Échirolles. Amandine Demore candidate pour continuer à être « utile » aux habitants
Par Manuel Pavard
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C’était quasiment un secret de Polichinelle. Pour ses soutiens, à l’image du Collectif citoyen pour Échirolles qui l’avait adoubée lors d’une soirée aux faux airs de lancement de campagne, l’affaire était même entendue. Mais jusqu’à présent, Amandine Demore n’était pas encore officiellement candidate à sa réélection. C’est désormais chose faite depuis ce samedi 29 novembre. Entourée de ses soutiens et des futurs membres de la liste, la maire d’Échirolles avait convié la presse à la Maison des associations pour annoncer son entrée en campagne.

À ses côtés, des élus sortants comme des nouveaux venus. Des militants communistes , une coordinatrice du collectif citoyen, un insoumis historique en rupture de ban avec LFI, des militants associatifs de quartier… Bref, « une équipe à l’image d’Échirolles, qui représente bien les différents quartiers et l’énergie de cette ville », vante l’édile, qui avait « besoin » d’une telle « équipe, compétente et soudée ». Leur point commun ? Tous partagent la conviction qu’Amandine Demore est la femme de la situation.
« Le futur mandat doit être co-construit avec les habitants »
On aurait presque tendance à l’oublier au vu de son activité et de sa visibilité, pourtant celle-ci n’est maire « que » depuis deux ans. C’est d’ailleurs en partie pour la préparer à cette échéance de mars 2026 que son prédécesseur Renzo Sulli avait transmis le flambeau à son ex-première adjointe, en octobre 2023. Deux ans ont passé depuis, permettant à Amandine Demore de « prendre pleinement [ses] marques », mais aussi de prendre goût à cette écharpe de maire et au rôle qu’elle implique.

« J’ai découvert cette fonction très exigeante, qui nécessite parfois de prendre de la hauteur pour toujours défendre les questions d’intérêt général ; cette fonction de proximité avec les habitants », explique la candidate. Pour elle, une maire se doit en effet d’être « utile pour le territoire, pour les habitants et habitantes ». Et d’être « là dans les bons comme dans les mauvais moments ».

Amandine Demore insiste sur ce lien avec la population échirolloise, évoquant fièrement les « plus de 600 personnes qui ont déjà apporté leur soutien à [sa] démarche » — signatures récoltées par le collectif citoyen. Les réunions publiques qui débuteront dans quelques jours et se poursuivront dans les trois prochains mois s’inscrivent ainsi dans ce cadre. « C’est comme ça que je conçois le futur mandat : il doit être co-construit et travaillé avec les habitants », indique-t-elle.
Sécurité publique et santé
Quid des grandes priorités de la liste ? Amandine Demore cite d’abord sans surprise « la sécurité publique », thème qu’elle a particulièrement porté au niveau médiatique, à travers son combat pour l’ouverture d’un commissariat de plein exercice à Échirolles ou son initiative de fermer le Carrare. Un sujet de « protection » fondamental, selon elle. « On ne va rien lâcher, sans jamais tomber dans la stigmatisation, comme le font certains », promet la tête de liste, rappelant que « le narcotrafic touche 80 % des communes en France ».
« Il faut que l’État y mette les moyens au niveau des services publics », exige-t-elle. « Je suis de gauche donc je défends les services publics et les populations subissant de plein fouet la violence du narcotrafic, qui sont d’ailleurs les populations les plus fragiles », lance l’élue communiste.

