Grenoble. La mobilisation reprend chez les lycéens et étudiants, la répression aussi

Par Manuel Pavard

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Une centaine d'étudiants des campus Sud ont pris le départ de l'Institut d'urbanisme et de géographie alpine (IUGA), avenue Marie-Reynoard, à Grenoble, en direction du campus de l'UGA, à Saint-Martin-d'Hères.
Au lendemain de la rentrée et à deux jours de la grande mobilisation du 5 novembre, lycéens et étudiants étaient de nouveau mobilisés ce mardi 3 novembre, suivant l'appel lancé par les coordinations nationales lycéenne et étudiante. Partis de l'Institut d'urbanisme et de géographie alpine (IUGA), les étudiants du campus Sud ont ainsi défilé dans les rues de Grenoble et de Saint-Martin-d'Hères, pour rallier le campus de l'Université Grenoble Alpes (UGA). Les blocages de lycées se sont par ailleurs poursuivis, donnant lieu, comme la veille, à une forte répression policière. Plusieurs jeunes ont encore été interpellés ce mardi, notamment près des lycées Argouges, Marie-Curie ou les Eaux-Claires.

Ravi­ver la flamme et péren­ni­ser la lutte, en atten­dant la jour­née de grève inter­syn­di­cale du 5 novembre. C’est pour cette rai­son que les coor­di­na­tions natio­nales lycéenne et étu­diante appe­laient toutes deux à une jour­née de mobi­li­sa­tion et de blo­cage, ce mar­di 3 novembre, dans toute la France. « On a appe­lé à cette date pour mon­trer qu’il n’y aura pas de ren­trée sco­laire, que la mobi­li­sa­tion ne s’es­souf­fle­ra pas parce qu’il y a des vacances, et qu’on se bat­tra tant qu’on n’ob­tien­dra pas gain de cause », explique Lena, mili­tante à l’U­NEF et étu­diante à l’Ins­ti­tut d’ur­ba­nisme et de géo­gra­phie alpine (IUGA).

Le cor­tège des étu­diants de l’IU­GA a défi­lé dans les rues de Gre­noble et de Saint-Mar­tin-d’Hères.

Une fois n’est pas cou­tume, ce sont en effet les étu­diants du cam­pus Sud, plus par­ti­cu­liè­re­ment de l’IU­GA, qui menaient la danse ce mar­di, avec une mani­fes­ta­tion par­tant de leur éta­blis­se­ment, ave­nue Marie-Rey­noard, en direc­tion du domaine uni­ver­si­taire, à Saint-Mar­tin-d’Hères. « L’ob­jec­tif, c’est que nous qui sommes loin du cam­pus de Saint-Mar­tin-d’Hères, on puisse mon­trer notre pré­sence, notam­ment à M. Lakh­nech [NDLR : le pré­sident de l’U­ni­ver­si­té Gre­noble Alpes] qui, depuis des semaines, refuse de répondre à nos reven­di­ca­tions », affirme Lena.

« On demande le droit de grève étudiante »

Comme leurs cama­rades de l’U­GA, sur le cam­pus « prin­ci­pal », les étu­diants de l’IU­GA demandent ain­si « le droit de grève étu­diante, de manière à ce que tout le monde puisse se mobi­li­ser sans avoir peur des consé­quences », pour­suit la mili­tante de l’U­NEF, rap­pe­lant que l’ab­sence de ce droit freine consi­dé­ra­ble­ment la mobi­li­sa­tion. « On nous empêche en nous met­tant le cou­teau sur la gorge, en nous disant que si on va pas en cours, on va pas avoir nos par­tiels, on va perdre notre bourse », déplore-t-elle.

Les mani­fes­tants à l’ar­ri­vée devant le bâti­ment Sten­dhal, sur le cam­pus de l’U­GA.

Entre les deux cam­pus, le cor­tège étu­diant a fait étape devant les lycées Argouges, à Gre­noble, et Pablo-Neru­da, à Saint-Mar­tin-d’Hères. Avec l’am­bi­tion ini­tia­le­ment de récu­pé­rer sur le par­cours les lycéens en lutte. Mais ces der­niers ont fina­le­ment déci­dé de res­ter devant leurs éta­blis­se­ments res­pec­tifs, pour conti­nuer les blo­cages et main­te­nir une pré­sence humaine suf­fi­sante face à la police. Exemple à Argouges où les lycéens ont une nou­velle fois été confron­tés à la répres­sion poli­cière.

Les CRS posi­tion­nés devant le lycée Argouges, blo­qué par les lycéens mobi­li­sés.

Après un pre­mier blo­cage stop­pé par la police, tôt le matin, les lycéens ont reblo­qué l’ac­cès au lycée. « On a for­mé une chaîne humaine devant l’en­trée et vers 10 heures, les CRS se sont mis en ligne face à nous, puis ont fon­cé sur notre chaîne, en met­tant des coups de pied et en nous gazant à bout por­tant avec du spray au poivre », raconte Mika, lycéenne en ter­mi­nale à Argouges et membre de la coor­di­na­tion inter-lycées de Gre­noble. Une réac­tion tota­le­ment « injus­ti­fiée et dis­pro­por­tion­née », estiment plu­sieurs mili­tants venus sur place, en sou­tien.

« L’intervention de la police, à l’appel de la direc­tion, a géné­ré des vio­lences à la fois inutiles et inex­cu­sables parce que dis­pro­por­tion­nées. »

Des pro­pos qui confirment les nom­breux récits d’é­lèves et d’en­sei­gnants poin­tant des vio­lences poli­cières lors des blo­cages, lun­di 2 comme mar­di 3 novembre. Des profs de la Cité sco­laire inter­na­tio­nale Euro­pole ont par exemple dénon­cé des « vio­lences phy­siques » ain­si que des « insultes et pro­pos dis­cri­mi­na­toires » lors de l’in­ter­ven­tion de la police, ce lun­di matin.

Étu­diants du cam­pus Sud et lycéens se sont rejoints briè­ve­ment devant le lycée Argouges, en milieu de mati­née.

Ils évoquent ain­si « l’u­sage de gaz lacry­mo­gènes direc­te­ment au niveau des visages des élèves et adultes alors que les élèves étaient en chaîne de manière paci­fique et que des collégien·es étaient en train d’arriver, le pla­quage violent de jeunes lycéen·es avec les bou­cliers ou des lan­ceurs LBD, un coup de pied sur une lycéenne au sol, le pla­quage d’une élève au mur de telle sorte que sa tête a frap­pé contre le mur, des contacts au niveau de la poi­trine des femmes pour les repous­ser, une élève pro­je­tée à terre depuis le haut des pou­belles alors qu’elle obtem­pé­rait ». Sans oublier des pro­pos tels que « Ça va toi la tête de dea­ler » à un élève, ou « Vous êtes pas fran­çais ? » à un ensei­gnant.

Pan­carte au milieu du cor­tège étu­diant.

Pour les ensei­gnants d’Eu­ro­pole, « l’intervention de la police, à l’appel de la direc­tion, a géné­ré des vio­lences à la fois inutiles et inex­cu­sables parce que dis­pro­por­tion­nées ». Un épi­sode qui a pro­fon­dé­ment « cho­qué » les adultes pré­sents à ce moment-là. Même constat, le même jour, au lycée Louise-Michel où les ensei­gnants fus­tigent pêle-mêle les tirs de gre­nades lacry­mo­gènes et de LBD, le « coup de matraque à un pro­fes­seur de maths », leur col­lègue pro­je­tée au sol lors d’une charge poli­cière ou encore les profs « mis en joue par un CRS sans tirer ». Quant aux élèves, plu­sieurs ont été « menot­tés et arrê­tés car ils avaient du sérum phy­sio­lo­gique et des masques covid dans leurs sacs », s’in­surgent-ils.

« On attend le 5 novembre avec beaucoup de détermination »

Après les qua­torze inter­pel­la­tions recen­sées la veille, de nou­velles arres­ta­tions ont par ailleurs eu lieu ce mar­di 3 novembre, notam­ment sur les blo­cages des lycées Marie-Curie, à Échi­rolles, et les Eaux-Claires, à Gre­noble. Au lycée Argouges, ce sont deux ado­les­cents qui ont été inter­pel­lés, selon Mika : « une jeune fille de 17 ans et une per­sonne non binaire de 14 ans ». La pre­mière aurait « lan­cé un œuf sur un CRS en armure », confie la repré­sen­tante de l’in­ter-lycées. Et l’autre aurait inter­pel­lé les poli­ciers « en leur disant que c’é­tait lâche » [NDLR : cette inter­pel­la­tion], ajoute-t-elle.

Les étu­diants de l’IU­GA ont pro­fi­té de leur pas­sage sur le cam­pus de Saint-Mar­tin-d’Hères pour inter­pel­ler la direc­tion, sans suc­cès.

Lycéens comme étu­diants ont désor­mais en ligne de mire la grande jour­née de mobi­li­sa­tion inter­syn­di­cale et inter­pro­fes­sion­nelle du jeu­di 5 novembre. « On pense qu’au­jourd’­hui, il y a une néces­si­té à ce que les tra­vailleurs nous rejoignent dans cette bataille et se mettent en grève », indique Lena. Et de lan­cer : « Nous, on attend le 5 avec beau­coup de déter­mi­na­tion ! » Avant l’acte IV des Gilets jaunes, lycéens et étu­diants le 7 novembre. Puis la suite : « On ne pense pas que la mobi­li­sa­tion se gagne en une ou deux dates. C’est un rap­port de force qui s’é­ta­blit et qui se gagne sur du long terme. »

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