Métropole de Grenoble. Après deux mois de lutte, les occupants haussent le ton

Par Manuel Pavard

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La manifestation, menée par les livreurs à vélo CGT, est partie du siège de Grenoble-Alpes Métropole, en direction de la mairie de Grenoble où une délégation a été reçue.
Droit au logement (DAL) et une vingtaine d'associations, collectifs et syndicats, soutenus par des partis de gauche, appelaient à une manifestation, lundi 19 janvier, pour soutenir les quelque 150 personnes - en majorité des livreurs à vélo et leurs familles - occupant le siège de la Métropole de Grenoble. Après deux mois d'occupation, seule une poignée de familles a en effet pu être relogée. Si la Métropole et plusieurs communes s'engagent à proposer des logements vacants, les sans-logis déplorent la lenteur des négociations et les blocages récurrents, évoquant une véritable urgence sociale.

C’é­tait le 19 novembre 2025. Expul­sés des loge­ments qu’ils louaient à des « mar­chands de som­meil », à la Vil­le­neuve, des livreurs à vélo et leurs familles inves­tis­saient le siège de la Métro­pole de Gre­noble, avec l’as­sen­ti­ment de la col­lec­ti­vi­té et le sou­tien de nom­breuses orga­ni­sa­tions. Très vite, d’autres per­sonnes sans toit les rejoi­gnaient, por­tant le nombre d’oc­cu­pants à près de 150… « Au début, on pen­sait qu’on ne res­te­rait que quelques semaines », se sou­vient Ama­dou Kouya­té, porte-parole du groupe et membre du syn­di­cat CGT des livreurs à vélo.

Après deux mois d’oc­cu­pa­tion, les familles ont expri­mé leur exas­pé­ra­tion dans les rues de Gre­noble.

Pour­tant, deux mois après, jour pour jour, la qua­si-tota­li­té d’entre eux dorment encore dans ces locaux. Une situa­tion qui a pous­sé le DAL 38 et une ving­taine d’autres asso­cia­tions, syn­di­cats, col­lec­tifs, par­tis de gauche, à appe­ler à une nou­velle mani­fes­ta­tion, ce lun­di 19 jan­vier, entre le siège de la Métro­pole et la mai­rie de Gre­noble. Car pour les occu­pant-es, les condi­tions de vie sur place deviennent de plus en plus com­pli­quées.

« Ima­gi­nez, nous sommes 150 per­sonnes dans une seule salle, avec des enfants, des bébés, des femmes enceintes… On a déjà enre­gis­tré trois ou quatre nais­sances et il y en a d’autres qui sont en route. »

« Ima­gi­nez, nous sommes 150 per­sonnes dans une seule salle, avec des enfants, des bébés, des femmes enceintes… On a déjà enre­gis­tré trois ou quatre nais­sances et il y en a d’autres qui sont en route », rap­porte Syl­la, elle-même enceinte de quelques mois et déjà mère d’une petite fille. À la pro­mis­cui­té, s’a­joutent en outre « des condi­tions d’hy­giène très dif­fi­ciles », l’en­semble des sans-logis devant se par­ta­ger les uniques toi­lettes dis­po­nibles.

Par­mi les occu­pant-es, des femmes — enceintes pour cer­taines — et des enfants en bas âge.

Pour les occu­pant-es, l’ob­jec­tif n’a pas varié depuis le début : « trou­ver des loge­ments pour les 150 per­sonnes », explique Ama­dou Kouya­té. Tous en sont en effet convain­cus, « des mai­sons et des appar­te­ments vacants, il y en a », affirme le livreur, pour lequel « il ne manque que la volon­té poli­tique ». Les dis­cus­sions enga­gées entre la Métro­pole et les dif­fé­rentes com­munes pour recen­ser les bâti­ments muni­ci­paux vides sem­blaient pour­tant en bonne voie, il y a quelques semaines. Tou­te­fois, si les villes de Pont-de-Claix, Mey­lan et bien­tôt Saint-Égrève ont mis à dis­po­si­tion des héber­ge­ments pour une poi­gnée de familles, cela reste glo­ba­le­ment insuf­fi­sant.

