Éric Hours : « Tout remettre à plat pour offrir une vraie alternative en 2028 » à la Région

Par Manuel Pavard

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Éric Hours est conseiller régional d'Auvergne-Rhône-Alpes, élu au sein du groupe Communistes, insoumis et citoyens (CIC), depuis 2021.
Cinq ans après son élection au conseil régional d'Auvergne-Rhône-Alpes, Éric Hours, élu au sein du groupe Communistes, insoumis et citoyens (CIC), dresse un premier bilan de son mandat. Avec d'un côté, de réelles avancées obtenues par son groupe, malgré une marge de manœuvre très limitée ; de l'autre, le "glissement" politique très net de la majorité régionale vers la droite et l'extrême droite. Dans ce contexte, la gauche aura de gros défis à relever, selon le conseiller régional communiste, qui se projette sur les élections régionales 2028, sans éluder l'épineuse question des alliances.

Le Tra­vailleur alpin — Cinq ans après ton arri­vée à la Région, quel bilan tires-tu de l’ac­tion du groupe CIC ?

Éric Hours — On est un groupe mino­ri­taire, donc on ne peut évi­dem­ment pas chan­ger la ligne poli­tique de la majo­ri­té régio­nale. Mais en tant qu’é­lus com­mu­nistes, on a une cré­di­bi­li­té his­to­rique qui est recon­nue. Sur Ven­co­rex, par exemple, on n’a pas gagné mais on a quand même bataillé avec la Région pour qu’elle vote le vœu. Et puis, on a réus­si à faire avan­cer cer­tains dos­siers dans d’autres domaines. Je pense notam­ment au com­merce de proxi­mi­té en milieu rural. Au départ, la Région aidait sur­tout à l’investissement. On a obte­nu qu’elle puisse aus­si inter­ve­nir sur le fonc­tion­ne­ment, parce qu’un petit com­merce dans un vil­lage de 300 ou 400 habi­tants peut avoir besoin de quelques mil­liers d’euros pour sur­vivre. Sans ce sou­tien, les habi­tants doivent par­fois faire quinze kilo­mètres pour ache­ter du pain.

Sur la san­té (l’une de mes trois com­mis­sions, avec l’é­co­no­mie et les rela­tions inter­na­tio­nales), on a éga­le­ment gagné la créa­tion d’un grou­pe­ment d’intérêt public consa­cré au recru­te­ment et à l’installation de pro­fes­sion­nels. La Région a ain­si recru­té vingt-et-un pro­fes­sion­nels, dont neuf méde­cins, trois infir­mières, des gyné­co­logues, des sages-femmes… Ce qui est une bonne chose. Quant aux mai­sons et centres de san­té, main­te­nant, on réclame un bilan : com­bien sont réel­le­ment occu­pés, dans quels ter­ri­toires, avec quels pro­fes­sion­nels ? La Région pré­tend qu’elle par­ti­cipe au maillage du ter­ri­toire mais on doit pou­voir le mesu­rer. Ça fait quatre ans que je demande un état des lieux… Tou­jours rien !

Sur le volet éco­no­mique, que reproches-tu prin­ci­pa­le­ment à la poli­tique régio­nale ?

On n’est pas oppo­sé aux aides aux entre­prises. La Région est chef de file en matière éco­no­mique, donc c’est une de ses res­pon­sa­bi­li­tés. Le pro­blème, c’est l’évaluation. La Région parle, par exemple, de mil­liers d’emplois créés grâce à ses dis­po­si­tifs et d’un effet de levier sur l’investissement pri­vé. Ok mais on aime­rait savoir pré­ci­sé­ment com­bien d’emplois ont été créés, com­bien ont été main­te­nus, ce que deviennent les sala­riés lorsque l’entreprise ferme ou délo­ca­lise…

On peut citer aus­si le « pack relo­ca­li­sa­tion », doté d’un mil­liard d’eu­ros sur le man­dat — pour rap­pel, le bud­get de la Région est de 4,8 mil­liards par an — et qui est assez emblé­ma­tique. Glo­ba­le­ment, il y a beau­coup de dis­po­si­tifs, par­fois pour quelques dizaines de mil­liers d’eu­ros. On ne conteste pas for­cé­ment les aides indi­vi­duel­le­ment, mais on veut connaître leur fina­li­té. L’argent public doit ser­vir à quelque chose et il faut pou­voir en rendre compte aux habi­tants.