Autre axe majeur, « la santé », domaine dans lequel Échirolles s’est montrée « très active », se félicite la maire. Et citer notamment l’aide financière, votée en conseil municipal, à l’extension du centre de santé Village Sud ou la participation financière à la création du pôle de santé et de commerce de la Villeneuve, à côté de la Butte.
La municipalité tente aussi de « favoriser autant que possible l’installation des médecins sur le territoire, même si ça devient une denrée rare », reconnaît Amandine Demore. Laquelle souligne « l’angoisse » ressentie par nombre d’habitants, notamment les personnes âgées, devant les difficultés à trouver un médecin traitant. Les représentants de la ville d’Échirolles ont récemment rencontré le cabinet de l’ancien ministre de la Santé Yannick Neuder « pour lui faire des propositions ». Affaire à suivre donc.
Pouvoir d’achat et quotidienneté
Troisième priorité, « le pouvoir d’achat ». Sur ce point, une commune a bien sûr « des moyens limités mais quand même le pouvoir d’agir » à son échelle, estime la candidate. Exemple, la création de la mutuelle communale qui permet, entre autres, de « négocier les tarifs, le blocage des prix après 75 ans, la gratuité dès le troisième enfant ».
Amandine Demore cite également la création prochaine d’une cuisine centrale commune avec Grenoble. « L’objectif est de faire baisser la tarification de la cantine pour les familles échirolloises, précise-t-elle. On a un modèle produisant deux mille repas par jour, qui atteint ses limites en termes de réduction des coûts. Cela permettra de réaliser des économies d’échelle et d’aller vers plus de qualité en développant encore plus l’alimentation bio et locale. »

Enfin, « la quotidienneté pour les habitants ». Soit tous ces sujets pouvant sembler un peu anodins à première vue mais auxquels la maire d’Échirolles tient beaucoup car ils concernent tous les aspects de la vie des gens. Ce sont par exemple « les nuisances sonores nocturnes » : la ville a ainsi récemment fait fermer le parking situé derrière le cinéma, qui était devenu un lieu de regroupement pour des voitures la nuit. C’est aussi « la propreté urbaine ».
« On est capables de porter des projets fous »
De manière générale, regrette Amandine Demore, « on parle souvent négativement de la commune pour les faits divers mais pas assez pour tout ce qui se passe bien ». Pourtant, « il y a plein de belles choses à Échirolles », ville qui peut compter sur « une vitalité associative incroyable », avec plus de deux cents associations.
« On est capables de porter des projets fous, comme on a pu le faire en accueillant l’exposition Banksy », se félicite l’édile. Pourtant, celle-ci se souvient de certains regards interloqués lorsqu’elle a parlé pour la première fois d’exposer les œuvres d’une telle référence du street art, « artiste mondialement connu ». Résultat des courses : l’évènement a permis de « faire rayonner Échirolles et d’accueillir 39000 visiteurs, plus que la population de la ville » [NDLR : qui est d’environ 37 000 habitants].

Amandine Demore a conscience que des défis de taille attendent la future équipe municipale. À commencer par le dérèglement climatique auquel aucun territoire n’échappera, de surcroît en zone urbaine. La ville d’Échirolles s’y confronte déjà, rappelle sa première magistrate : « On a beaucoup œuvré avec les bailleurs pour réhabiliter les quartiers populaires, on végétalise, on plante des arbres, on amène de l’eau… »
« Je ne renonce pas à cette union de la gauche »
Cette commune d’Échirolles, qui a déjà « échappé à sa destinée de devenir une ville dortoir », la candidate veut en faire une ville protectrice, « une ville qui rassemble ». Une ambition qui concerne la population, mais aussi son camp politique. « Je suis très attachée au rassemblement des forces de gauche », affirme Amandine Demore, qui rappelle avoir lancé un appel en ce sens dès sa prise de fonction. Il y a urgence, d’après elle, d’autant que « l’extrême droite est plus que jamais en embuscade, au niveau local comme dans le pays ».
Problème, sa vision n’est pas partagée unanimement au sein de la gauche échirolloise. Si les discussions avec le PS et avec son adjointe Laëtitia Rabih sont actuellement en bonne voie, selon la maire, les choses sont beaucoup plus compliquées avec la France insoumise, qui a investi Antar Labiod. Une candidature qui reflète les divisions locales du mouvement avec d’un côté, des élus LFI siégeant dans l’opposition, de l’autre, le groupe des insoumis unitaires, membre de la majorité.

Le président du groupe, Zaïm Bouhafs, est d’ailleurs présent ce samedi aux côtés d’Amandine Demore. Celui qui a créé le premier groupe d’action insoumis sur le territoire a depuis été suspendu par LFI. « Mais ça ne change rien à mes convictions de gauche », assure-t-il. Sans citer les insoumis ni Antar Labiod, Amandine Demore évoque, elle, « des stratégies nationales de la part de certains. Je le déplore », ajoute-t-elle. Pour autant, elle « continue à lancer ce message. Je ne renonce pas à cette union de la gauche… »


