Montagne. Un financement participatif pour lancer la rénovation du refuge de la Selle

Par Luc Renaud

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La Société des touristes du Dauphiné a lancé une cagnotte en ligne pour financer les premières études d’un vaste programme de rénovation. Il permettra notamment de sécuriser l’approvisionnement en eau de ce refuge accessible par Saint-Christophe-en-Oisans. Projet ambitieux pour la STD, deux ans après la catastrophe de la Bérarde.

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Héliportage au refuge de la Selle, sous la face Sud du Râteau, dans le massif des Ecrins. © STD


Fer­me­ture à la mi-août. Ce fut le cas lors de l’été 2025 pour le refuge de la Selle, soixante-quinze cou­chages au pied de la face Sud du Râteau, au des­sus de Saint-Chris­tophe-en-Oisans. La rai­son ? Le manque d’eau, consé­cu­tif à l’affaiblissement du gla­cier de la Selle. Ce qui a conduit la Socié­té des tou­ristes du Dau­phi­né (STD) qui en est la pro­prié­taire à envi­sa­ger un pro­jet de réno­va­tion. Il s’agira non seule­ment de sécu­ri­ser l’approvisionnement en eau – les cap­tages, mais aus­si les réser­voirs et la ges­tion au quo­ti­dien – et de reprendre l’ensemble du bâti et de ses équi­pe­ments : sa der­nière réno­va­tion remonte à 1997.

Ce chan­tier se dérou­le­ra en plu­sieurs étapes. « Nous en sommes aux études », explique Cathe­rine Four­rier, vice-pré­si­dente de la socié­té. Cette phase se dérou­le­ra au cours de l’été et les tra­vaux pro­pre­ment dits auront lieu « vrai­sem­bla­ble­ment entre 2028 et 2030 », indique-t-elle. Le coût d’un tel chan­tier n’est pas ano­din, entre un et deux mil­lions d’euros, estime-t-on aujourd’hui à la STD. La pre­mière étape de lan­ce­ment des études est chif­frée à 40 000 euros. D’où le lan­ce­ment d’une cagnotte en ligne sur la pla­te­forme Hel­loas­so : le niveau des fonds propres de la STD ne lui per­met pas de cou­vrir l’intégralité de la dépense.

Cathe­rine Four­rier, vice-pré­si­dente de la Socié­té des tou­ristes du Dau­phi­né.

Cette étroi­tesse de la tré­so­re­rie de la STD a une ori­gine, la catas­trophe de la Bérarde et du Vénéon du 21 juin 2024. Le refuge du Soreiller a connu une fré­quen­ta­tion de 10 % de celle des années anté­rieures, celui de la Selle a dû écour­ter sa sai­son. Manque de chance, la sai­son esti­vale 2024 a été celle des grands tra­vaux au refuge Adèle Plan­chard, de l’autre côté de la Meije : un manque à gagner sup­plé­men­taire.

Avec la mise en place de navettes dans la val­lée du Vénéon, la situa­tion s’est amé­lio­rée à l’été 2025. La fré­quen­ta­tion du Soreiller – sous la Dibo­na – est remon­tée à 60 % de la moyenne des années anté­rieures, Adèle Plan­chard, réno­vé, a fait le plein. Une situa­tion finan­cière qui tou­te­fois demeure fra­gile : outre les pro­grammes d’investissement, les charges d’entretien cou­rant sont impor­tantes. Et la réduc­tion du niveau des sub­ven­tions publiques n’arrange rien à l’affaire.

Le refuge Adèle Plan­chard, à Vil­lar d’A­rêne, en haute val­lée de la Romanche. © STD

C’est dans ce contexte que la réno­va­tion du refuge de la Selle est entre­prise. Une opé­ra­tion d’envergure qui inter­vient après celle d’Adèle Plan­chard – un inves­tis­se­ment de près de 900 000 euros en 2024 pour cette étape du tour de la Meije. « Le finan­ce­ment de ces pro­jets est assu­ré par la STD avec le concours de sub­ven­tions des col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales ; pour la Selle, nous tra­vaillons en plus un dos­sier pour obte­nir des finan­ce­ments euro­péens et nous sol­li­ci­tons des fon­da­tions », pré­cise la vice-pré­si­dente.

Reste à espé­rer que la météo de ce prin­temps soit favo­rable au ski de ran­don­née et que celle de cet été per­mette une bonne fré­quen­ta­tion des cinq refuges de la Socié­té des tou­ristes du Dau­phi­né : de quoi faci­li­ter la réa­li­sa­tion du pro­gramme de réno­va­tion de la Selle avec, en ligne mire dans les années à venir, celle du refuge Jean Col­let, en Bel­le­donne.

