Fête du TA. Le témoignage d’un membre de la flottille pour Gaza sur les tortures en Israël

Par Luc Renaud

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Antoine Jacquet a participé à la flottille pour Gaza qui est partie de Barcelone le 13 avril dernier.
Antoine Jacquet est grenoblois, musicien. Navigateur, aussi. Il a embarqué à Barcelone en avril, a fait partie des kidnappés du 18 mai avant de pouvoir rentrer à Paris le 22 mai. Antoine Jacquet participera aux temps forts de la solidarité avec les Palestiniens lors de la fête du Travailleur alpin les 26 et 27 juin.

« Lorsque nous nous sommes tous retrou­vés à l’aéroport d’Istanbul, j’ai vu le regard de cer­tains d’entre nous ; il avait chan­gé, ils seront trau­ma­ti­sés pour long­temps. » Le monde entier a eu un aper­çu de ce que l’État d’Israël avait été capable de com­mettre en décou­vrant la vidéo publiée par le ministre de la Sécu­ri­té natio­nale, supré­ma­ciste d’extrême droite, Ita­mar Ben Gvir.

Cette expé­rience, si l’on peut dire, Antoine Jac­quet l’a vécue. Voi­leux dans l’âme, skip­per confir­mé, il avait can­di­da­té à l’été der­nier pour faire par­tie de la flot­tille de Gaza. Il a embar­qué le 13 avril 2026, après plu­sieurs semaines de pré­pa­ra­tion et de for­ma­tion. Avec une simple moti­va­tion, faire quelque chose contre l’oppression, les domi­na­tions, le géno­cide des Pales­ti­niens bien sûr. Dimen­sion huma­ni­taire qui fait par­tie de son ADN : dans les favel­las de Rio-de-Janei­ro, il ensei­gnait la musique avant de rejoindre Bar­ce­lone.

Première attaque en Crète

Com­po­sée de soixante-dix bateaux à voile et à moteur, l’escadre de la Glo­bal Sumud Flo­tilla a fait route sur Mar­seille et puis la Sicile où d’autres navires sont venus la gros­sir. C’est déjà en Crète qu’une pre­mière attaque a eu lieu. Des bateaux ont été sabo­tés et trente-cinq per­sonnes ont dû être hos­pi­ta­li­sées en Grèce… où les dos­siers médi­caux ont été per­dus. « Le gou­ver­ne­ment grec a prê­té main forte aux Israé­liens, par exemple pour débar­quer les mili­tants cap­tu­rés », constate Antoine Jac­quet. Saif Abu­ke­sek, citoyen his­pa­no-sué­dois d’o­ri­gine pales­ti­nienne, et Tia­go Avi­la, Bré­si­lien, ont été emme­nés en Israël et déte­nus pen­dant plu­sieurs jours. « Ces deux enlè­ve­ments, ce n’était pas au hasard, ils savaient tout sur nous, qui avait quel rôle, quelle res­pon­sa­bi­li­té. »

La flot­tille, amoin­drie, s’est alors diri­gée vers la Tur­quie. Elle a ensuite mis sur le cap sur Gaza et a été atta­quée, le 18 mai, au large de Chypre par la marine israé­lienne. « Comme chaque fois, ça s’est pas­sé dans les eaux inter­na­tio­nales et c’est ce qu’on appelle un acte de pira­te­rie, en droit inter­na­tio­nal », s’indigne Antoine Jac­quet.

Enlevés dans les eaux internationales et emprisonnés en Israël

Pour kid­nap­per l’ensemble des 430 pas­sa­gers des bateaux de la flot­tille, les mili­taires israé­liens ont mis 36 heures – les bateaux de la flot­tille s’étaient espa­cés en pré­vi­sion de l’attaque. Les assauts sont per­pé­trés par des marins sur des vedettes rapides ; leur pre­mier geste étant de tirer sur les camé­ras embar­quées. Les mili­tants sont ensuite par­qués dans des bateaux pri­son, débar­qués dans le port d’Ashdod, près de Tel Aviv, puis conduits dans la pri­son de Ktziot dans le désert du Néguev avant qu’ils ne soient expul­sés dans des avions turcs qui les ont dépo­sés à Istam­bul le 21 mai. Deux Fran­çais sont res­tés plus long­temps hos­pi­ta­li­sés en Tur­quie, leur état ne leur per­met­tant pas de voya­ger.

L’une des images que l’on pour­ra voir par­mi celles de l’ex­po­si­tion pré­sen­tée à la fête du Tra­vailleur alpin, au stand de la Socié­té des lec­trices et lec­teurs de l’Hu­ma­ni­té. En 2024, après le retrait par­tiel de l’ar­mée israé­lienne à Khan Yunis. Bande de Gaza, 2024. © Ehad Al-Sha­ra­fi

« J’ai pris des coups, témoigne Antoine Jac­quet, dans le bateau, puis lors d’interrogatoires arri­vé en Israël, à la pri­son… » Les membres de la flot­tille ont été pri­vés d’eau potable, nour­ris au pain sec, connu l’humiliation des fouilles à nu… Antoine Jac­quet estime cepen­dant s’en être « bien sor­ti ». D’une part parce que « ce que nous avons subi, ce n’est rien à côté de ce que vivent les Pales­ti­niens », et puis aus­si parce qu’il était « dans le bon bateau pri­son ». Ce que lui ont racon­té les kid­nap­pés de l’autre bateau relève de l’horreur : « ils étaient bat­tus en per­ma­nence, il y a eu des agres­sions sexuelles ». Des récits qui disent les heures pas­sées à genoux, front contre le sol, mains menot­tées dans le dos, les pri­va­tions de som­meil, la musique assour­dis­sante, l’utilisation de tasers, de balles en caou­tchouc, de gre­nades assour­dis­santes et de chiens ; trai­nés à terre par les che­veux.

