Laïcité en débat pour le 104e anniversaire de la loi de 1905

Par Edouard Schoene

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Il reve­nait à Jéré­mie Gio­no, secré­taire dépar­te­men­tal du PCF Isère d’ouvrir la soi­rée du 9 décembre, 104e anni­ver­saire de la loi de 1905 de sépa­ra­tion des églises et de l’Etat, orga­ni­sée par le PCF à St mar­tin le Vinoux.

Jérémie Gio­no, Denis Fabre, Pas­cal Cos­ta­rel­la et Eric Favey

« En ce temps de « tri­an­gu­la­tion poli­tique », pra­tique consis­tant à s’emparer des mots des autres pour les redé­fi­nir à sa sauce, la laï­ci­té a rare­ment été autant sujette à débat et à ins­tru­men­ta­li­sa­tion poli­ti­cienne. Le flou séman­tique se place dans un contexte de libé­ra­li­sa­tion anglo saxonne. Se redon­ner des points de repères pour armer la lutte poli­tique. Nous avons vou­lu orga­ni­ser ce moment avec les asso­cia­tions enga­gées sur la laï­ci­té ».

Puis Eric Favey, pré­sident de la ligue de l’enseignement 38 est inter­ve­nu pour resi­tuer his­to­ri­que­ment l’événement de 1905. Il sou­ligne que ses inter­ven­tions dans la région lui font appa­raître la mécon­nais­sance de la loi de 1905. Il sou­ligne avec humour que la « bataille pour la laï­ci­té  fut un « che­min de croix ». »
L’article 10 de la décla­ra­tion des droits de l’homme en 1789 sti­pule : « Nul ne doit être inquié­té pour ses opi­nions, même reli­gieuses, pour­vu que leur mani­fes­ta­tion ne trouble pas l’ordre public éta­bli par la loi. » La loi de 1792 laï­cise l’état civil. La pre­mière loi de sépa­ra­tion de l’église et de l’Etat remonte à 1795.
« Puis il y eut un long tun­nel » jusqu’à la loi de 1905, avec des assauts réac­tion­naires. La loi de 1905 fut une loi de liber­tés, contrai­re­ment à de fausses des­crip­tions qui la pré­sentent comme une loi d’interdits.

Denis Fabre, de la Ligue des droits de l’homme énonce les termes juri­diques de la laï­ci­té qu’il défi­nit comme « une méthode d’organisation de la socié­té, des ins­ti­tu­tions, sur le prin­cipe de la liber­té, de l’égalité. Il énonce les articles 1 et 10 de la décla­ra­tion des droits de l’homme » (cf https://www.conseil-constitutionnel.fr/le-bloc-de-constitutionnalite/declaration-des-droits-de-l-homme-et-du-citoyen-de-1789)

Eric Favey.

Puis sont énon­cés les deux pre­miers articles de la loi de 1905 :

Article 1 : La Répu­blique assure la liber­té de conscience. Elle garan­tit le libre exer­cice des cultes sous les seules res­tric­tions édic­tées ci-après dans l’in­té­rêt de l’ordre public.

Article 2 : La Répu­blique ne recon­naît, ne sala­rie ni ne sub­ven­tionne aucun culte.

Avant de conclure est énon­cée une phrase célèbre de Vic­tor Hugo :
« « La for­mule répu­bli­caine a su admi­ra­ble­ment ce qu’elle disait et ce qu’elle fai­sait ; la gra­da­tion est irré­pro­chable. Liber­té, Éga­li­té, Fra­ter­ni­té. Rien à ajou­ter, rien à retran­cher. Ce sont là les trois marches du per­ron suprême. La liber­té, c’est le droit, l’é­ga­li­té, c’est le fait, la fra­ter­ni­té, c’est le devoir. Tout l’homme est là… » »

Pas­cal Cos­ta­rel­la, pour la Libre pen­sée aborde ensuite l’actualité de la loi de 1905.
Les indi­vi­dus, tous, selon la loi, sont des citoyens ayant les mêmes droits et devoirs. Ils ne sont pas défi­nis comme appar­te­nant à telle ou telle com­mu­nau­té, pour pou­voir s’affranchir de cer­taines lois. Il sou­ligne que tout est fait, actuel­le­ment pour que les gens s’affrontent. Ain­si les gens au pou­voir dénoncent les citoyens musul­mans comme des ter­ro­ristes poten­tiels. Sont citées la théo­rie des fais­ceaux énon­cée par le ministre Cas­ta­ner à l’assemblée natio­nale et l’intervention du ministre Blan­quer pour dénon­cer une affiche de la FCPE.
Pas­cal Cos­ta­rel­la revient sur l’affaire du bur­ki­ni, cet été à Gre­noble pour énon­cer un com­mu­ni­qué des trois asso­cia­tions pré­sentes à la tri­bune.
Ce débat sur la « police du vête­ment » n’est pas nou­veau. A l’assemblé Natio­nale en 1905, dans le débat sur la laï­ci­té, un dépu­té, M. Allard, a défen­du un amen­de­ment pour deman­der l’interdiction du port de la sou­tane. Les argu­ments étaient curieu­se­ment voi­sins de ceux qui veulent inter­dire cer­taines tenues aujourd’hui. (cf un docu­ment rela­tant le débat : http://jeanbauberotlaicite.blogspirit.com/archive/2009/11/25/1905-et-les-tenues-religieuses.html.

Le pré­sident de la Libre pen­sée conclue en dévoi­lant le texte publié ce jour anni­ver­saire par les trois asso­cia­tions pré­sentes à la tri­bune, sou­te­nu par des dizaines d’associations, syn­di­cats, par­tis : https://www.fnlp.fr/news/747/23/Appel-aux-laiques-et-au-Mouvement-laique/d,lp_detail.html

Jérémie Gio­no, Denis Fabre, Pas­cal Cos­ta­rel­la et Eric Favey.

