Grenoble. « Coopérer, protéger, inventer » : les cent premiers jours de Laurence Ruffin

Par Manuel Pavard

/

Image principale
Isabelle Peters, adjointe à la mémoire et à l'international, Laurence Ruffin, maire de Grenoble, et Vincent Berlandis, adjoint à la coopération, à la fabrique citoyenne de la ville et la transformation de l’action publique, ont fait le bilan des 100 jours, à la Maison des habitants centre-ville.
Laurence Ruffin dressait, ce lundi 31 août, un premier bilan des cent premiers jours de son mandat. La maire de Grenoble et ses adjoint·es Isabelle Peters et Vincent Berlandis ont fait le point sur les actions et projets engagés, au regard des engagements pris pendant la campagne, tout en évoquant leur feuille de route pour les mois à venir. Des mesures articulées autour des trois piliers "coopérer, protéger et inventer".

Mi-juillet, Lau­rence Ruf­fin, élue offi­ciel­le­ment maire de Gre­noble lors du conseil muni­ci­pal du 27 mars, dépas­sait la barre des cent pre­miers jours du man­dat. Un cap sym­bo­lique mais pas seule­ment. Car durant la cam­pagne, l’é­dile avait pris un cer­tain nombre d’en­ga­ge­ments sur les actions réa­li­sables dans les semaines sui­vant son élec­tion, plus par­ti­cu­liè­re­ment dans ce laps de temps pré­cis. Une pre­mière séquence char­gée de don­ner le ton et poser les bases de la poli­tique muni­ci­pale.

Lau­rence Ruf­fin se féli­cite des actions entre­prises depuis le début de son man­dat, lun­di 31 août, à la MDH centre-ville.

À la veille de la ren­trée, Lau­rence Ruf­fin a donc convo­qué la presse à la Mai­son des habi­tants centre-ville, rue du Vieux-Temple, afin de faire le bilan de ces cent jours, aux côtés d’I­sa­belle Peters, adjointe à la mémoire et à l’in­ter­na­tio­nal, et Vincent Ber­lan­dis, adjoint à la coopé­ra­tion, à la fabrique citoyenne de la ville et la trans­for­ma­tion de l’action publique. L’oc­ca­sion de détailler les réa­li­sa­tions arti­cu­lées autour du trip­tyque « coopé­rer, pro­té­ger et inven­ter ». Trois piliers qui, selon la maire, guident et gui­de­ront l’in­té­gra­li­té de son man­dat.

Temps de rencontre et maisons du quotidien

Le pre­mier d’entre eux vise à déve­lop­per « la proxi­mi­té et l’é­coute envers les habi­tants ». Exemple, l’ou­ver­ture des portes de la mai­rie, le 20 juin der­nier. L’ob­jec­tif était de « décloi­son­ner, chan­ger les rela­tions entre l’ins­ti­tu­tion et les habi­tants, en ins­tau­rant un dia­logue per­ma­nent », explique Vincent Ber­lan­dis. C’est éga­le­ment dans ce cadre que la nou­velle équipe muni­ci­pale a réuni le 21 mai, au Palais des sports, les agents de la ville et du CCAS, pour un temps d’é­change et de pré­sen­ta­tion. De même, une qua­ran­taine d’ha­bi­tants ont par­ti­ci­pé, le 7 juillet, à l’hô­tel de ville, à un ate­lier sur le fonc­tion­ne­ment du bud­get muni­ci­pal.

