Les enjeux des JOP de 2030

Par Maryvonne Mathéoud

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Bien plus qu'une quinzaine de compétitions sportives, les jeux d'hiver de 2030 peuvent être l'occasion de déveopper l'accès aux pratiques sportives.© Sandro Halank, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0
Vendredi 9 janvier 2026, au siège de la fédération de l’Isère du PCF, à l’initiative du groupe Montagne (Isère, Savoie, Hautes-Alpes, Alpes-Maritimes) et de la commission nationale Ecologie avait lieu une rencontre sur les Jeux olympiques et paralympiques d’hiver de 2030 dans les Alpes françaises.

Trois thèmes ont été abor­dé dans la soi­rée : les enjeux spor­tifs et édu­ca­tifs des Jeux olym­piques et para­lym­piques, les enjeux éco­no­miques et sociaux (enjeux envi­ron­ne­men­taux et démo­cra­tiques à tra­vers l’exemple des trans­ports fer­ro­viaires, ces mêmes enjeux à tra­vers l’exemple du loge­ment en zone de mon­tage.

En intro­duc­tion, Nico­las Bon­net pose la ques­tion : « Quel mes­sage poli­tique la France doit por­ter pour ces Jeux olym­piques et para­lym­piques (JOP) ? Nous vivons des situa­tions catas­tro­phiques avec la mon­tée des guerres par­tout dans le monde. Les ques­tions de l’olympisme sont des ques­tions de paix, de lien entre les êtres humains par le sport, de par­tage, de soli­da­ri­té, de fra­ter­ni­té. Ces valeurs pro­gres­sistes ont été por­tées lors des JOP de Paris. La céré­mo­nie d’ouverture a mar­qué les esprits et a été cri­ti­quée par les plus conser­va­teurs et l’extrême droite au niveau mon­dial. »

Le deuxième pro­blème sou­le­vé est que le sport est en souf­france dans toute la France par un manque bud­gé­taire criant. Sous inves­tis­se­ment du gou­ver­ne­ment en direc­tion des col­lec­ti­vi­tés et sous inves­tis­se­ment des com­munes.

« Nous nous sommes enga­gés à Paris en 2024 pour le sport pour tous, source d’émancipation. Le coût de la licence est la pre­mière bar­rière pour l’accès au sport. Quelles seront les retom­bées des JOP, en quoi les JOP vont per­mettre plus d’accès aux sports à toutes et tous par exemple : est ce que les enfants et les familles de nos villes en Isère vont pour­voir accé­der aux sports de la neige ? L’héritage des JOP ne peut pas être que maté­riel », indique Nico­las Bon­net

Réduire l’empreinte carbone

Les autres sujets sont les enjeux envi­ron­ne­men­taux et sociaux. Il faut réflé­chir à réduire l’empreinte car­bone avec des amé­na­ge­ments qui prennent en compte le réchauf­fe­ment cli­ma­tique et le res­pect de l’environnement. Pour le Comi­té inter­na­tio­nal olym­pique, la France est le pays où il y a le plus d’infrastructures pour la pra­tique des sports d’hiver avec quelques manques comme le pati­nage de vitesse – qui seront sans doute orga­ni­sés aux Pays-Bas, compte tenu de l’infrastructure dis­po­nible dans ce pays.

« Pour les JOP de Paris nous avons inves­ti for­te­ment pour le trai­te­ment de l’eau dans la Seine et un demi mil­lion de per­sonnes s’y sont bai­gnées. Nous avons défi­ni une charte sociale (zéro mort au tra­vail) por­té par la CGT bâti­ment puis par Ber­nard Thi­baut. Les ques­tions des tra­vailleurs sans papier, de l’interim, de la sous trai­tance ont été trai­tées. Un des héri­tage des JOP de Paris est que nous avons élar­gi la charte sociale pour toutes les com­mandes publiques », explique Nico­las Bon­net.

