Fête du TA. Le témoignage d’un membre de la flottille pour Gaza sur les tortures en Israël
Par Luc Renaud
/

« Lorsque nous nous sommes tous retrouvés à l’aéroport d’Istanbul, j’ai vu le regard de certains d’entre nous ; il avait changé, ils seront traumatisés pour longtemps. » Le monde entier a eu un aperçu de ce que l’État d’Israël avait été capable de commettre en découvrant la vidéo publiée par le ministre de la Sécurité nationale, suprémaciste d’extrême droite, Itamar Ben Gvir.
Cette expérience, si l’on peut dire, Antoine Jacquet l’a vécue. Voileux dans l’âme, skipper confirmé, il avait candidaté à l’été dernier pour faire partie de la flottille de Gaza. Il a embarqué le 13 avril 2026, après plusieurs semaines de préparation et de formation. Avec une simple motivation, faire quelque chose contre l’oppression, les dominations, le génocide des Palestiniens bien sûr. Dimension humanitaire qui fait partie de son ADN : dans les favellas de Rio-de-Janeiro, il enseignait la musique avant de rejoindre Barcelone.
Première attaque en Crète
Composée de soixante-dix bateaux à voile et à moteur, l’escadre de la Global Sumud Flotilla a fait route sur Marseille et puis la Sicile où d’autres navires sont venus la grossir. C’est déjà en Crète qu’une première attaque a eu lieu. Des bateaux ont été sabotés et trente-cinq personnes ont dû être hospitalisées en Grèce… où les dossiers médicaux ont été perdus. « Le gouvernement grec a prêté main forte aux Israéliens, par exemple pour débarquer les militants capturés », constate Antoine Jacquet. Saif Abukesek, citoyen hispano-suédois d’origine palestinienne, et Tiago Avila, Brésilien, ont été emmenés en Israël et détenus pendant plusieurs jours. « Ces deux enlèvements, ce n’était pas au hasard, ils savaient tout sur nous, qui avait quel rôle, quelle responsabilité. »
La flottille, amoindrie, s’est alors dirigée vers la Turquie. Elle a ensuite mis sur le cap sur Gaza et a été attaquée, le 18 mai, au large de Chypre par la marine israélienne. « Comme chaque fois, ça s’est passé dans les eaux internationales et c’est ce qu’on appelle un acte de piraterie, en droit international », s’indigne Antoine Jacquet.
Enlevés dans les eaux internationales et emprisonnés en Israël
Pour kidnapper l’ensemble des 430 passagers des bateaux de la flottille, les militaires israéliens ont mis 36 heures – les bateaux de la flottille s’étaient espacés en prévision de l’attaque. Les assauts sont perpétrés par des marins sur des vedettes rapides ; leur premier geste étant de tirer sur les caméras embarquées. Les militants sont ensuite parqués dans des bateaux prison, débarqués dans le port d’Ashdod, près de Tel Aviv, puis conduits dans la prison de Ktziot dans le désert du Néguev avant qu’ils ne soient expulsés dans des avions turcs qui les ont déposés à Istambul le 21 mai. Deux Français sont restés plus longtemps hospitalisés en Turquie, leur état ne leur permettant pas de voyager.

« J’ai pris des coups, témoigne Antoine Jacquet, dans le bateau, puis lors d’interrogatoires arrivé en Israël, à la prison… » Les membres de la flottille ont été privés d’eau potable, nourris au pain sec, connu l’humiliation des fouilles à nu… Antoine Jacquet estime cependant s’en être « bien sorti ». D’une part parce que « ce que nous avons subi, ce n’est rien à côté de ce que vivent les Palestiniens », et puis aussi parce qu’il était « dans le bon bateau prison ». Ce que lui ont raconté les kidnappés de l’autre bateau relève de l’horreur : « ils étaient battus en permanence, il y a eu des agressions sexuelles ». Des récits qui disent les heures passées à genoux, front contre le sol, mains menottées dans le dos, les privations de sommeil, la musique assourdissante, l’utilisation de tasers, de balles en caoutchouc, de grenades assourdissantes et de chiens ; trainés à terre par les cheveux.