Des navettes pour le haut Vénéon

Pour cet été 2026, l’accès à la val­lée du haut Vénéon devrait être faci­li­té par rap­port à ce que l’on a connu l’été der­nier.
La route D530 sera ouverte jusqu’au Etages, à 3 km de la Bérarde, dès son dénei­ge­ment et jusqu’au 5 juillet. En juillet et jusqu’au 30 août, il fau­dra emprun­ter une navette à par­tir du hameau de Pré Clot, à 10 km de la Bérarde – sauf pour les rive­rains, les ran­don­neurs jus­ti­fiant d’une réser­va­tion en refuge. Une quin­zaine d’allers retours sont annon­cés entre Venosc et Combe noire, à 300 m de la Bérarde. Ces navettes, mises en place par le Conseil régio­nal, s’emprunteront sur réser­va­tion et au tarif de 4,80 euros – elles étaient moins nom­breuses mais gra­tuites l’an der­nier.
Dès le 30 août, la route sera ouverte à nou­veau jusqu’aux Etages.
L’accès au hameau de la Bérarde demeure tou­jours inter­dit et il faut emprun­ter la rive gauche du Vénéon pour rejoindre sen­tiers et refuges.

La Société des touristes du Dauphiné a 150 ans

Club de montagne grenoblois – et qui le revendique – qui allie les pratiques et la gestion de cinq refuges, la STD se situe au cœur des débats pour inventer l’avenir du tourisme d’altitude à l’heure des questions nouvelles posées par le réchauffement climatique et la surfréquentation.

La Socié­té des tou­ristes du Dau­phi­né est une asso­cia­tion d’amoureux de la mon­tagne qui pra­tiquent le ski de ran­don­née, l’alpinisme, la ran­don­née ou l’escalade. Elle a fêté son cent cin­quan­tième anni­ver­saire en jan­vier der­nier : sa créa­tion remonte à 1875.

Une créa­tion consti­tu­tive de son iden­ti­té. Elle a vu le jour un an après la nais­sance du Club alpin fran­çais, à Paris, et c’est à Gre­noble que des alpi­nistes ont vou­lu baser la Socié­té des tou­ristes du Dau­phi­né. De cette superbe ori­gi­nelle face aux pré­ten­tions pari­siennes, « il est res­té quelque chose », sou­rit Cathe­rine Four­rier avant d’ajouter : « Nous sommes une petite struc­ture d’un cen­taine d’adhérents, nous nous connais­sons tous, et c’est dans cette ambiance convi­viale que nous pra­ti­quons la mon­tagne ; je ne crois pas qu’il soit à l’ordre du jour de rejoindre quelque chose d’aus­si gros que la FFCAM » – la Fédé­ra­tion fran­çaise des clubs alpins et de mon­tagne, ancien­ne­ment le CAF.

Ski de ran­don­née sous la hou­lette des enca­drants de la STD, ici dans le tour du Pel­vas, dans le Quey­ras. © STD

Cette proxi­mi­té entre les membres de la STD assure un fonc­tion­ne­ment de l’association « qui nous per­met­tra de faire face à toutes dif­fi­cul­tés comme c’est le cas depuis l’origine de la socié­té ».

Avec une double dimen­sion, celle des acti­vi­tés mon­tagne et la ges­tion du patri­moine de l’association. L’une des par­ti­cu­la­ri­tés de la STD est en effet d’être pro­prié­taire de cinq refuges, quatre en Oisans et un en Bel­le­donne. Ce qui consti­tue de nos jours une charge impor­tante. Le pro­gramme de réno­va­tion du refuge Jean Col­let a ain­si été repor­té pour cause d’incompatibilité avec le plan local d’urbanisme de la com­mune de Sainte-Agnès. Et les normes anti-incen­die – entre autres – de locaux accueillant du public sont tout aus­si dras­tiques en mon­tagne qu’en plaine, « c’est bien nor­mal, mais cela a un coût et c’est lourd à gérer ».

Surfréquentation

Reste la ques­tion qui agite le milieu de la mon­tagne, notam­ment depuis la crise du covid, celle de la sur­fré­quen­ta­tion « qui pose ques­tion pour la flore et la faune notam­ment ». En habi­tués des courses d’altitude, Cathe­rine Four­rier et les membres de la STD relèvent l’impact des réseaux sociaux, « de la belle image que l’on veut aller repro­duire en mon­tant avec des bas­kets sans s’inquiéter de la météo ». Ou du cam­ping sau­vage et de ses ravages sur les rivages du lac Achard ou du Lau­vi­tel.

La Meije, en haute val­lée de la Romanche.

Faut-il géné­ra­li­ser le gen­darme au départ du sen­tier pour véri­fier l’équipement et la réser­va­tion en refuge, comme au pied du mont Blanc ? Ou la fer­me­ture des accès des hautes val­lées assor­ties d’un trans­port obli­ga­toire en navettes comme en amont de Névache dans la val­lée de la Cla­rée ? « Nous avons vu en Espagne des iti­né­raires que l’on ne peut emprun­ter qu’avec une réser­va­tion sur un site inter­net et qui ne délivre qu’un nombre limi­té de d’autorisations de pas­sage », note Cathe­rine Four­rier. À l’image de ce qui est déjà en place dans la calanque mar­seillaise de Sugi­ton.

La vice-pré­si­dente de la STD n’en oublie pas pour autant que « nous avons tou­jours pu pro­fi­ter de la mon­tagne sans contrainte » et se refuse à envi­sa­ger « des res­tric­tions de la liber­té d’accès au milieu natu­rel ». Le dos­sier est ouvert.

Une cer­ti­tude, pour­tant. Celle de l’importance de trans­mettre une culture de la mon­tagne afin que le tou­risme alpin demeure pos­sible dans les meilleures condi­tions. Un club comme la STD, c’est cela aus­si son rôle aujourd’hui.

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