Tou­jours dans cette même logique, la ville de Gre­noble a aus­si lan­cé « l’ex­pé­ri­men­ta­tion des mai­sons du quo­ti­dien », pour­suit l’é­lu. Il s’a­git d’une « uni­té mobile, ados­sée aux mai­sons des habi­tants », qui met­tra en lien citoyens, asso­cia­tions, bailleurs sociaux… « Par exemple pour orga­ni­ser des visites thé­ma­tiques de quar­tiers ou iden­ti­fier les dif­fi­cul­tés ren­con­trées dans l’es­pace public », pré­cise-t-il. Le lan­ce­ment du dis­po­si­tif est pré­vu vers la fin sep­tembre dans le centre-ville, avant une géné­ra­li­sa­tion pro­gres­sive aux autres sec­teurs en 2027. « C’est la pre­mière brique de proxi­mi­té du dis­po­si­tif d’in­ter­pel­la­tion. » Vincent Ber­lan­dis évoque en outre le comi­té de pilo­tage sur l’é­pargne citoyenne, pro­jet que sou­haite déve­lop­per la mai­rie. Laquelle ren­contre actuel­le­ment des col­lec­ti­vi­tés, des acteurs de la finance soli­daires et des pla­te­formes natio­nales et inter­na­tio­nales.

Sécurité et prévention, au carrefour de la coopération et de la protection

L’axe « coopé­rer » concerne enfin les actions menées par la muni­ci­pa­li­té dans le domaine de l’in­ter­na­tio­nal et de l’hos­pi­ta­li­té. Isa­belle Peters cite ain­si « le réseau Anvi­ta (Asso­cia­tion natio­nale des villes et ter­ri­toires accueillants) que Gre­noble a contri­bué à créer et dont Lau­rence Ruf­fin a pris la copré­si­dence », aux côtés du dépu­té euro­péen Damien Carême. La ville de Gre­noble va par ailleurs accom­pa­gner la tour­née de pro­jec­tions du film Wel­come to Europe, sur les par­cours migra­toires, « qui per­met­tra de lan­cer le débat avec le grand public et les réa­li­sa­teurs ».

La coopé­ra­tion avec le pro­cu­reur de la Répu­blique Étienne Man­teaux et la police natio­nale est citée en exemple par la mai­rie.

Par­mi les actions entre­prises, cer­taines se situent au car­re­four de plu­sieurs des piliers pré­ci­tés, à l’i­mage de la poli­tique de sécu­ri­té et de pré­ven­tion. Celle-ci concerne en effet la coopé­ra­tion, la muni­ci­pa­li­té agis­sant en « lien étroit » avec le pro­cu­reur de la Répu­blique, la pré­fète de l’I­sère et la police natio­nale. Mais aus­si la pro­tec­tion, à savoir « la ques­tion de vivre en sécu­ri­té dans la ville », sou­ligne Lau­rence Ruf­fin. La maire vante « le gros tra­vail effec­tué depuis le début du man­dat, avec notam­ment le lan­ce­ment du GLTD (Groupe local de trai­te­ment de la délin­quance) à Hoche, sous l’im­pul­sion du pro­cu­reur, ou le recru­te­ment de cin­quante poli­ciers muni­ci­paux ». Une mobi­li­sa­tion qui s’est tra­duite aus­si par ses « deux ren­contres avec Laurent Nuñez et Sébas­tien Lecor­nu ». Sans oublier le volet pré­ven­tion, avec le recru­te­ment de nou­veaux média­teurs et média­trices.

Coup de pouce aux familles monoparentales et aux femmes enceintes

Plu­sieurs mesures ont été prises dans le cadre du deuxième pilier mis en avant par Lau­rence Ruf­fin, « une ville qui pro­tège et amé­liore le quo­ti­dien ». La ville apporte ain­si « un sou­tien pous­sé aux per­sonnes en grande pré­ca­ri­té, notam­ment aux familles mono­pa­ren­tales, qui repré­sentent 35 % des familles à Gre­noble et dont 60 % sont en-des­sous du seuil de bas reve­nus », indique Isa­belle Peters. D’où la nou­velle tari­fi­ca­tion sociale bap­ti­sée « coup de pouce famille mono­pa­ren­tale », qui per­met une réduc­tion des tarifs de res­tau­ra­tion sco­laire et d’ac­cueil péri­sco­laire du soir. Autre aide appor­tée aux familles mono­pa­ren­tales, la prio­ri­té dans les demandes d’en­trée en crèche : une ving­taine de familles sup­plé­men­taires en ont béné­fi­cié lors de la com­mis­sion d’ad­mis­sion de juillet.