A Paris, le Parquet national anti-terroriste ouvre un enquête pour tortures et crimes de guerre

Ce que retient Antoine Jac­quet, c’est aus­si la fébri­li­té avec laquelle les sol­dats israé­liens ten­taient de jus­ti­fier par les mas­sacres du 7 octobre le géno­cide du peuple pales­ti­nien. « Ils nous ont pro­je­té des vidéos de l’attaque du Hamas, cer­tains d’entre nous ont vu des films de déca­pi­ta­tion ; il y avait comme une sorte de volon­té pathé­tique de jus­ti­fier l’injustifiable. » Avec un racisme décom­plexé, en fran­çais dans le texte : « ils me disaient, ‘vous êtes fran­çais, vous par­lez arabe alors, il n’y a plus de vrais Fran­çais chez vous’ ».

Avec le recul – sur le moment, il fal­lait tenir – Antoine Jac­quet tente une ana­lyse. « Ça vaut ce que ça vaut ; il m’a sem­blé que les plus jeunes n’étaient pas fiers de ce qu’ils fai­saient ; sur le port, une sol­date était char­gée de moi et elle me tapait des­sus chaque fois que je bou­geais, mais j’avais l’impression qu’elle le fai­sait pour obéir aux ordres ; j’en ai vu d’autres, plus âgés, qui en rajou­taient dans les bru­ta­li­tés, par plai­sir, avec de la haine dans les yeux. »

Lorsque nous nous sommes ren­con­trés, Antoine Jac­quet était en retard. Il sor­tait du cabi­net d’un méde­cin où il avait fait consta­ter les traces cor­po­relles des bru­ta­li­tés qu’il avait subies, trois semaines avant, en vue des pro­cé­dures en cours. Le 5 juin, compte tenu des témoi­gnages des mili­tants, une enquête a été ouverte à Paris pour tor­tures et crimes de guerre par le Par­quet natio­nal anti­ter­ro­riste. Une enquête pré­li­mi­naire a été confiée à l’Office cen­tral de lutte contre les crimes contre l’humanité (OCLCH) des chefs de « tor­tures, au sens de la conven­tion de New-York du 10 décembre 1984, et de crimes de guerre » a annon­cé le PNAT.

Les ren­dez-vous « soli­da­ri­té Pales­tine » à la fête du Tra­vailleur alpin

On aura bien sûr ren­dez-vous au stand de l’Association France Pales­tine soli­da­ri­té où l’on trou­ve­ra toute la docu­men­ta­tion utile à l’information et à l’action soli­daire avec le peuple pales­ti­nien, mais aus­si de l’huile d’o­live et des kef­fiehs ven­dus au pro­fit de pro­jets huma­ni­taires en Pales­tine ain­si que des fala­fels et autres pro­po­si­tions gas­tro­no­miques pales­ti­niennes.

Moment fort dès l’ou­ver­ture de la fête avec le ver­nis­sage de l’ex­po­si­tion d’i­mages issues de l’i­ni­tia­tive I Grant You Refuge (Je t’ac­corde l’a­sile), une œuvre pho­to­gra­phique col­lec­tive poi­gnante réa­li­sée par six pho­to­jour­na­listes pales­ti­niens (Jehad Al-Sha­ra­fi, Mah­dy Zou­rob, Moham­med Haj­jar, Omar Ash­tawy, Saeed Jaras, Sha­di Al-Taba­ti­bi), qui nous plonge au cœur de l’en­fer de la bande de Gaza. Le ver­nis­sage aura lieu le ven­dre­di 26 à 17h, au stand de la Socié­té des lec­trices et lec­teurs de l’Hu­ma­ni­té.

Autre ren­dez-vous à la librai­rie José­phine Baker : Michel Cam­bon y dédi­ca­ce­ra l’ouvrage 100 des­sins pour la Pales­tine auquel il a contri­bué aux côtés de plumes inter­na­tio­nales comme Art Spie­gel­man et Joe Sac­co. Il sera accom­pa­gné de Lara et de son repor­tage BD sur l’élection pré­si­den­tielle de 2022, Du pied gauche, vers 2027. Ce sera le same­di 27 juin de 16h à 19h. Une ren­contre débat avec les auteurs est pré­vue à 16h45.

On note­ra éga­le­ment le débat qui aura lieu à l’espace débat le ven­dre­di 26 à 17h15, dans la fou­lée du ver­nis­sage de l’exposition de pho­tos gazaouies, sur le thème « L’extrême-droite contre le droit inter­na­tio­nal ». Avec Otto Vaillant Frias, ambas­sa­deur de Cuba en France ; Yous­sef Habash, pré­sident de la branche euro­péenne du syn­di­cat des jour­na­listes pales­ti­niens ; Lei­la Mous­sa­vian-Huppe, diri­geante natio­nale du PCF et Pas­cal Torre, his­to­rien et co-pré­sident de France Kur­dis­tan.

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