« Des blocages administratifs et politiques »

Entre une pré­fec­ture encore aux abon­nés absents et des col­lec­ti­vi­tés souf­flant le chaud et le froid, les négo­cia­tions pié­tinent, déplorent asso­cia­tions et syn­di­cats. Les­quels enten­daient donc pro­fi­ter de la mani­fes­ta­tion pour inter­pel­ler de nou­veau les muni­ci­pa­li­tés. « Aujourd’­hui, on a eu un enga­ge­ment de la Métro­pole et de plu­sieurs com­munes à pro­po­ser des appar­te­ments et des lieux qui leur appar­tiennent via l’EP­FL (Éta­blis­se­ment public fon­cier local) et qui étaient vides jus­qu’à pré­sent », indique Manon (DAL 38). Ce qui prouve que « c’est pos­sible d’u­ti­li­ser l’ha­bi­tat vacant pour répondre à l’ur­gence », sou­ligne-t-elle.

Les occu­pant-es n’ont pas pu accé­der au par­vis de l’hô­tel de ville, bar­ré par la police muni­ci­pale, mais ont inves­ti durant quelques heures la chaus­sée joux­tant le bâti­ment.

Mal­heu­reu­se­ment, les pro­messes sont seule­ment orales et cette pro­cé­dure « prend du temps », du fait de « blo­cages admi­nis­tra­tifs et poli­tiques », selon la mili­tante. À ce jour, seules vingt-cinq per­sonnes ont pu être relo­gées. Pour les autres, « on n’a pas de pers­pec­tives ni de dates », regrette-t-elle. Or, d’a­près le DAL, « Gre­noble pour­rait pro­po­ser plus » en matière de réqui­si­tion des loge­ments vacants. « On pense notam­ment aux vieilles cités de l’Ab­baye qui sont encore vides en atten­dant un hypo­thé­tique pro­jet immo­bi­lier », confie Manon. Sans oublier « la cité uni­ver­si­taire du Rabot » qui pour­rait accueillir tous les occu­pants res­tants, assure-t-elle.

Une « lutte collective exemplaire »

Toutes ces reven­di­ca­tions ont été expo­sées par la délé­ga­tion reçue à la mai­rie de Gre­noble, ce lun­di après-midi. Sans réelles avan­cées satis­fai­santes, estime le DAL. « Les ins­ti­tu­tions se ren­voient la balle sans prendre en compte l’urgence de la situa­tion », dénonce l’as­so­cia­tion ce mar­di 20 jan­vier. « La mai­rie refuse de pro­po­ser des loge­ments sup­plé­men­taires et les dates d’entrée dans les loge­ments res­tent loin­taines alors même que la situa­tion à la Métro­pole ne per­met pas aux occu­pant-es de vivre dans des condi­tions dignes. »

Caro­line Audric, secré­taire géné­rale de l’UL CGT de Gre­noble, a pris la parole pour appor­ter le sou­tien total du syn­di­cat à l’oc­cu­pa­tion.

Heu­reu­se­ment, ces der­niers peuvent comp­ter sur les sou­tien des mili­tants asso­cia­tifs, poli­tiques et syn­di­caux, venus les sou­te­nir devant l’hô­tel de ville, après l’ar­ri­vée du cor­tège. Illus­tra­tion avec la prise de parole de Caro­line Audric, secré­taire géné­rale de l’u­nion locale CGT Grand Gre­noble, qui salue leur « lutte col­lec­tive exem­plaire ». Son vœu ? Ce serait, pour­suit-elle, s’a­dres­sant aux occu­pant-es, « que vous soyez relo­gés et que cette occu­pa­tion cesse ». De fait, conclut la syn­di­ca­liste, « des loge­ments vides, il y en a beau­coup trop à Gre­noble. Ça se compte en mil­liers ! »

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