Éric Hours aux côtés de Lau­rence Ruf­fin, lors d’un débat sur l’in­dus­trie pen­dant la cam­pagne muni­ci­pale, à la fédé­ra­tion PCF.

Tu as l’im­pres­sion que l’exé­cu­tif régio­nal a évo­lué poli­ti­que­ment, depuis le début du man­dat ?

Oui, il y a eu un glis­se­ment idéo­lo­gique de la majo­ri­té régio­nale, qui s’est beau­coup dépla­cée vers la droite, avec une place de plus en plus impor­tante don­née aux ques­tions de sécu­ri­té et à des thèmes qui étaient aupa­ra­vant por­tés par l’extrême droite. On a vrai­ment l’impression que cer­tains élus de droite cherchent à cou­rir der­rière elle. Mais à force de reprendre les idées de l’extrême droite, on peut se deman­der pour­quoi les élec­teurs choi­si­raient la copie plu­tôt que l’original.

Glo­ba­le­ment, c’est un peu toute l’as­sem­blée régio­nale qui glisse de plus en plus à droite. Il y a des choses qu’on n’aurait pas vues ou enten­dues avant : une élue Recon­quête qui cite Bra­sillach en assem­blée plé­nière, le por­trait de Quen­tin Deranque affi­ché sur la façade de l’hô­tel de région… Les pas­se­relles avec l’extrême droite sont de plus en plus visibles, le cor­don sani­taire est en train de dis­pa­raître. Et à côté de ça, on a un Ras­sem­ble­ment natio­nal de plus en plus décom­plexé.

Quel rôle joue Laurent Wau­quiez dans tout cela ?

Aujourd’­hui, Laurent Wau­quiez est offi­ciel­le­ment conseiller spé­cial de Fabrice Pan­ne­koucke, un poste qui a été créé spé­cia­le­ment pour lui et qui n’existe qu’ici. Mais le vrai pré­sident, c’est lui. En fait, pour Wau­quiez, l’ex­pé­rience Auvergne-Rhône-Alpes est d’a­bord un labo­ra­toire au ser­vice de ses ambi­tions poli­tiques natio­nales.

Concrè­te­ment, com­ment se mani­feste cette droi­ti­sa­tion ?

Pre­nons le cas de la culture, qui l’illustre très bien. Le bud­get peut res­ter stable en valeur nomi­nale, mais avec l’inflation, cela signi­fie déjà une baisse en termes réels. Et sur­tout, les choix effec­tués dans les sub­ven­tions ne sont pas neutres. Il y a une véri­table orien­ta­tion poli­tique de la part de la majo­ri­té, qui mène vrai­ment une bataille idéo­lo­gique. On le voit avec l’exemple très par­lant de la scan­da­leuse sub­ven­tion pour « Mur­mures de la cité », à Mou­lins [NDLR : spec­tacle révi­sion­niste pro­mou­vant les valeurs du catho­li­cisme inté­griste et de l’ex­trême droite iden­ti­taire mais pour­tant sub­ven­tion­né par la Région, ce qui pro­vo­qué une vive polé­mique et une forte mobi­li­sa­tion des col­lec­tifs laïques et anti­fas­cistes, des syn­di­cats, des par­tis et élus de gauche].

Le groupe CIC a éga­le­ment cri­ti­qué la poli­tique régio­nale en matière d’a­dap­ta­tion au chan­ge­ment cli­ma­tique…

Il faut dis­tin­guer l’urgence et la poli­tique de long terme. Quand il fait très chaud dans une école ou un éta­blis­se­ment de san­té, ins­tal­ler de la cli­ma­ti­sa­tion, comme l’a fait la Région, peut être néces­saire. Mais face au au chan­ge­ment cli­ma­tique, ins­tal­ler des cli­ma­ti­seurs, c’est un pan­se­ment sur une jambe de bois. Ça ne règle rien sur le fond et ça ne fait pas une poli­tique. Dans les lycées, par exemple, il faut adap­ter les bâti­ments, tra­vailler sur l’isolation, l’urbanisme, les maté­riaux, les espaces végé­ta­li­sés.

