L’un des sept jeunes prévenus dans l’affaire des « jardins de la Buisserate ».

Six mois de contrôle judiciaire après, les magistrats grenoblois vont se pencher ce 23 mars sur le sort des prévenus des jardins de la Buisserate. Les avocats demandent que soit constatée la nullité de la procédure engagée à l’encontre de sept jeunes prévenus.

Dans la nuit du 4 septembre dernier, plusieurs personnes ont été interpellées à Saint-Martin-le-Vinoux sur les jardins ouvriers de la Buisserate, qui étaient menacés par un projet immobilier.
 Après 60h de garde-à-vue, cinq perquisitions et des prises d’ADN parfois forcées, elles ont été mises en examen pour association de malfaiteurs, groupement en vue de commettre des dégradations, et intrusion sur un terrain privé en vue d’y habiter. Depuis, elles subissent un contrôle judiciaire extrêmement strict.

Le 23 mars, sept prévenus seront présentés devant le tribunal de Grenoble. Une demande de nullité sera déposée par les avocats qui se sont exprimés lors d’une conférence de presse organisée ce lundi 22 mars par le collectif anti répression de Grenoble (CAR).

Accusé d’avoir tenté de détruire des biens… voués à la destruction

Maître Pierre Janot , avocat de deux personnes mises en examen explique : « Nous demandons la nullité des sept mises en examen, pour que cette affaire n’aille pas en correctionnelle.
 Ce dossier a pris une dimension qu’il n’aurait jamais du avoir. 
Nous allons tenter de dégonfler le ballon de baudruche. 
Le problème de ce dossier c’est qu’il a pris la forme d’une action faisant suite à terrorisme ou atteintes aux biens.
 On voudrait croire que l’appareil répressif soit réservé à autre chose.
 Que des gens qui portent des projets alternatifs soient ainsi mal traités c’est indécent.
 Plus on aura des actions en justice comme celle là moins il y aura confiance des jeunes envers les instances politiques, les élections.
 Cela pousse à des modes d’action alternatifs. On reproche aux personnes inculpées d’avoir tenté de détruire des biens… voués à la destruction et d’avoir occupé un jardin en bande organisée. Au pire les peines peuvent être de trois à cinq ans. 
Comment les brigades de police ont-elles pu imaginer qu’il s’agissait de terroristes ! »

Me Elsa Ghanassia, avocate de trois personnes mises en examen poursuit : 
« On se trouve avec des personnes absolument pas liées à des mouvements violents.
 A mon sens il n’y avait aucun fait matériel pour mettre en examen mes clients.
 Il y avait une crainte des forces publiques vis-à-vis de ces occupants sur des faits qui n’avaient strictement rien à voir. Les jeunes sont bloqués par un contrôle judiciaire, un couvre feu judiciaire qui n’existe pas par ailleurs, totalement disproportionnés. Ces contraintes durent depuis septembre… jusqu’au procès.
 »

Une nuit dans un jardin partagé, six mois de privatisation de liberté

Un jeune, parmi les sept mis en examen intervient, très ému : « Je suis très stressé par l’audience de demain. Serons-nous enfin rendus à la liberté dès demain ? Nous étions juste dans un lieu privé, une nuit. 
Cela nous a amené soixante heures en garde à vue
. Nous n’avons aucune prise pour ne plus être privés de liberté.
 Si je pouvais m’adresser aux juges je voudrais qu’ils mesurent le coût de la privation de six mois de liberté et qu’ils nous redonnent notre liberté. »

Puis une mère d’inculpé intervient : « Je suis une des mères de personnes mise en examen, je vous lis une lettre ouverte à la juge d’instruction, au procureur de la république, au maire de st Martin le Vinoux,… Des jeunes adultes qui cherchent à vivre sur des valeurs, sont privés de liberté.
.. Ces jeunes en pleine construction ont bien compris que nous allons dans le mur.

… Ils et elles sont loin d’être fanatiques, les fanatiques étant ceux qui nous poussent plus loin dans le non sens.
… Aujourd’hui les jardins pour lesquels se sont mobilisés nos jeunes sont détruits… Nous nous joignons à nos jeunes. Continuons à planter, à semer, à arroser, à cueillir à contempler ce que nous offre la terre. »

Maîtres Pierre Janot et Elsa Ghanassia, avocats des prévenus.

La mère de l’un des prévenus a donné lecture d’une lettre adressée à la justice. Un moment particulièrement émouvant de cette conférence de presse donnée à la veille du rendez-vous judiciaire du 23 mars.

Les avocats ont livré leur sentiment sur l’ampleur prise par une procédure dont les initiateurs ont un temps pensé qu’elle relevait de la lutte antiterroriste.

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