Grenoble. « Coopérer, protéger, inventer » : les cent premiers jours de Laurence Ruffin
Par Manuel Pavard
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Mi-juillet, Laurence Ruffin, élue officiellement maire de Grenoble lors du conseil municipal du 27 mars, dépassait la barre des cent premiers jours du mandat. Un cap symbolique mais pas seulement. Car durant la campagne, l’édile avait pris un certain nombre d’engagements sur les actions réalisables dans les semaines suivant son élection, plus particulièrement dans ce laps de temps précis. Une première séquence chargée de donner le ton et poser les bases de la politique municipale.

À la veille de la rentrée, Laurence Ruffin a donc convoqué la presse à la Maison des habitants centre-ville, rue du Vieux-Temple, afin de faire le bilan de ces cent jours, aux côtés d’Isabelle Peters, adjointe à la mémoire et à l’international, et Vincent Berlandis, adjoint à la coopération, à la fabrique citoyenne de la ville et la transformation de l’action publique. L’occasion de détailler les réalisations articulées autour du triptyque « coopérer, protéger et inventer ». Trois piliers qui, selon la maire, guident et guideront l’intégralité de son mandat.
Temps de rencontre et maisons du quotidien
Le premier d’entre eux vise à développer « la proximité et l’écoute envers les habitants ». Exemple, l’ouverture des portes de la mairie, le 20 juin dernier. L’objectif était de « décloisonner, changer les relations entre l’institution et les habitants, en instaurant un dialogue permanent », explique Vincent Berlandis. C’est également dans ce cadre que la nouvelle équipe municipale a réuni le 21 mai, au Palais des sports, les agents de la ville et du CCAS, pour un temps d’échange et de présentation. De même, une quarantaine d’habitants ont participé, le 7 juillet, à l’hôtel de ville, à un atelier sur le fonctionnement du budget municipal.
Toujours dans cette même logique, la ville de Grenoble a aussi lancé « l’expérimentation des maisons du quotidien », poursuit l’élu. Il s’agit d’une « unité mobile, adossée aux maisons des habitants », qui mettra en lien citoyens, associations, bailleurs sociaux… « Par exemple pour organiser des visites thématiques de quartiers ou identifier les difficultés rencontrées dans l’espace public », précise-t-il. Le lancement du dispositif est prévu vers la fin septembre dans le centre-ville, avant une généralisation progressive aux autres secteurs en 2027. « C’est la première brique de proximité du dispositif d’interpellation. » Vincent Berlandis évoque en outre le comité de pilotage sur l’épargne citoyenne, projet que souhaite développer la mairie. Laquelle rencontre actuellement des collectivités, des acteurs de la finance solidaires et des plateformes nationales et internationales.
Sécurité et prévention, au carrefour de la coopération et de la protection
L’axe « coopérer » concerne enfin les actions menées par la municipalité dans le domaine de l’international et de l’hospitalité. Isabelle Peters cite ainsi « le réseau Anvita (Association nationale des villes et territoires accueillants) que Grenoble a contribué à créer et dont Laurence Ruffin a pris la coprésidence », aux côtés du député européen Damien Carême. La ville de Grenoble va par ailleurs accompagner la tournée de projections du film Welcome to Europe, sur les parcours migratoires, « qui permettra de lancer le débat avec le grand public et les réalisateurs ».

Parmi les actions entreprises, certaines se situent au carrefour de plusieurs des piliers précités, à l’image de la politique de sécurité et de prévention. Celle-ci concerne en effet la coopération, la municipalité agissant en « lien étroit » avec le procureur de la République, la préfète de l’Isère et la police nationale. Mais aussi la protection, à savoir « la question de vivre en sécurité dans la ville », souligne Laurence Ruffin. La maire vante « le gros travail effectué depuis le début du mandat, avec notamment le lancement du GLTD (Groupe local de traitement de la délinquance) à Hoche, sous l’impulsion du procureur, ou le recrutement de cinquante policiers municipaux ». Une mobilisation qui s’est traduite aussi par ses « deux rencontres avec Laurent Nuñez et Sébastien Lecornu ». Sans oublier le volet prévention, avec le recrutement de nouveaux médiateurs et médiatrices.
Coup de pouce aux familles monoparentales et aux femmes enceintes
Plusieurs mesures ont été prises dans le cadre du deuxième pilier mis en avant par Laurence Ruffin, « une ville qui protège et améliore le quotidien ». La ville apporte ainsi « un soutien poussé aux personnes en grande précarité, notamment aux familles monoparentales, qui représentent 35 % des familles à Grenoble et dont 60 % sont en-dessous du seuil de bas revenus », indique Isabelle Peters. D’où la nouvelle tarification sociale baptisée « coup de pouce famille monoparentale », qui permet une réduction des tarifs de restauration scolaire et d’accueil périscolaire du soir. Autre aide apportée aux familles monoparentales, la priorité dans les demandes d’entrée en crèche : une vingtaine de familles supplémentaires en ont bénéficié lors de la commission d’admission de juillet.
L’élue communiste loue également la mise en place des « ordonnances vertes » à destination des femmes enceintes. « Le dispositif prévoit des ateliers autour de l’alimentation, des perturbateurs endocriniens, et une distribution de paniers de fruits et légumes bio », détaille-t-elle. Le tout grâce à « un partenariat entre la ville, la CPAM, la CAF, le département, l’AGECSA et les professionnels de santé ». Objectif : favoriser une alimentation saine et accessible pendant la grossesse. L’expérimentation sera menée sur le secteur 6 pendant cinq mois, puis généralisée en cas de succès.

