­tion­né en cor­tège de tête, rap­pe­lant les sou­ve­nirs des mani­fes­ta­tions de 2016 contre la loi Tra­vail. Ce sont ces der­niers qui, en arri­vant place Gus­tave-Rivet, ont eu une vive alter­ca­tion avec les patrons d’un bar soup­çon­nés d’ac­coin­tances avec l’ex­trême droite. La réac­tion — comme sou­vent assez dis­pro­por­tion­née — des forces de l’ordre n’a pas tar­dé.

Les mili­tants auto­nomes ont pris la tête du cor­tège peu avant de tour­ner sur les Grands bou­le­vards.

La pluie de gre­nades lacry­mo­gènes et de désen­cer­cle­ment a immé­dia­te­ment scin­dé le cor­tège en deux, de nom­breux mani­fes­tants se plai­gnant de gazages par­ti­cu­liè­re­ment intenses ce same­di. Une par­tie d’entre eux ont ensuite affron­té les gen­darmes mobiles tan­dis que le gros de la foule pour­sui­vait son che­min sur l’a­ve­nue Albert-1er-de-Bel­gique.

La place Gus­tave-Rivet noyée sous les gaz lacry­mo­gènes, vue depuis l’a­ve­nue Albert-1er-de-Bel­gique.

À l’ar­ri­vée sur l’an­neau de vitesse, les mani­fes­tants ont enton­né des chants, pro­fi­tant d’un inter­mède musi­cal assu­ré par l’Or­chestre du nou­veau monde. Mais le concert impro­vi­sé des musi­ciens mili­tants a mal­heu­reu­se­ment pris fin bru­ta­le­ment lorsque les heurts avec les forces de l’ordre se sont dépla­cés jusque-là. Celles-ci ont alors noyé la piste de l’an­neau de vitesse sous un nuage de gaz lacry­mo­gènes, entraî­nant le départ subit de la majo­ri­té des mani­fes­tants. Près de 300 irré­duc­tibles ont tou­te­fois for­mé une mani­fes­ta­tion sau­vage qui a déam­bu­lé jus­qu’au quar­tier des Eaux-Claires, avant d’être dis­per­sée et gazée par la police, aux alen­tours de 19 heures.

La foule des mani­fes­tants à l’ar­ri­vée sur l’an­neau de vitesse.

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