L’é­lue com­mu­niste loue éga­le­ment la mise en place des « ordon­nances vertes » à des­ti­na­tion des femmes enceintes. « Le dis­po­si­tif pré­voit des ate­liers autour de l’a­li­men­ta­tion, des per­tur­ba­teurs endo­cri­niens, et une dis­tri­bu­tion de paniers de fruits et légumes bio », détaille-t-elle. Le tout grâce à « un par­te­na­riat entre la ville, la CPAM, la CAF, le dépar­te­ment, l’A­GEC­SA et les pro­fes­sion­nels de san­té ». Objec­tif : favo­ri­ser une ali­men­ta­tion saine et acces­sible pen­dant la gros­sesse. L’ex­pé­ri­men­ta­tion sera menée sur le sec­teur 6 pen­dant cinq mois, puis géné­ra­li­sée en cas de suc­cès.

Élection sénatoriale Isère
La ville de Gre­noble a mis en place un pro­jet d’ac­cès à la mon­tagne pour 390 jeunes Gre­no­blois.

Isa­belle Peters men­tionne enfin le pro­jet « Jeunes en mon­tagne » lan­cé par la ville de Gre­noble, afin de faci­li­ter l’ac­cès des jeunes Gre­no­blois et Gre­no­bloises aux mas­sifs alpins qui les entourent. Grâce à ce dis­po­si­tif doté d’un bud­get de 24 000 euros, « 390 jeunes ont pu par­tir en immer­sion à la mon­tagne cette année, avec des nui­tées dans des refuges, dans des gîtes ou en bivouac ; cer­tains dans le cadre sco­laire, d’autres issus d’as­so­cia­tions socio­cul­tu­relles », se féli­cite l’ad­jointe.

« On a la volon­té que, même l’é­té, Gre­noble soit agréable à vivre. »

Le troi­sième pilier, « inven­ter », est lié aux solu­tions que Gre­noble doit ima­gi­ner et mettre en œuvre pour « pré­pa­rer l’a­ve­nir, dans une ville par­ti­cu­liè­re­ment tou­chée par le réchauf­fe­ment cli­ma­tique », rap­pelle Lau­rence Ruf­fin. « On a la volon­té que, même l’é­té, Gre­noble soit agréable à vivre. » Ce qui sup­pose de s’at­ta­quer aux « vraies inéga­li­tés » exis­tant entre les habi­tants, sur le fait de par­tir en vacances ou non, de vivre dans un loge­ment iso­lé ou dans une pas­soire ther­mique, de dis­po­ser d’une ter­rasse, d’un jar­din ou d’ha­bi­ter un loge­ment sans bal­con, etc.

Les inéga­li­tés entre loge­ments face au réchauf­fe­ment cli­ma­tique, un défi pour la muni­ci­pa­li­té.

L’an­ti­ci­pa­tion du chan­ge­ment cli­ma­tique se tra­duit à la fois par des poli­tiques d’at­té­nua­tion et d’a­dap­ta­tion, toutes étant indis­pen­sables. Les élu·es citent ain­si la mobi­li­sa­tion du CCAS, qui a créé une équipe citoyenne dédiée à la « vigi­lance cani­cule », mêlant béné­voles et agents volon­taires du CCAS. L’ob­jec­tif est de ren­for­cer la veille auprès des publics les plus sen­sibles aux fortes cha­leurs, en par­ti­cu­lier les per­sonnes âgées iso­lées.

