Les mathématiques, féminin pluriel ?
Par Travailleur Alpin
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Une étude menée sur près de trois millions d’enfants scolarisés en France entre 2018 et 2022 révèle que filles et garçons ont les mêmes performances en mathématiques à l’entrée au CP, mais qu’un écart se creuse dès le CE1 en faveur des garçons. Catherine Thevenot précise : « Cet écart est observé sur l’ensemble du territoire français, indépendamment du milieu socioéconomique, quel que soit le type d’écoles ou de pédagogies. Aucun lien n’étant établi entre facteurs biologiques et compétences mathématiques, ce sont très probablement des facteurs sociétaux qui sont responsables de cet écart de performances. »
Des stéréotypes véhiculés par la société, l’école et les familles
Le facteur prédominant d’explication de l’infériorité des filles en mathématiques sont des stéréotypes de genre véhiculés par la société, l’école et les familles. « Les parents ont tendance à accorder une importance plus grande aux mathématiques dans le parcours éducatif de leurs fils, matière clef pour leur réussite future. Ils attribuent à un travail assidu et constant la réussite de leurs filles en maths et la réussite de leurs fils à un talent naturel. Les parents sont plus enclins à pratiquer avec les garçons des jeux liés aux maths comme des jeux de dés ou de comptage. Ils s’engagent aussi plus souvent dans des explications et des discussions de phénomènes scientifiques. Les garçons acquièrent ainsi une familiarité et une aisance qui renforcent leur confiance et leur auto-efficacité en maths. À l’école les enseignants ne sont pas à l’abri de biais de leur perception des compétences mathématiques des élèves en fonction de leur genre. Les garçons reçoivent souvent des encouragements plus spécifiques, ou des commentaires plus constructifs que les filles. Des stéréotypes de genre de la part des conseillers d’orientation pourraient biaiser leurs recommandations en orientant davantage les filles vers des carrières liées aux soins ou aux disciplines non scientifiques. »
Une « faiblesse » intériorisée
Ce stéréotype de la réussite en maths fréquemment perçue comme typiquement masculine, bien que remis en question par la recherche scientifique, influence les comportements, choix et performances des filles en maths. Elles intériorisent l’idée qu’elles sont moins fortes que les garçons. Catherine Thevenot évoque les conséquences de cette intériorisation : « Il existe un lien direct entre les croyances sur ses propres compétences dans un domaine et les performances dans ce domaine, au-delà des compétences réelles des individus. Cela freine forcément les ambitions des filles dans les carrières scientifiques. Cela engendre une certaine anxiété vis-à-vis de cette discipline. »
10% des postes de mathématiques fondamentales
À performance égale les statistiques révèlent que les femmes sont moins représentées dans les filières académiques Science, Technologie, Ingéniérie et Mathématiques : autour de 30% en classes préparatoires scientifiques ou en écoles d’ingénieurs, 12% à l’X (École polytechnique) et 15% à l’École centrale, puis moins de 20% des postes de chargées de recherche et moins de 10% des postes de professeures de mathématiques fondamentales ! Parmi les équivalents du prix Nobel, qui n’existe pas pour les mathématiques, la médaille Fields, décernée tous les quatre ans depuis 1936, a récompensé deux femmes sur l’ensemble des 80 lauréats : l’Iranienne Maryam Mirzakhani et l’Ukrainienne Maryna Viazovska. Le prix Abel, décerné annuellement depuis 2001 a récompensé une seule femme : l’Américaine Karen Uhlenbeck.
La lutte contre les stéréotypes réside dans une meilleure information des familles, des enseignants et bien sûr des enfants dès le plus jeune âge.
Catherine Thevenot a donné une conférence « Non, vous n’avez pas toujours été nuls en maths » dans le cadre du cycle « 1 heure de psy », proposé par Laurent Bègue-Shankland, professeur de psychologie sociale et directeur de la Maison des sciences de l’homme, en partenariat avec la bibliothèque de Grenoble. Elle est l’autrice de Des Mythes en Maths : brisons nos préjugés sur les mathématiques paru en 2025 aux éditions Tom Pousse.
Alain Allosio
Je dédie cet article à la mémoire de notre amie Claudine Kahane, grande scientifique astrophysicienne : que les étoiles lui soient douces !


