Crolles. Les salariés de Teisseire, en grève, craignent « une annonce grave »

Par Pierre-Jean Crespeau

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Les salariés en grève devant les grilles de l'usine du fabricant de sirops, à Crolles.
Les salariés de l'usine Teisseire, à Crolles, sont en grève reconductible depuis jeudi 9 octobre. En cause, un CSE extraordinaire prévu ce jeudi 16 octobre, sur l'activité du site. PSE, cession, fermeture... Le personnel ignore à ce stade la nature de la menace, néanmoins réelle. Explications avec Florent Duc, secrétaire du CSE Teisseire et élu CGT.

Le Tra­vailleur alpin — Dans quel contexte pour Teis­seire a débu­té ce mou­ve­ment de grève recon­duc­tible ?

Florent Duc — Pour faire l’his­to­rique, tout a com­men­cé il y a quatre ans avec le plan d’ex­ter­na­li­sa­tion des volumes. Plan qui était en lien avec un plan d’in­ves­tis­se­ments. Du coup, on a per­du tous les volumes export que notre direc­tion a envoyés à la Slaur, au Havre, en sous-trai­tance. Ce qui repré­sente 20 mil­lions de litres. Quant aux pro­messes d’in­ves­tis­se­ments, il y avait deux équi­pe­ments. Une ligne de fabri­ca­tion qui n’a jamais mar­ché, qui est à l’ar­rêt et qu’on a aban­don­née. Et une sous-tireuse qu’on n’a jamais vue sur le site. L’in­ves­tis­se­ment appa­raît donc sur les comptes mais on ne pro­fite pas de l’é­qui­pe­ment.

Selon la direc­tion de l’é­poque, ce plan d’ex­ter­na­li­sa­tion devait nous per­mettre de faire de la place dans l’u­sine, pour récu­pé­rer de nou­veaux volumes et la rem­plir. Car la direc­tion nous disait qu’a­vec les volumes qu’on allait récu­pé­rer, l’u­sine allait deve­nir trop petite.

Com­ment cela s’est-il pas­sé ensuite ?

Suite à ça, il y a un an, on a encore eu une perte de volumes concer­nant les marques dis­tri­bu­teurs. On est arri­vé à 40 mil­lions de litres cette année alors qu’on tour­nait, pour info, à 90 mil­lions de litres il y a cinq-six ans. Soit des volumes divi­sés par deux, et même un petit peu plus. Consé­quence, qui dit moins de volumes dit aug­men­ta­tion du coût de pro­duc­tion… Et donc plus com­pli­qué pour obte­nir de nou­veaux volumes. Un cercle vicieux !

Com­ment se jus­ti­fie la direc­tion ?

La direc­tion nous parle uni­que­ment de plan mar­ke­ting. C’est vrai que le bud­get mar­ke­ting a été rehaus­sé, mais tou­jours pas au niveau des objec­tifs annon­cés du groupe. En tout cas, elle mise tout — offi­ciel­le­ment — sur ce plan mar­ke­ting qui nous ramè­ne­rait des volumes… Mais qui, en réa­li­té, nous a rame­né, zéro en parts de mar­ché, donc zéro en volume. En clair, la solu­tion n’est pas ici.

En fait, ça fait deux ans que l’en­tre­prise vit sur les royal­ties de sa pro­duc­tion export. Et cette année, on nous annonce une perte de plus de quatre mil­lions. Donc on demande à la direc­tion de revoir les choix du pas­sé vu qu’il s’est pas­sé tout l’in­verse de ce qui devait décou­ler de ces choix.

Les sala­riés et la CGT appellent à un ras­sem­ble­ment devant le site, jeu­di 16 octobre, pour les sou­te­nir avant le CSE.

Que crai­gnez-vous main­te­nant ?

Aujourd’­hui, on est très inquiets pour la péren­ni­té du site. Sys­té­ma­ti­que­ment, on demande le rapa­trie­ment des volumes parce que c’est le nerf de la guerre et c’est l’ur­gence pour retrou­ver de la ren­ta­bi­li­té sur le site de Crolles. Choix que la direc­tion ne sou­haite pas. De leur côté, c’est une fin de non-rece­voir. Ils se foca­lisent et s’en­têtent sur ce plan mar­ke­ting qui ne ramène pour­tant aucun volume.

Nous, ce qu’on leur demande, c’est le rapa­trie­ment des volumes sous-trai­tés, du moins des volumes sirops. Car il faut savoir que Teis­seire est aus­si pro­prié­taire de Pres­sade et toute la pro­duc­tion Pres­sade est sous-trai­tée. On a éga­le­ment Fruit Shoot, pro­duc­tion qui est là encore entiè­re­ment sous-trai­tée. Donc des volumes pour rem­plir le site de Crolles, il y en aurait. Ce n’est qu’une ques­tion de choix stra­té­giques.

Que répond la direc­tion à votre demande ?

La direc­tion refuse tous ces choix et ne nous pro­pose pas de solu­tions viables. Résul­tat des courses, depuis jeu­di der­nier, les sala­riés de l’u­sine sont en grève recon­duc­tible, rejoints hier [NDLR : lun­di 13 octobre] par quelques dizaines de sala­riés du siège qui com­mencent à voir que ça devient inquié­tant.

Ces der­niers mois, on a en plus appris un nou­veau pro­jet de la direc­tion dont on ne com­prend pas vrai­ment la fina­li­té : la vente de notre stock de matières pre­mières. On nous a expli­qué qu’on allait conser­ver trois mois de stock de matières pre­mières sur le site et que tout ce qui dépasse trois mois de stock, on le ven­drait à une entre­prise de tra­ding de matières pre­mières. Avant de récu­pé­rer son mon­tant pour le rache­ter plus tard. Hon­nê­te­ment, on a du mal avec les expli­ca­tions. Le but de cette opé­ra­tion est assez flou. Au vu de la situa­tion de l’en­tre­prise, on com­mence à se deman­der si ce stock qui part revien­dra. Parce qu’il faut savoir qu’on a été convo­qués à un ordre du jour jeu­di der­nier : ordre du jour du CSE, réunion qui se tien­dra ce jeu­di.

Quelle est la fina­li­té de ce CSE extra­or­di­naire, selon vous ?

À l’ordre du jour de ce CSE, il y a un point sur l’ac­ti­vi­té du site. Le CSE est une ins­tance qui est assez cadrée. L’ordre du jour sert éga­le­ment à échan­ger sur les points en cas d’in­com­pré­hen­sion d’une des deux par­ties. L’autre par­tie se doit d’ex­pli­quer son point pour qu’il y ait une com­pré­hen­sion totale de l’ordre du jour. Mais il existe quelques cas où la direc­tion ne doit pas expli­quer le point, voire où il y a une inter­dic­tion de com­mu­ni­quer. C’est ce que m’a dit la DRH quand j’ai deman­dé des éclair­cis­se­ments. Or, le cas qui inter­dit la com­mu­ni­ca­tion, c’est une ces­sion d’en­tre­prise car on est des entre­prises cotées en bourse et il y a prio­ri­té au mar­ché. On s’in­quiète donc for­te­ment de ce cas-là.

À quelle autre pos­si­bi­li­té pen­sez-vous ?

Un autre cas qui n’est pas une inter­dic­tion pour les direc­tions, mais plu­tôt un usage, c’est un PSE. En tout cas, sur notre pré­cé­dent PSE, c’est comme ça que ça s’é­tait pas­sé. La direc­tion ne com­mu­nique pas sur le point, nous convoque à un CSE extra­or­di­naire et on com­mence par ce qu’ils appellent une réunion zéro où on nous donne les docu­ments. Et puis, le PSE démarre par la suite.

Aujourd’­hui, au vu de la san­té de l’en­tre­prise ces der­nières années, au vu des choix de la direc­tion qui sont au désa­van­tage du site de Crolles, ça fait quelques mois qu’on tire la son­nette d’a­larme. Ce ren­dez-vous à un CSE extra­or­di­naire nous inquiète for­te­ment et nom­breux sont les sala­riés qui attendent une annonce grave, vio­lente, ce jeu­di. À quel niveau ? On aura la sur­prise. Mais c’est vrai que la situa­tion n’est pas ras­su­rante. Chaque sala­rié se dit qu’il est temps de se mobi­li­ser pour inver­ser la ten­dance.

Rassemblement de soutien devant Teisseire

Les sala­riés de Teis­seire sonnent la mobi­li­sa­tion et appellent à un ras­sem­ble­ment de sou­tien avant le CSE extra­or­di­naire. Ren­dez-vous ce jeu­di 16 octobre, à 9 heures, devant l’u­sine Teis­seire, 482 ave­nue Ambroise-Croi­zat, à Crolles.

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