« Un parc à moins de cinq minutes à pied »

La ques­tion de l’ac­cès à l’eau est elle aus­si prio­ri­taire, comme en témoigne l’ou­ver­ture élar­gie de la pis­cine Jean-Bron, 220 jours par an. Ceci pour « aug­men­ter l’offre de nage et ren­for­cer l’ap­pren­tis­sage de la nata­tion, notam­ment pour les enfants sco­la­ri­sés », jus­ti­fie Isa­belle Peters. Plus de bai­gnade donc, mais aus­si plus d’es­paces verts. La ville a ain­si tenu son enga­ge­ment : « aujourd’­hui, chaque Gre­no­blois dis­pose d’un parc ou espace vert à moins de cinq minutes à pied de chez lui », affirme la majo­ri­té. Illus­tra­tion : le nou­veau square Lilian-Dejean inau­gu­ré en mai der­nier, rue Mal­li­faud, ou l’ex­ten­sion du parc Flau­bert.

La lutte contre le réchauf­fe­ment cli­ma­tique se décline éga­le­ment dans la réha­bi­li­ta­tion des écoles, avec de plus en plus de cours végé­ta­li­sées, à l’ins­tar de l’é­cole des Trembles dont les élèves ont beau­coup mieux sup­por­té la cani­cule. « Il reste encore un grand nombre d’é­coles à végé­ta­li­ser », recon­naît néan­moins Vincent Ber­lan­dis, qui évoque l’am­bi­tion de la mai­rie consis­tant à « per­mettre aux Gre­no­blois d’u­ti­li­ser les cours d’é­cole pen­dant les vacances ». L’é­lu et sa consœur Isa­belle Peters n’ou­blient pas non plus l’ou­ver­ture et l’i­nau­gu­ra­tion fes­tive de la cour Per­ret, qui a rou­vert ses portes début juillet, ou encore la trans­for­ma­tion de l’ac­cueil du Museum.

« Un autre période qui va aboutir au plan de mandat »

Au final, assure Lau­rence Ruf­fin, « on a réa­li­sé qua­si­ment tous nos enga­ge­ments des cent jours ». Reste notam­ment la bai­gnade dans l’I­sère, pré­vue ini­tia­le­ment le 30 août et in fine repor­tée au 12 sep­tembre. Un simple « déca­lage », pro­met la maire, saluant le tra­vail effec­tué pour garan­tir les condi­tions d’une bai­gnade en sécu­ri­té. Autre sujet encore en cours, celui concer­nant l’hé­ber­ge­ment, dont le nombre de places a aug­men­té. « Un tra­vail sur la vacance des bâti­ments » est actuel­le­ment mené, confie l’é­dile. Ce qui doit conduire au lan­ce­ment effec­tif des bri­gades de réqui­si­tion, à l’au­tomne pro­chain.

La maire et ses deux adjoint·es se sont éga­le­ment pro­je­tés vers les pro­chains mois du man­dat.

Vincent Ber­lan­dis le concède tou­te­fois, « les poli­tiques publiques prennent du temps et ce n’est pas en cent jours qu’on peut trans­for­mer une ville ». Cela se déroule « sur le temps long » en effet. Et « main­te­nant s’ouvre une autre période qui va abou­tir au plan de man­dat », abonde Lau­rence Ruf­fin. Une feuille de route qui per­met­tra de pour­suivre et déployer les expé­ri­men­ta­tions : déve­lop­pe­ment des mai­sons du quo­ti­dien, nou­velles séances du bud­get com­mu­nal dans les quar­tiers, pour­suite des actions de fraî­cheur, renou­vel­le­ment des séjours mon­tagne, déve­lop­pe­ment de l’offre de pis­cine, sou­tien aux familles mono­pa­ren­tales, mobi­li­sa­tion du patri­moine exis­tant…

Partager cet article

Avant de partir

Votre soutien compte pour nous

Le Travailleur alpin vit depuis 1928 grâce à l’engagement de ses lecteurs. Aujourd’hui encore, ce média propose un autre regard sur vos espoirs, vos luttes, vos aspirations. Une voix unique dans la presse d’information départementale.

Pour protéger l’indépendance du Travailleur alpin, assurer son développement, vos dons nous sont précieux – nous assurons leur traitement en partenariat avec la fondation l’Humanité en partage.

Merci d’avance.

Faire un don défiscalisé maintenant

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *