Acte IV. Plus de 20 000 manifestants à Grenoble, entre chants, musique et lacrymos
Par Manuel Pavard
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Comme un air de déjà-vu. Depuis l’acte II de la mobilisation des Gilets jaunes, lycéens, étudiants et syndicats, le 24 octobre, la manifestation — pourtant légale et déclarée — se fait systématiquement gazer, chaque samedi, en arrivant sur la place Gustave-Rivet. L’acte IV n’a ainsi pas échappé à la règle, ce samedi 7 novembre. Une salve de grenades lacrymogènes très fournie, qui a donné le ton de la suite du parcours, ouvrant la deuxième séquence de cette journée.

Mais avant cela, c’est une foule encore massive, compacte, dynamique et déterminée qui s’est élancée depuis la gare, sur l’avenue Alsace-Lorraine, puis le cours Jean-Jaurès. Les manifestations ont beau se succéder tous les deux ou trois jours, la colère reste intacte. Et la mobilisation ne faiblit pas, contredisant les propos tenus par le gouvernement et les chiffres de plus en plus sous-estimés donnés par la préfecture. La preuve ? Quarante-huit heures après l’énorme défilé intersyndical et interprofessionnel du 5 novembre, ils étaient encore plus de 20 000 à battre le pavé ce samedi.
« Une course de fond ou un marathon, pas un sprint »
Petite particularité de cet acte IV, un cortège commun rassemblant lycéens, étudiants et travailleurs a pris d’emblée la tête de la manifestation. Une décision prise lors de l’assemblée générale interprofessionnelle organisée durant la semaine, à l’initiative de l’AG UGA en lutte. « Cette convergence nous semble hyper importante, surtout au vu des enjeux de l’année 2027, avec le fascisme qui arrive aux portes du pouvoir — on devrait même parler d’un arc Macron-Le Pen », explique Lizon Marion-Bonnet, présidente de la Coordination étudiante Grenoble (ex-Union étudiante).

Face à un gouvernement qui « donne des miettes » et une répression policière qui se durcit, le syndicat étudiant appelle, comme la coordination inter-lycées et l’ensemble des organisations de jeunesse mobilisées, à « la grève générale reconductible ». En effet, avertit Lizon Marion Bonnet, le mouvement social actuel doit éviter l’écueil des « journées en saute-moutons », avec des grèves et manifestations trop espacées. « C’est un risque qui existe aussi à la fac en bloquant le mardi et le jeudi mais pas le reste du temps », reconnaît l’étudiante.

« On sait que la grève, c’est compliqué », poursuit-elle. « Beaucoup de militants et militantes commencent à être épuisés de lutter au quotidien, donc c’est à nous de travailler sur la façon de renouveler les formes de mobilisation, pour que le rapport de force penche de plus en plus en notre faveur. »

De fait, le mouvement est « une course de fond ou un marathon, pas un sprint », souligne Liam [le prénom a été modifié], jeune salarié et militant antifasciste. « Il faut qu’on tienne sur la durée car les autorités et les flics vont fatiguer aussi », ajoute-t-il.
Orchestre, gazage et manif’ sauvage
En tête durant la première partie du parcours, le cortège des jeunes et des travailleurs a ensuite dû céder la priorité aux militants autonomes masqués et vêtus de noir. Lesquels ont formé un Black bloc positionné en cortège de tête, rappelant les souvenirs des manifestations de 2016 contre la loi Travail. Ce sont ces derniers qui, en arrivant place Gustave-Rivet, ont eu une vive altercation avec les patrons d’un bar soupçonnés d’accointances avec l’extrême droite. La réaction — comme souvent assez disproportionnée — des forces de l’ordre n’a pas tardé.

La pluie de grenades lacrymogènes et de désencerclement a immédiatement scindé le cortège en deux, de nombreux manifestants se plaignant de gazages particulièrement intenses ce samedi. Une partie d’entre eux ont ensuite affronté les gendarmes mobiles tandis que le gros de la foule poursuivait son chemin sur l’avenue Albert-1er-de-Belgique.

À l’arrivée sur l’anneau de vitesse, les manifestants ont entonné des chants, profitant d’un intermède musical assuré par l’Orchestre du nouveau monde. Mais le concert improvisé des musiciens militants a malheureusement pris fin brutalement lorsque les heurts avec les forces de l’ordre se sont déplacés jusque-là. Celles-ci ont alors noyé la piste de l’anneau de vitesse sous un nuage de gaz lacrymogènes, entraînant le départ subit de la majorité des manifestants. Près de 300 irréductibles ont toutefois formé une manifestation sauvage qui a déambulé jusqu’au quartier des Eaux-Claires, avant d’être dispersée et gazée par la police, aux alentours de 19 heures.