Isabelle Peters mentionne enfin le projet « Jeunes en montagne » lancé par la ville de Grenoble, afin de faciliter l’accès des jeunes Grenoblois et Grenobloises aux massifs alpins qui les entourent. Grâce à ce dispositif doté d’un budget de 24 000 euros, « 390 jeunes ont pu partir en immersion à la montagne cette année, avec des nuitées dans des refuges, dans des gîtes ou en bivouac ; certains dans le cadre scolaire, d’autres issus d’associations socioculturelles », se félicite l’adjointe.
« On a la volonté que, même l’été, Grenoble soit agréable à vivre. »
Le troisième pilier, « inventer », est lié aux solutions que Grenoble doit imaginer et mettre en œuvre pour « préparer l’avenir, dans une ville particulièrement touchée par le réchauffement climatique », rappelle Laurence Ruffin. « On a la volonté que, même l’été, Grenoble soit agréable à vivre. » Ce qui suppose de s’attaquer aux « vraies inégalités » existant entre les habitants, sur le fait de partir en vacances ou non, de vivre dans un logement isolé ou dans une passoire thermique, de disposer d’une terrasse, d’un jardin ou d’habiter un logement sans balcon, etc.

L’anticipation du changement climatique se traduit à la fois par des politiques d’atténuation et d’adaptation, toutes étant indispensables. Les élu·es citent ainsi la mobilisation du CCAS, qui a créé une équipe citoyenne dédiée à la « vigilance canicule », mêlant bénévoles et agents volontaires du CCAS. L’objectif est de renforcer la veille auprès des publics les plus sensibles aux fortes chaleurs, en particulier les personnes âgées isolées.
« Un parc à moins de cinq minutes à pied »
La question de l’accès à l’eau est elle aussi prioritaire, comme en témoigne l’ouverture élargie de la piscine Jean-Bron, 220 jours par an. Ceci pour « augmenter l’offre de nage et renforcer l’apprentissage de la natation, notamment pour les enfants scolarisés », justifie Isabelle Peters. Plus de baignade donc, mais aussi plus d’espaces verts. La ville a ainsi tenu son engagement : « aujourd’hui, chaque Grenoblois dispose d’un parc ou espace vert à moins de cinq minutes à pied de chez lui », affirme la majorité. Illustration : le nouveau square Lilian-Dejean inauguré en mai dernier, rue Mallifaud, ou l’extension du parc Flaubert.
La lutte contre le réchauffement climatique se décline également dans la réhabilitation des écoles, avec de plus en plus de cours végétalisées, à l’instar de l’école des Trembles dont les élèves ont beaucoup mieux supporté la canicule. « Il reste encore un grand nombre d’écoles à végétaliser », reconnaît néanmoins Vincent Berlandis, qui évoque l’ambition de la mairie consistant à « permettre aux Grenoblois d’utiliser les cours d’école pendant les vacances ». L’élu et sa consœur Isabelle Peters n’oublient pas non plus l’ouverture et l’inauguration festive de la cour Perret, qui a rouvert ses portes début juillet, ou encore la transformation de l’accueil du Museum.
« Un autre période qui va aboutir au plan de mandat »
Au final, assure Laurence Ruffin, « on a réalisé quasiment tous nos engagements des cent jours ». Reste notamment la baignade dans l’Isère, prévue initialement le 30 août et in fine reportée au 12 septembre. Un simple « décalage », promet la maire, saluant le travail effectué pour garantir les conditions d’une baignade en sécurité. Autre sujet encore en cours, celui concernant l’hébergement, dont le nombre de places a augmenté. « Un travail sur la vacance des bâtiments » est actuellement mené, confie l’édile. Ce qui doit conduire au lancement effectif des brigades de réquisition, à l’automne prochain.

Vincent Berlandis le concède toutefois, « les politiques publiques prennent du temps et ce n’est pas en cent jours qu’on peut transformer une ville ». Cela se déroule « sur le temps long » en effet. Et « maintenant s’ouvre une autre période qui va aboutir au plan de mandat », abonde Laurence Ruffin. Une feuille de route qui permettra de poursuivre et déployer les expérimentations : développement des maisons du quotidien, nouvelles séances du budget communal dans les quartiers, poursuite des actions de fraîcheur, renouvellement des séjours montagne, développement de l’offre de piscine, soutien aux familles monoparentales, mobilisation du patrimoine existant…