La même chose vaut pour les forêts. Il faut réflé­chir dès main­te­nant aux essences qui seront capables de sup­por­ter le cli­mat de demain, à la ges­tion de l’eau et à la pré­ven­tion des incen­dies. On ne peut pas attendre que les pro­blèmes arrivent pour réagir.

Mais ce côté déma­go­gique, c’est assez typique de la droite. Je rap­pelle que tous les élus LR de la région ont voté pour la loi Duplomb… Même le dépu­té Yan­nick Neu­der qui est pour­tant car­dio­logue, alors que l’Ordre des méde­cins et tous les syn­di­cats de méde­cins géné­ra­listes ont dit que cette loi était nocive pour les gens.

Aux côtés d’An­nie David, de Cécile Dhai­naut, et du séna­teur PCF Fabien Gay, à Crolles, en sou­tien aux sala­riés de Teis­seire.

Sur ces ques­tions éco­lo­giques, vos posi­tions peuvent pour­tant diver­ger de celles d’autres com­po­santes de la gauche, notam­ment sur l’industrie. Pour­quoi ?

Parce qu’on pense qu’il faut réin­dus­tria­li­ser la région et le pays. Mais il ne s’agit évi­dem­ment pas de reve­nir à l’industrie du XIXe siècle. Il faut pro­duire autre­ment, réduire les pol­lu­tions et anti­ci­per les trans­for­ma­tions cli­ma­tiques. On a par­fois des désac­cords avec les éco­lo­gistes sur la manière d’aborder cer­tains pro­jets indus­triels ou éner­gé­tiques. Pour nous, il faut être capables de regar­der l’ensemble de la ques­tion : quels emplois, quelle pro­duc­tion, quelles consé­quences envi­ron­ne­men­tales, quels trans­ports, quelle consom­ma­tion d’énergie ? On ne peut pas sim­ple­ment oppo­ser indus­trie et éco­lo­gie.

Dans une région comme la nôtre, il faut aus­si se deman­der com­ment on trans­porte les matières pre­mières et les mar­chan­dises. Si on ins­talle une nou­velle acti­vi­té indus­trielle mais que tout doit ensuite être trans­por­té par camion, on n’a pas réglé le pro­blème. Il faut donc pen­ser les infra­struc­tures en même temps que les pro­jets.

Même constat sur l’énergie ?

Oui, les besoins vont aug­men­ter avec les véhi­cules élec­triques, les pompes à cha­leur, la cli­ma­ti­sa­tion… Il faut donc réflé­chir à un mix éner­gé­tique. Mais il n’y a pas une seule solu­tion qui per­met­tra de répondre à tous les besoins. Après, ça ne signi­fie pas qu’il ne faut rien faire sur les renou­ve­lables, sim­ple­ment qu’il faut avoir une vision glo­bale, notam­ment sur l’hydroélectricité et la ges­tion de l’eau. Et sur­tout, il faut arti­cu­ler la ques­tion éner­gé­tique avec celle de l’industrie et de l’aménagement du ter­ri­toire.

Ces diver­gences pèse­ront-elles dans la pers­pec­tive des élec­tions régio­nales de 2028 ?

For­cé­ment. Mais c’est jus­te­ment pour ça qu’il faut com­men­cer le tra­vail suf­fi­sam­ment tôt. Je pense qu’il faut tout remettre à plat. Je ne suis pas favo­rable à ce qu’on dise aujourd’hui : « On repart comme en 2021 ». Il faut regar­der le rap­port de forces, les pro­jets et sur­tout ce qu’on veut construire pour la région.