L’accès aux sports, une volonté politique

Reste la ques­tion de la dif­fi­cul­té d’avoir accès à une pra­tique spor­tive. « Il y a plu­sieurs rai­sons ; le manque de temps libre (amé­na­ge­ment du temps de tra­vail, retraite à 60 ans…), le coût de la pra­tique du sport, le manque d’équipements spor­tifs, le manque d’animateurs », note Nico­las Bon­net. L’école est le pre­mier lieu où tous les enfants ont accès au sport gra­tui­te­ment. D’où l’intérêt des classes décou­vertes. « L’un des héri­tage des JOP pour­rait être que tous les enfant aillent en classe de mer ou de mon­tagne. »

Ce qui implique une volon­té poli­tique. « Pour les JOP de Paris il y a eu un héri­tage construit par la ville de Paris la Seine-Saint-Denis, mais pas par l’État, déplore Nico­las Bon­net, pour les gou­ver­ne­ment de droite il s’agit d’abord de faire pas­ser les inté­rêts pri­vés avant les inté­rêts col­lec­tifs. »

Pour Gilles Four­nel la CGT prend à bras le corps les enjeux des JOP 2030 afin qu’ils cor­res­pondent aux stan­dards sociaux de la France comme ça était le cas pour Paris. La charte sociale, par­tie inté­grante du dos­sier de can­di­da­ture pour les JOP à Paris, a per­mis la réus­site des jeux dans des condi­tions très cor­rectes.

Chartre sociale

Les JO de 2024 ont été pré­pa­rés en dix ans sur une com­mune. Pour 2030, le contexte est lar­ge­ment dif­fé­rent avec des délais beau­coup plus res­treints et avec deux régions pour une seule can­di­da­ture. C’est dans ces condi­tions que la chartre sociale doit être vali­dée par les orga­ni­sa­teurs. « Ce n’était pas le cas pour Paris, puisqu’elle était incluse dans le dos­sier can­di­da­ture et avec un contexte poli­tique et éco­no­mique lar­ge­ment dégra­dé depuis », déplore Gilles Four­nel. Sur la charte des jeux de 2024, il y a eu des avan­cées consi­dé­rable sur la sécu­ri­sa­tion des chan­tiers et les condi­tions de tra­vail.

« Concer­nant la ques­tion sécu­ri­taire, elle a été déme­su­rée. On a eu des moments ou la ville était com­plè­te­ment fer­mée. Il y a eu des ques­tions de liber­té pro­blé­ma­tiques. On a eu 15 000 mili­taires et une base mili­taire construite à Paris. Les gou­ver­ne­ments de droite veulent mettre en avant de nou­velles règles pour res­treindre les liber­tés. Ce n’est pas for­ce­ment lié à l’olympisme mais au pou­voir »,rap­pelle Gilles Four­nel.

Aux JOP de Paris il y a eu un réel engoue­ment très impor­tant pour les jeux para­lym­piques. Mais pour déve­lop­per la pra­tique du sport para­lym­pique il faut inves­tir mas­si­ve­ment. C’est un rap­port de force poli­tique et éco­no­mique.

Pour les retom­bées posi­tives des JO il faut tenir compte des retom­bées éco­lo­giques et sociales pour le plus grand nombre. Par exemple, 40 % des enfants d’Autrans ne peuvent pas accé­der aux pra­tiques du ski.

Rénover les logements en montagne

Autre pro­blème, il faut réflé­chir aux trans­ports moins coû­teux et moins pol­luant, pen­ser à la ges­tion des par­kings, réor­ga­ni­ser le trans­port fer­ro­viaire. Il fau­dra gérer les ins­tal­la­tions déme­su­rées pour les vil­lages. La loi mon­tagne doit être au ser­vice de la popu­la­tion locale. Les citoyens doivent être asso­cier aux déci­sions et aux pro­jets de la mon­tagne. Le sujet de la démo­cra­tie locale et cen­tral, c’est essen­tiel pour défendre et faire vivre ces struc­tures.

Pour Hen­riette Pic­chio­ni, quel sera l’héritage des JOP de 2030 ? Il faut pré­ser­ver la nature notam­ment en réno­vant des bâti­ments (objec­tif : réno­ver 2500 loge­ments d’ici 2030) et en construi­sant des loge­ments éco­lo­giques, avec une iso­la­tion per­for­mante pour l’hiver mais aus­si pour les grandes cha­leurs. Puis après les JO il faut les rendre acces­sibles à tous sur­tout aux sai­son­niers et aux jeunes qui tra­vaillent dans les vil­lages et qui peinent à se loger mais aus­si des loge­ments inter­gé­né­ra­tion­nels. Les loge­ments seront à la vente ou à la loca­tion. Il faut éga­le­ment déve­lop­per des espaces publics tels que des crèches, des parcs, des écoles, des com­merces…. À Vil­lard-de-Lans il y a 60 % de rési­dences secon­daires. Un pro­jet à l’étude pré­voit de mettre en loca­tion ces loge­ments en échange de ser­vices.

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