Grenoble. Des collectifs de sans-abri réclament la réquisition de l’ex-hôtel Gallia

Par Manuel Pavard

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Les manifestants rassemblés devant l'ex-hôtel Gallia qui, jusqu'en 2024, hébergeait des familles sans-logis dans le cadre d'une convention avec la préfecture.
Le DAL et plusieurs collectifs de sans-abri de l'agglomération grenobloise organisaient un rassemblement, samedi 30 mai, devant l'ancien hôtel Gallia, dont ils réclament la réquisition. Propriété de la ville de Grenoble et géré par l'Établissement public foncier local (EPFL), ce bâtiment vide comporterait en effet 36 chambres "immédiatement habitables", selon les manifestants.

L’in­ti­tu­lé du ras­sem­ble­ment, figu­rant sur les tracts et affiches, était par­ti­cu­liè­re­ment élo­quent. « Pas de bla­bla, se loger est un droit ! » Une manière pour les col­lec­tifs orga­ni­sa­teurs (inter­col­lec­tif des écoles occu­pées, expul­sés-es du quar­tier de l’Ab­baye, occu­pants-es de la Métro­pole, l’Oa­sis des jeunes, col­lec­tif de femmes sans-abris et de deman­deurs d’a­sile) de mettre les points sur les i : l’heure n’est plus, pour eux, aux dis­cus­sions et négo­cia­tions, mais à l’ac­tion. D’où la mobi­li­sa­tion pro­gram­mée, ce same­di 30 mai, dans un lieu lui non plus pas choi­si au hasard : l’an­cien hôtel Gal­lia, bou­le­vard Maré­chal-Joffre, à deux pas de Cha­vant.

De fait, les mani­fes­tants pour­sui­vaient un double objec­tif. De manière géné­rale, « conti­nuer à mettre la pres­sion » sur les pou­voirs publics concer­nant la réqui­si­tion des loge­ments vides, et plus spé­ci­fi­que­ment, « poin­ter iro­ni­que­ment un bâti­ment qui appar­tient à la mai­rie », indique Manon, mili­tante de l’as­so­cia­tion Droit au loge­ment (DAL 38), co-orga­ni­sa­trice du ras­sem­ble­ment.

« Un cas de figure déjà expérimenté avec la lutte des occupants de la Métro »

Désor­mais fer­mé, l’hô­tel Gal­lia a accueilli jus­qu’en 2024 des familles sans-abri — et sou­vent sans-papiers ou en demande d’a­sile — dans le cadre de plans d’hé­ber­ge­ment d’ur­gence, via une conven­tion pas­sée avec la pré­fec­ture de l’I­sère. Il dis­pose aujourd’­hui de « 36 chambres vides et immé­dia­te­ment habi­tables », selon les col­lec­tifs. Et le bâti­ment est la « pro­prié­té de la ville de Gre­noble, avec une ges­tion par l’EP­FL », explique Manon. Il s’a­git ain­si d’un « cas de figure déjà expé­ri­men­té pour la lutte des occu­pants de la Métro », à savoir un loge­ment situé dans un bâti­ment muni­ci­pal, géré par l’EP­FL du Dau­phi­né.

Cinq col­lec­tifs de sans-abri appe­laient à mani­fes­ter devant l’ex-hôtel Gal­lia.

Pour le DAL et les col­lec­tifs de sans-logis, réqui­si­tion­ner un tel lieu répon­drait en outre à une réelle « urgence ». Pour les occu­pants du siège de la Métro­pole déjà. Sur les quelque 150 per­sonnes — prin­ci­pa­le­ment des livreurs à vélo et leurs familles — pré­sentes au début de l’oc­cu­pa­tion, en novembre der­nier, une grosse cen­taine ont inté­gré leur nou­veau loge­ment. « La der­nière famille ce matin, à Saint-Égrève », pré­cise la mili­tante du DAL. « Mais il reste encore 34 per­sonnes pour les­quelles on n’a plus de pro­po­si­tion de relo­ge­ment », déplore-t-elle.

