La Rampe — Échirolles. Sous les fleurs
Par Régine Hausermann
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Elles apparaissent dans leurs robes aux motifs fleuris et somptueux — qui évoquent Frida Kahlo -, altières, se déplaçant avec lenteur dans une large pièce baignée de noir aux parois vivement éclairées par moments. Des quatre portes surgissent des airs de fête qui ne semblent pas les concerner. Elles communiquent entre elles, délicatement, tendrement, dessinant de larges mouvements, éclairées par les superbes lumières de Françoise Michel.
Les Muxes sont considérées comme un troisième genre dans la culture zapotèque. Elles sont des figures à la fois respectées et marginalisées. On leur réserve dans cette société matrilinéaire les mêmes droits et devoirs qu’aux femmes, mais elles ne sont pas autorisées à se marier. Parallèlement à la danse se fait entendre une voix en espagnol, celle de Felina Santiago Valdivieso, une des Muxes les plus engagées, exprimant ses opinions. On regrette que ces textes n’aient pas été surtitrés. Ils ont cependant été diffusés en français sur un élégant dépliant cartonné lors du spectacle.
Un exemple : « Et bien moi, je pense que chaque personne doit décider de comment vivre sa vie, de quelle façon elle va la mener, la responsabilité qu’elle a d’être heureuse, parce que dans beaucoup d’endroits du monde, les gens se cachent, ne vivent pas leur vie comme ils veulent ou comme ils le désirent et ici, même si c’est un endroit très éloigné, plein d’ignorance, on a des personnes qui prennent la décision d’être heureuses. »
Les bruits de la ville qui pénètrent par les quatre portes laissent entendre la violence extérieure et sans doute celle qui frappe leur propre famille, dans un Mexique machiste, marqué par le crime. Sous les fleurs offre une oasis de beauté et de délicatesse, un rêve de coexistence entre humains.