A l’is­sue de la ren­contre, Jéré­mie Gio­no s’est féli­ci­té de l’échange en pré­sence de près d’une cin­quan­taine de per­sonnes d’ho­ri­zons divers.
« La dis­cus­sion révèle l’importance de repo­ser cal­me­ment des repères autour de ces ques­tions, en reve­nant aux fon­de­ments de ce pilier du vivre-ensemble qu’est la laï­ci­té. Le camp laïque doit se faire entendre, nous devons don­ner de la voix, y com­pris pour ne pas lais­ser le terme en lui même être récu­pé­ré et vidé de son conte­nu. Les dis­cours racistes/xénophobes d’un côté & libéraux/communautaires/concordataires de l’autre sont bien deux faces d’une même pièce, une par­ti­tion de divi­sion et de relé­ga­tion qui nie le res­pect de la liber­té de conscience, puisque dans tous les cas nous assis­tons à une assi­gna­tion reli­gieuse iden­ti­taire où l’individu est ren­voyé à une pré­ten­du « com­mu­nau­té », fai­sant par la même fit du com­mun réel, que ce com­mun soit vu à l’échelle d’une Nation ou à l’échelle d’une classe sociale.

Pas­cal Cos­ta­rel­la.

Car c’est bien là l’enjeu véri­table de cette musique à plu­sieurs voix : fon­der une « nou­velle paix sociale », au pro­fit de la mino­ri­té finan­cière qui exploite votre tra­vail, notre tra­vail à tous, ce quelque soit notre cou­leur de peau ou nos croyances (ou non-croyance) !

Pour illus­trer ce fait, nous avons un cas pas très loin, d’un can­di­dat de Droite-extrême sur le retour dans une grande ville à quelques arrêts de tram d’ici, qui d’un côté s’est répan­du en pro­pos xéno­phobes cet été lors de la polé­mique des pis­cines, et dont dans le même temps un des garde du corps se reven­dique ouver­te­ment comme proche des Frères musul­mans, tout lais­sant à pen­ser qu’un accord sou­ter­rain est à l’œuvre avec ces réseaux fas­ci­sants…

Il faut mesu­rer l’ampleur de la bataille, car les dis­cours néfastes ne viennent pas seule­ment des divers cou­rants de l’Extrême-droite ou de la Droite avec d’un côté le RN & une par­tie des LR voir de la majo­ri­té, et de l’autre le pôle libé­ral au sein des cen­tristes et de la majo­ri­té pré­si­den­tielle.

Jéré­mie Gio­no.

Non, ces dis­cours ont trou­vés des relais jusque dans le camp de la gauche, lorsque cer­tains cèdent aux sirènes libé­rales ou « indi­gé­nistes » (encore que si on trouve tou­jours un idiot utile pour expli­quer que « l’ex­ci­sion est un par­ti­cu­la­risme cultu­rel », ce cou­rant n’a pas l’en­ver­gure dis­pro­por­tion­née que lui donne cer­tains médias pour stig­ma­ti­ser toute une par­tie de la gauche), ou de l’autre côté qu’un Laurent Bou­vet – fon­da­teur du si mal nom­mé « Prin­temps Répu­bli­cain » — fri­cote ouver­te­ment avec Eric Zem­mour et la facho­sphère. Ces gens là sont à com­battre phi­lo­so­phi­que­ment tout autant que leurs « mai­sons mères » intel­lec­tuelles !

Pour le par­ti com­mu­niste, il est donc impé­ra­tif de tenir sur tous les fronts. D’un côté, refu­ser la frag­men­ta­tion en cours de la socié­té fran­çaise, consis­tant il faut bien le dire prin­ci­pa­le­ment dans la construc­tion lar­ge­ment arti­fi­cielle d’une psy­chose contre une par­tie de la popu­la­tion, stig­ma­ti­sée en ver­tu de sa foi réelle ou sup­po­sée. Le « sup­po­sé » est impor­tant, car der­rière l’assignation for­cée à une iden­ti­té reli­gieuse, ce qui est à l’œuvre c’est bel-et-bien le rha­billage du vieux racisme colo­nial contre « l’arabe ».

Et démon­ter cette réa­li­té ne doit en aucun cas conduire à jus­ti­fier les dis­cri­mi­na­tions contre les croyants, tout répu­bli­cain consé­quent se doit de refu­ser toute forme de recul sur le ter­rain de la Liber­té de conscience ! Si la gauche laïque ne défend pas la liber­té de conscience, qui la défen­dra ? Et com­ment avan­cer vers une socié­té éman­ci­pée sans garan­tir fer­me­ment la liber­té de conscience ?

De l’autre, repla­cer encore et tou­jours la ques­tion sociale au centre, uni­fier autour de cette ques­tion sociale, ce pré­ci­sé­ment que la mino­ri­té finan­cière redoute le plus, car comme le disait un vieux bar­bu « la lutte des classes est le moteur de l’Histoire ». Et l’Histoire l’a démon­tré à de mul­tiples reprises, c’est lorsque la lutte des classes est menée par les exploi­tés ras­sem­blés que les cur­seurs bougent dans le bon sens pour toute la socié­té !

Bref, les défen­seurs de la laï­ci­té peuvent comp­ter sur le par­ti com­mu­niste, hier, aujourd’hui comme demain, y com­pris pour por­ter des pro­po­si­tions ration­nelles à même d’apaiser le débat telle que la créa­tion d’un obser­va­toire local de la laï­ci­té. »

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