Échirolles. Amandine Demore : « Faisons gagner une ville protectrice et solidaire »
Par Manuel Pavard
/

Sa voix, en prononçant ses premiers mots, trahissait une « émotion » qu’elle a volontiers reconnue, fière de la composition et de l’engagement de cette « liste à l’image d’Échirolles ». Entourée de ses quarante colistières et colistiers, Amandine Demore s’est adressée une ultime fois à ses quelque 500 partisans rassemblés, ce jeudi 12 mars au soir, à la salle des fêtes d’Échirolles, pour sa réunion publique de fin de campagne. La quinzième et dernière organisée par Échirolles ensemble, à trois jours du premier tour des élections municipales.

L’occasion pour la tête de liste et maire PCF de saluer les différents élus venus la soutenir. D’autres communistes, à l’image de son prédécesseur Renzo Sulli — auquel elle a succédé en octobre 2023 — ou du conseiller régional Éric Hours. Mais aussi des écologistes, comme le maire de Grenoble Éric Piolle — qui a fait une apparition en début de soirée — ou celui de Champagnier, Florent Cholat, et des socialistes, à l’instar de Guillaume Lissy, maire de Seyssinet-Pariset. Une prise de position notable de leur part alors que le PS et Les Écologistes soutiennent respectivement Laetitia Rabih et l’insoumis Antar Labiod.
« Le rôle de la gauche, c’est de s’unir et se rassembler. Quand l’extrême droite est aux portes du pouvoir, quand les fascistes, partout dans le monde, prennent des responsabilités, nous n’avons pas le droit de nous diviser. »
Avant de présenter un par un les membres de la liste, les adjoints échirollois Aurélien Farge et Pierre Labriet, animateurs de la soirée — et eux-mêmes colistiers de leur édile -, ont d’ailleurs transmis le micro à Guillaume Lissy et Florent Cholat. Espérant poursuivre sa collaboration avec Amandine Demore, « femme courageuse et intègre », le premier nommé s’est exprimé « en tant que maire, homme de gauche et militant socialiste », glissant une pique aux instances du PS.

« Le rôle de la gauche, c’est de s’unir et se rassembler. Quand l’extrême droite est aux portes du pouvoir, quand les fascistes, partout dans le monde, prennent des responsabilités, nous n’avons pas le droit de nous diviser », a ainsi asséné Guillaume Lissy. Et de rappeler que, malgré les différences entre partis, « ce qui nous rassemble est plus fort que ce qui nous divise ».

Comme son homologue de Seyssinet-Pariset, Florent Cholat s’est démarqué, par sa simple présence ce jeudi soir, de son parti, Les Écologistes. Soulignant la qualité de leur travail commun à la Métropole, le maire de Champagnier a apporté son « soutien plein et entier » à Amandine Demore. « On a des valeurs communes de solidarité, d’entraide, et un respect très important », a‑t-il ajouté, appelant les électeurs à leur « permettre de poursuivre ce travail, dès le dimanche 15 mars ».
« Le choix de l’unité »
Reconnaissante pour le positionnement de ses collègues premiers magistrats, Amandine Demore a également tenu à remercier celles et ceux qui, sur sa liste, ont « fait le choix de l’unité contre des décisions prises nationalement sans connaître le contexte local et les forces en présence ». Décisions qu’elle juge « déconnectées du réel ». Citant les noms de ses colistiers concernés, la candidate a notamment salué « les insoumis unitaires qui refusent la division » ainsi que « les socialistes qui ont refusé l’aventure personnelle et opportuniste portée par la liste Vivre unis ». Sans oublier le militant écologiste Antoine Fléchet, conseiller municipal grenoblois ayant rallié Échirolles ensemble.
Cette liste, qui comprend également des militants communistes et des citoyens n’appartenant à aucun parti, représente « toute la diversité d’Échirolles », a‑t-elle indiqué. « Ces différentes sensibilités politiques sont rassemblées pour un même objectif : protéger les habitants et habitantes, défendre les services publics et agir pour la justice sociale et écologique. »