En 2021, on a fait une alliance qui n’a pas per­mis à la gauche d’obtenir le résul­tat espé­ré. Les dis­cus­sions avaient été longues et au final, beau­coup de choses se sont déci­dées tar­di­ve­ment. Pour la pro­chaine élec­tion, on devra d’a­bord défi­nir quelques grands axes qui pour­raient consti­tuer le socle d’une nou­velle majo­ri­té : les trans­ports, l’aménagement du ter­ri­toire, les ser­vices publics, la for­ma­tion, l’industrie… Et ensuite seule­ment, regar­der quelles forces peuvent se retrou­ver autour de ce pro­jet. L’objectif, c’est de construire une véri­table alter­na­tive, pas sim­ple­ment d’additionner des logos.

Est-ce que ça veut dire que tu ne sou­haites pas recon­duire obli­ga­toi­re­ment l’al­liance entre le PCF et LFI ?

Je ne dis pas qu’il ne faut pas tra­vailler avec les Insou­mis. Mais plu­tôt qu’il ne faut pas consi­dé­rer que l’alliance de 2021 est auto­ma­ti­que­ment recon­duite. Donc regar­dons ce qu’elle nous a appor­té et ce qu’elle n’a pas per­mis de faire.

En tant que com­mu­nistes, il faut aus­si qu’on soit capables de tra­vailler avec les socia­listes, les éco­lo­gistes et les autres forces de gauche, en fonc­tion des pro­jets. Les dis­cus­sions doivent par­tir des besoins de la région et des habi­tants. Car on a des désac­cords mais aus­si des choses en com­mun. Je pense notam­ment aux trans­ports. Une région comme Auvergne-Rhône-Alpes doit avoir une véri­table poli­tique publique des trans­ports, acces­sible à tous. C’est un enjeu de pou­voir d’achat, mais aus­si d’aménagement du ter­ri­toire et de tran­si­tion éco­lo­gique.

Inter­ven­tion d’É­ric Hours, entou­ré des élu·es et militant·es com­mu­nistes (Syl­vette Rochas, Jéré­mie Gio­no, Aman­dine Demore, Jad Hal­wa­ni) à la fête du Tra­vailleur alpin 2026, à Saint-Égrève.

Tu entends jus­te­ment ren­for­cer le tra­vail des élus com­mu­nistes dans les douze dépar­te­ments de la région…

Oui. Nous sommes en train de déve­lop­per des liens entre les élus et les fédé­ra­tions com­mu­nistes des dif­fé­rents dépar­te­ments. On veut aller dans les ter­ri­toires, faire le bilan de ce qui a été fait depuis le début du man­dat et regar­der ce qui manque. L’idée est de construire un véri­table fil rouge de la poli­tique com­mu­niste à l’échelle régio­nale.

Auvergne-Rhône-Alpes compte près de neuf mil­lions d’habitants. C’est une région immense, avec des réa­li­tés très dif­fé­rentes. Il faut donc être capable de construire un pro­jet com­mun sans oppo­ser l’Auvergne aux ter­ri­toires rhô­nal­pins, ni les zones rurales aux métro­poles. Les régions peuvent aus­si être des contre-pou­voirs. Quelle que soit la majo­ri­té qui sor­ti­ra des pro­chaines élec­tions natio­nales, il fau­dra des col­lec­ti­vi­tés capables de por­ter d’autres poli­tiques. On doit donc com­men­cer à tra­vailler dès main­te­nant.

Et toi-même, envi­sages-tu de repar­tir en 2028 ?

Les cama­rades sou­haitent que je reparte. Et pour ma part, je met­trai ma can­di­da­ture à dis­po­si­tion du par­ti pour faire un nou­veau man­dat qui sera le der­nier. Je le fais parce que je pense avoir aujourd’hui une connais­sance de la Région et des dos­siers que je n’avais pas au début du man­dat. Je connais mieux les ter­ri­toires, les méca­nismes régio­naux, les inter­lo­cu­teurs… Mais l’essentiel, ce n’est pas ma can­di­da­ture per­son­nelle, c’est le tra­vail col­lec­tif que nous devons construire pour pro­po­ser une autre poli­tique régio­nale.

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