Grenoble. Solidarité avec Cuba face à l’agression états-unienne
Par Luc Renaud
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« Les cubains sont depuis toujours la minorité vivant aux Etats-Unis qui se rend le plus souvent dans le pays de ses origines. Imagine-t-on un réfugié politique des dictatures chiliennes ou argentine aller passer ses vacances dans le pays qu’il a fui ? » La question était posée par Salim Lamrani, professeur des universités en histoire de l’Amérique latine, lors de la conférence débat donnée le 11 avril dans les locaux du PCF a Grenoble. Ce rendez-vous avait été organisé par la section communiste de Grenoble et l’association Acip-Asado – Association pour la coopération inter-peuples / Actions de solidarité avec les peuples d’Amérique latine et pour la diffusion des cultures d’origine. Elle s’inscrivait dans le cadre de la journée nationale de mobilisation organisée par le PCF contre le blocus de Cuba par les Etats-Unis.

Soirée riche en informations. Sur l’ancienneté des tentatives impérialistes des États-Unis à Cuba et plus généralement dans l’ensemble de l’Amérique latine. À Cuba, la colonisation espagnole a pris fin en 1898 à la suite d’une guerre de libération de trente ans. Dès 1901, l’armée américaine prend pied sur l’île. Sous des régimes d’ingérence divers, l’île demeure assujettie au voisin états-unien – implantation de la mafia et des multinationales… – jusqu’à la révolution libératrice de 1959.
Et c’est le début d’une avalanche de lois et de décrets pris par tous les gouvernements qui se sont succédés aux États-Unis depuis 66 ans pour asphyxier l’économie cubaine. Salim Lamrani livrait un large aperçu de cet état de siège condamné tous les ans depuis trente-trois ans par la quasi unanimité des États membre de l’ONU à coup de lois extra-territoriales et même parfois rétroactives, évidemment contraire au droit international. Jusque dans des détails ubuesques : un citoyen américain qui se rend au Chili, achète du vin, se rend à Grenoble en faisant escale à la Havane, n’a pas le droit de boire de ce vin à Grenoble : il est passé par Cuba. Des restrictions du commerce avec l’île sont imposées à toute la planète sous peine d’amendes – Airbus ne peut pas vendre un avion à Cuba – interdiction d’accès au financement de l’économie, limitations confinant à l’interdiction pour des Cubains résidant aux États-Unis d’envoyer des fonds à leur famille…

Cet état de siège a connu une aggravation brutale avec la nouvelle arrivée de Trump au pouvoir et le blocus pétrolier. Une situation dramatique imposée au peuple cubain que dénonçait notamment Vincent Boulet, responsable du secteur international à la direction nationale du PCF. Le blocus total de l’île entraîne des conséquences dramatiques pour la population cubaine. Ce sont des hôpitaux paralysés faute d’électricité produite par des centrales électriques alimentées par des hydrocarbures. Une production agricole qui ne peut être acheminée vers les villes, faute de moyens de transport. Des difficultés pour étudier, travailler… « Cette situation est la plus grave depuis des décennies d’état de siège américain », s’indignait Vincent Boulet en saluant le courage des Cubains qui refusent de céder et de se soumettre à la puissance impérialiste états-unienne.
Face à l’urgence, le PCF organise une campagne nationale de collecte de dons pour faire parvenir de l’aide humanitaire à la population cubaine.

Plus largement, ce sont les modalités de la solidarité qui étaient débattues ce 11 avril au siège grenoblois du PCF. Le gouvernement français comme d’ailleurs l’Union européenne restent silencieux face à l’agression de l’île et la remise en cause du droit international, le « deux poids deux mesures à Cuba comme à Gaza. « Tous ce que nous pourrons faire pour briser le mur de silence sera une aide à Cuba », disait Vincent Boulet. L’expression d’une solidarité qui s’inscrit dans un cadre plus large au niveau international. « Notre pays doit s’inscrire dans le mouvement qui prend forme avec l’émergence de ce que l’on appelle le « sud global » et qui témoigne de l’aspiration des peuples et des États, sous des formes très diverses, de trouver des voies autonomes de développement », estimait Vincent Boulet. En relevant que les États-Unis ont échoué dans toutes leurs tentatives, depuis cinquante ans et la guerre du Vietnam, pour imposer leur loi : la crise du capitalisme, plus particulièrement depuis 2008, sa phase actuelle d’impérialisme renouvelé conduit à une impasse toujours plus meurtrière. « La France doit se tenir aux côtés des nations émergentes et d’un nouvel ordre mondial dans le respect du droit international et de la souveraineté des nations », insistait Vincent Boulet.
Le soutien à Cuba face à l’agression états-unienne est partie prenante de la construction d’un nouvel ordre international.
La soirée s’est achevée autour d’un buffet de spécialités latino-américaines préparées par les militants de l’Acip-Asado et un concert de chansons cubaines.