Amandine Demore a aussi loué l’engagement de son équipe, présente « toute l’année, au quotidien, sur le terrain ». Des personnes qui ont mené, depuis des mois, « une campagne d’une intensité rare », enchaînant quinze réunions publiques, des porte-à-porte tous les soirs, des déambulations, des tractages sur les marchés… « On a fait le choix d’une campagne de proximité », a abondé Aurélien Farge, qui s’est notamment félicité du nombre de dons approchant au total les 10 000 euros.
Une « violence politique jamais vue » à Échirolles
Intense, cette campagne s’est malheureusement distinguée par ailleurs par son climat particulièrement délétère. Amandine Demore a ainsi évoqué une « violence politique comme [elle n’en avait] jamais vue » à Échirolles. Certes, « la conflictualité fait partie de la politique. Mais les coups bas, les attaques personnelles, les insinuations, les mensonges, les fake news, colportés volontairement par des opposants d’opportunité, je ne peux m’y résoudre », a‑t-elle déploré.
Dans son viseur, la candidate PS Laetitia Rabih, pourtant élue au sein de la majorité municipale. « Son équipe a tenté de calomnier mes colistiers par voie de presse », a en effet accusé la maire PCF. « L’ennemi de Laetitia Rabih, ce n’est pas l’extrême droite, c’est nous », a‑t-elle affirmé, ironisant sur cette tête de liste qui « quitte la ville pour le confort supposé d’un petit village voisin et ne revient s’installer à Échirolles que quelques mois avant les élections ».
« Notre véritable ennemi politique, c’est le RN »
Malgré les attaques de cette ancienne alliée, la liste Échirolles ensemble ne se trompe pas de combat, assure Amandine Demore. « Notre véritable ennemi politique, c’est le RN » qui, pendant ce temps-là, « continue tranquillement son chemin ». Elle l’a d’ailleurs martelé à la fin de son intervention : « Face à l’extrême droite, le barrage, c’est nous ; la résistance, l’espoir, c’est nous. » Le danger est clairement identifié : « Le RN au pouvoir ici, c’est le risque de disparition de notre ADN. C’est l’inégalité de traitement entre les quartiers. C’est la fin de ‘la république au coin de la rue’. Il faut faire de nos communes des terres de résistance. »

Montée de l’extrême droite, crise sociale et écologique… « Je mesure la gravité du moment, a admis la candidate. Mais je crois profondément en la force d’Échirolles. » Pour affronter ces menaces, elle mise sur un « programme ambitieux ». Un projet qui répond à « des aspirations très concrètes : mieux vivre, mieux se déplacer, mieux respirer, mieux se protéger, mieux voir grandir et s’épanouir ses enfants ». Et un projet où « personne ne doit être laissé de côté ».
Devant le public conquis de la salle des fêtes, Amandine Demore a ainsi déroulé les grandes lignes de son programme, détaillant une partie des nombreuses mesures proposées — liste non exhaustive. Pour les aînés avec le portage de repas ou les aides personnalisées. Le soutien au pouvoir d’achat avec la baisse des tarifs de la cantine pour les enfants et le gel du taux communal des impôts locaux. Sur le plan de la santé, avec la volonté de créer deux centres de santé. Face au changement climatique avec la production d’énergies locales renouvelables — grâce notamment aux deux centrales photovoltaïques -, le plan fraîcheur et la végétalisation des cours d’école, la création de nouveaux parcs, la plantation de mille arbres supplémentaires…
« Aucune voix ne doit manquer dimanche »
Et puis, impossible de ne pas citer la sécurité, « un service public » rendu à la population, auquel l’édile s’est montrée particulièrement sensible durant le mandat actuel. Dans ce domaine, elle refuse à la fois de « fermer les yeux » et d’approuver « les discours de gros bas et de tolérance zéro ». « Nous continuerons la bataille pour un commissariat de plein exercice, tout en renforçant la prévention », a promis la candidate à ses électeurs. Avant de leur annoncer avoir enfin obtenu une réponse du ministre de l’Intérieur, qui a mis « à l’étude » sa proposition de création du commissariat. Un combat global qui a conduit les trafiquants à s’impliquer dans cette campagne, allant jusqu’à incendier sa voiture de service. « Ils n’ont aucun intérêt à nous voir gagner », a‑t-elle souligné, attestant de sa « détermination ».

À trois jours du scrutin, Amandine Demore a achevé son discours par un appel lancé à l’ensemble de ses colistiers, militants et sympathisants : « Aucune voix ne doit manquer dimanche. Ramenons aux urnes ceux qui hésitent. (…) Les 15 et 22 mars, faisons gagner une ville protectrice et solidaire. » Une parfaite conclusion, avant de poursuivre la soirée par un banquet et des concerts.