A Paris, le Parquet national anti-terroriste ouvre un enquête pour tortures et crimes de guerre
Ce que retient Antoine Jacquet, c’est aussi la fébrilité avec laquelle les soldats israéliens tentaient de justifier par les massacres du 7 octobre le génocide du peuple palestinien. « Ils nous ont projeté des vidéos de l’attaque du Hamas, certains d’entre nous ont vu des films de décapitation ; il y avait comme une sorte de volonté pathétique de justifier l’injustifiable. » Avec un racisme décomplexé, en français dans le texte : « ils me disaient, ‘vous êtes français, vous parlez arabe alors, il n’y a plus de vrais Français chez vous’ ».
Avec le recul – sur le moment, il fallait tenir – Antoine Jacquet tente une analyse. « Ça vaut ce que ça vaut ; il m’a semblé que les plus jeunes n’étaient pas fiers de ce qu’ils faisaient ; sur le port, une soldate était chargée de moi et elle me tapait dessus chaque fois que je bougeais, mais j’avais l’impression qu’elle le faisait pour obéir aux ordres ; j’en ai vu d’autres, plus âgés, qui en rajoutaient dans les brutalités, par plaisir, avec de la haine dans les yeux. »
Lorsque nous nous sommes rencontrés, Antoine Jacquet était en retard. Il sortait du cabinet d’un médecin où il avait fait constater les traces corporelles des brutalités qu’il avait subies, trois semaines avant, en vue des procédures en cours. Le 5 juin, compte tenu des témoignages des militants, une enquête a été ouverte à Paris pour tortures et crimes de guerre par le Parquet national antiterroriste. Une enquête préliminaire a été confiée à l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité (OCLCH) des chefs de « tortures, au sens de la convention de New-York du 10 décembre 1984, et de crimes de guerre » a annoncé le PNAT.
Les rendez-vous « solidarité Palestine » à la fête du Travailleur alpin
On aura bien sûr rendez-vous au stand de l’Association France Palestine solidarité où l’on trouvera toute la documentation utile à l’information et à l’action solidaire avec le peuple palestinien, mais aussi de l’huile d’olive et des keffiehs vendus au profit de projets humanitaires en Palestine ainsi que des falafels et autres propositions gastronomiques palestiniennes.
Moment fort dès l’ouverture de la fête avec le vernissage de l’exposition d’images issues de l’initiative I Grant You Refuge (Je t’accorde l’asile), une œuvre photographique collective poignante réalisée par six photojournalistes palestiniens (Jehad Al-Sharafi, Mahdy Zourob, Mohammed Hajjar, Omar Ashtawy, Saeed Jaras, Shadi Al-Tabatibi), qui nous plonge au cœur de l’enfer de la bande de Gaza. Le vernissage aura lieu le vendredi 26 à 17h, au stand de la Société des lectrices et lecteurs de l’Humanité.
Autre rendez-vous à la librairie Joséphine Baker : Michel Cambon y dédicacera l’ouvrage 100 dessins pour la Palestine auquel il a contribué aux côtés de plumes internationales comme Art Spiegelman et Joe Sacco. Il sera accompagné de Lara et de son reportage BD sur l’élection présidentielle de 2022, Du pied gauche, vers 2027. Ce sera le samedi 27 juin de 16h à 19h. Une rencontre débat avec les auteurs est prévue à 16h45.
On notera également le débat qui aura lieu à l’espace débat le vendredi 26 à 17h15, dans la foulée du vernissage de l’exposition de photos gazaouies, sur le thème « L’extrême-droite contre le droit international ». Avec Otto Vaillant Frias, ambassadeur de Cuba en France ; Youssef Habash, président de la branche européenne du syndicat des journalistes palestiniens ; Leila Moussavian-Huppe, dirigeante nationale du PCF et Pascal Torre, historien et co-président de France Kurdistan.