Pour ces der­nières, les asso­cia­tions sou­haitent que le nou­vel exé­cu­tif métro­po­li­tain « pour­suive la même stra­té­gie ». Avec une crainte tou­te­fois. « La Métro­pole a déjà pas mal fait le tour des loge­ments dis­po­nibles, ces der­niers mois, dans les com­munes volon­taires », sou­ligne Manon, qui évoque une autre piste : « Gre­noble Habi­tat pro­pose une décote de loyer sur des loge­ments sociaux. Il fau­drait qu’une asso­cia­tion fasse l’in­ter­mé­diaire, les loyers étant alors à la charge de la Métro­pole. »

« Autant que les chambres puissent servir à quelque chose »

Autre sérieuse urgence, les écoles occu­pées pour mettre à l’a­bri des enfants à la rue. D’a­près l’in­ter­col­lec­tif des écoles occu­pées, il n’exis­te­rait à ce stade « aucune pro­po­si­tion de solu­tion pour pas­ser l’é­té, contrai­re­ment aux années pré­cé­dentes. Les familles vont peut-être devoir res­ter dans les écoles pen­dant les vacances. »

Réqui­si­tion­ner les 36 chambres de l’ex-hôtel Gal­lia appa­raît donc tout indi­qué aux yeux des col­lec­tifs. En atten­dant que le bâti­ment fasse l’ob­jet d’un nou­veau pro­jet — immo­bi­lier ou autre -, « autant que les chambres puissent ser­vir à quelque chose », estime Manon. Mais qu’en dit le pro­prié­taire ? « Selon la ville de Gre­noble, les chambres sont insa­lubres car il y aurait des nui­sibles », s’é­tonne la mili­tante, cir­cons­pecte. « Même si c’est le cas, il fau­dra bien s’oc­cu­per de ce pro­blème un jour, donc pour­quoi pas main­te­nant ? »

Une idée pour les brigades de réquisition ?

Sur les réseaux sociaux, le DAL 38 iro­nise : « Pas besoin d’al­ler bien loin pour les fameuses ‘bri­gades de réqui­si­tion’ de Mme Ruf­fin : un bâti­ment vide qui appar­tient à la mai­rie est à 650 mètres de l’hô­tel de ville ! » L’as­so­cia­tion fait ici réfé­rence aux bri­gades de réqui­si­tion des loge­ments vacants, pro­messe de cam­pagne dont Lau­rence Ruf­fin a annon­cé le lan­ce­ment immi­nent. Le dis­po­si­tif doit ser­vir à « iden­ti­fier des loge­ments vides », explique Manon. « C’est une pre­mière étape mais des bâti­ments vides, il y en a déjà pas mal qu’on a iden­ti­fiés. »

Pour les mani­fes­tants, fini le « bla­bla » !

Les mili­tants pointent sur­tout une dif­fé­rence stra­té­gique. Selon eux, le dis­po­si­tif vise­rait sur­tout des loge­ments pri­vés. Or, « le pou­voir de réqui­si­tion des maires n’est pas assez fort pour s’at­ta­quer au pri­vé » , affirme Manon. Cela relè­ve­rait ain­si davan­tage des pou­voirs de l’É­tat. Il faut donc, pour­suit-elle, « aller plu­tôt vers des bâti­ments entiers qui appar­tiennent à l’É­tat ou à des col­lec­ti­vi­tés », moyen­nant bien sûr quelques amé­na­ge­ments néces­saires. Et sur ce plan, l’hô­tel Gal­lia vient s’a­jou­ter à la liste des bâti­ments vides déjà recen­sés par le DAL et les col­lec­tifs de sans-logis, après la cité uni­ver­si­taire du Rabot, l’ex-CPAM, rue Magi­not, ou encore l’an­cien centre des impôts de Phi­lip­pe­ville.

Sol­li­ci­tée, la ville de Gre­noble n’a­vait pu être jointe à l’heure de la publi­ca­tion de cet article. Nous publie­rons son point de vue sur l’ex-hôtel Gal­lia et les bri­gades de réqui­si­tion des loge­ments vacants dès que pos­sible.

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