Acte III à Grenoble. « On lâchera rien » : manifestation monstre pour Halloween

Par Manuel Pavard

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L'anneau de vitesse noir de monde à l'arrivée du cortège grenoblois, samedi 31 octobre, en milieu d'après-midi. © Kevin Gazoufer
La mobilisation ne faiblit pas à Grenoble. Gilets jaunes, lycéens, étudiants, salariés, retraités... Ils étaient encore plus de 20 000 à défiler entre la gare et l'anneau de vitesse, ce samedi 31 octobre, pour l'acte III du mouvement social. Des manifestants déterminés à ne rien lâcher et qui donnent rendez-vous dès la semaine prochaine. Avec en ligne de mire l'appel à la grève générale de l'intersyndicale pour la journée du 5 novembre.

C’é­tait l’une des incon­nues de cet acte III du mou­ve­ment des Gilets jaunes, lycéens, étu­diants et tra­vailleurs. Entre la répres­sion poli­cière — avec un cor­tège prin­ci­pal abon­dam­ment gazé le 24 octobre -, les peines de pri­son ferme pro­non­cées pour les mani­fes­tants inter­pel­lés, le tour de vis de la pré­fec­ture (inter­dic­tion de mani­fes­ter dans le centre-ville, couvre-feu) et les vacances sco­laires et uni­ver­si­taires, toutes les condi­tions était réunies pour frei­ner la mobi­li­sa­tion. Il n’en a fina­le­ment rien été, avec encore une marée humaine défer­lant dans les rues de Gre­noble.

Étu­diants et Gilets jaunes ont pris la tête de la mani­fes­ta­tion. © Kevin Gazou­fer

Selon les pre­mières esti­ma­tions, ce sont ain­si plus de 20 000 per­sonnes qui ont été comp­ta­bi­li­sées sur le par­cours reliant la gare de Gre­noble à l’an­neau de vitesse. Un tra­cé (gare, ave­nue Alsace-Lor­raine, cours Jean-Jau­rès, bou­le­vard Foch, ave­nue Albert-1er-de-Bel­gique, bou­le­vard Clé­men­ceau, anneau de vitesse) impo­sé par la pré­fec­ture et contour­nant le centre-ville dont tous les accès étaient bar­rés par d’im­po­sants cor­dons de police. Ceci, offi­ciel­le­ment afin d’é­loi­gner « cas­seurs » et « pilleurs » des com­merces de l’hy­per-centre, pour ne pas revivre le chaos du 17 octobre.

« Les vrais casseurs, c’est eux »

« Les cas­seurs, ils n’ont que ce mot-là à la bouche », s’a­gacent Tina et Matéo, étu­diants à l’U­GA, qui défilent pour le troi­sième same­di consé­cu­tif, comme une grande par­tie des mani­fes­tants. « On ne jus­ti­fie pas les pillages des petits com­mer­çants, c’est sûr, mais pour le reste, c’est bien moins grave de cas­ser des vitrines que de détruire l’é­du­ca­tion, la san­té ou le social. Les vrais cas­seurs, c’est eux : le gou­ver­ne­ment et le Medef », lancent-ils en chœur.

De très nom­breux slo­gans et pan­cartes fai­saient réfé­rence aux vio­lences poli­cières, ici mis en paral­lèle avec les reven­di­ca­tions ini­tiales. © Kevin Gazou­fer

Domi­nique, jeune retrai­té et « qua­si­ment un demi-siècle de manif’ au comp­teur », évoque quant à lui l’é­vo­lu­tion de la répres­sion au fil des décen­nies. « Quand j’é­tais plus jeune, on par­lait déjà de vio­lences poli­cières mais pour être hon­nête, ça n’a­vait rien à voir avec main­te­nant. Les flics n’a­vaient pas toutes ces armes de guerre et il y avait beau­coup moins de chances d’être bles­sé ou de se faire arrê­ter », sou­ligne-t-il, poin­tant le nombre « déme­su­ré » d’in­ter­pel­la­tions et gardes à vue depuis le début du mou­ve­ment lycéen.

De nom­breux manifestant·es étaient déguisé·es. © Kevin Gazou­fer

Des lycéens gazés et matra­qués au cours des blo­cages du lycée Mou­nier aux étu­diants moles­tés par des vigiles pri­vés sur le cam­pus, tous ont une his­toire à racon­ter à ce sujet. Même les plus âgés dont beau­coup ont reçu leur dose de gaz lacry­mo­gène lors de l’acte II, le 24 octobre. « Aujourd’­hui, tu as beau mani­fes­ter cal­me­ment, sur un par­cours décla­ré, sans sor­tir du cor­tège, tu n’es pas du tout à l’a­bri de te prendre une grosse salve de gre­nades lacry­mo, comme same­di der­nier quand ils ont tiré en plein milieu de la foule à Gus­tave-Rivet », s’in­digne Domi­nique.

Chaude ambiance dans le cor­tège. © Manuel Pavard

Une stra­té­gie poli­cière qui a cho­qué les mani­fes­tants. Mais sans avoir l’ef­fet escomp­té par les auto­ri­tés. Car au lieu d’être décou­ra­gées et téta­ni­sées, bon nombre de per­sonnes en sont res­sor­ties encore plus déter­mi­nées. Et la morgue affi­chée aus­si bien par Emma­nuel Macron que par ses ministres — à l’i­mage de Laurent Nuñez face à la délé­ga­tion lycéenne et étu­diante — a fait le reste.

Cap vers le 5 novembre

Après un début de mani­fes­ta­tion dyna­mique et assez bon enfant, la ten­sion est mon­tée pro­gres­si­ve­ment à l’ap­proche de la place Gus­tave-Rivet, là où les choses s’é­taient enve­ni­mées le same­di pré­cé­dent. Et là encore, ça n’a pas tar­dé. À l’is­sue d’un bref face-à-face entre jeunes et poli­ciers, ces der­niers ont noyé la place sous les gaz lacry­mo­gènes, attei­gnant la tête de cor­tège. Les dégâts ont été heu­reu­se­ment plus limi­tés, cette fois, pour la majo­ri­té des mani­fes­tants qui ont pu reprendre leur che­min, les yeux légè­re­ment rou­gis, en direc­tion du bou­le­vard Clé­men­ceau.

Les street médics n’ont, une nou­velle fois, pas man­qué de tra­vail. © Kevin Gazou­fer

À l’ar­ri­vée, l’an­neau de vitesse s’est rem­pli sans dis­con­ti­nuer au fil des minutes. Sur place, une ambiance fes­tive avec des mani­fes­tants dan­sant au rythme de la tech­no sor­tant des enceintes d’un sound-sys­tem mobile, tan­dis que d’autres enton­naient les tubes du mou­ve­ment social. Le fameux « Sia­mo tut­ti anti­fas­cis­ti » ou le plus récent « On fait caca sur Bar­del­la, pipi sur les nazis (…) », chant inven­té par de jeunes mani­fes­tantes anti-RN, le 24 octobre, à Orléans, et deve­nu tota­le­ment viral en quelques jours.

L’an­neau de vitesse s’est rem­pli à la vitesse grand V, au fil de l’ar­ri­vée des mani­fes­tants. © Kevin Gazou­fer

Non loin de là, l’at­mo­sphère était tout autre. Plu­sieurs cen­taines de mili­tants auto­nomes et de jeunes cagou­lés ont ain­si affron­té les poli­ciers, les tirs de mor­tiers d’ar­ti­fice répli­quant aux gre­nades lacry­mo­gènes et assour­dis­santes. Un manège qui s’est ensuite dépla­cé jus­qu’au parc Paul-Mis­tral où les CRS ont char­gé à plu­sieurs reprises les mani­fes­tants, avant d’é­va­cuer sans ména­ge­ments les nom­breuses per­sonnes encore pré­sentes sur l’an­neau de vitesse.

Une demande de jus­tice sociale omni­pré­sente. © Kevin Gazou­fer

Déter­mi­nés et gal­va­ni­sés, les mani­fes­tants avaient déjà les yeux rivés vers la semaine pro­chaine. Avec plu­sieurs dates à rete­nir. D’a­bord la jour­née natio­nale de mobi­li­sa­tion des lycéens et étu­diants, mar­di 3 novembre, au len­de­main de la ren­trée. Puis le plat de résis­tance de cette séquence sociale, jeu­di 5 novembre, avec la grande jour­née de grève et de mani­fes­ta­tion inter­pro­fes­sion­nelle, mar­quée par un appel à la grève géné­rale lan­cé par l’in­ter­syn­di­cale. Et enfin, rebe­lote same­di 7 novembre, pour l’acte IV.

Une mani­fes­ta­tion qui coïn­ci­dait avec Hal­lo­ween. © Kevin Gazou­fer
Les poli­ciers inter­viennent dans le parc Paul-Mis­tral à la fin de la mani­fes­ta­tion. © Kevin Gazou­fer

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