Ancien député de l’Isère, Jean Giard nous a quittés
Par Luc Renaud
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Jean Giard est décédé à l’hôpital de Grenoble dans la matinée du 21 août, à la veille de son centième anniversaire.
Il était né le 30 septembre 1926, à Paris. Dès l’âge de dix ans, il entra au petit séminaire de Saintes (Charente-Maritime) et poursuivit sa formation religieuse au grand séminaire de L’Houmeau. Il se rapprocha alors de la Mission de France, qui regroupait des catholiques soucieux d’une intervention au sein de la classe ouvrière. À l’issue d’un stage à Montceaux-les-Mines, embauché comme maçon, il devint secrétaire du syndicat CGT puis dirigeant de l’union locale de 1952 à 1953.
Le Vatican ayant décidé de fermer le séminaire de la Mission de France pour cause de dérive progressiste, il se vit fermer la possibilité d’être ordonné prêtre-ouvrier. « C’est plus l’Église qui m’a quitté que moi ai quitté l’Église ! En renonçant aux prêtres ouvriers, j’ai pensé qu’elle trahissait une de ses missions fondamentales… », disait-il.

Il se maria le 7 février 1953 avec Françoise Chapuis, alors ouvrière dans la métallurgie de Montceau-les-Mines, et le couple s’établit ensuite à Grenoble. Jean Giard, ouvrier du bâtiment, fut licencié pour activité syndicale : il devint secrétaire de l’union locale CGT en 1956.
C’est en 1954 que Jean Giard adhéra au PCF, parti au sein duquel il assuma rapidement des responsabilités : membre du secrétariat fédéral dès 1961, chargé des ingénieurs, cadres et techniciens et des nouvelles technologies, secrétaire des communistes grenoblois en 1963. Candidat à des différentes élections à Grenoble, il fut élu en 1977 avec la liste conduite par Hubert Dubedout et adjoint aux finances de la ville de 1977 à 1983 puis siégea dans l’opposition aux municipalités Carignon jusqu’en 1995. Il fut élu député de 1986 à 1988, à l’occasion du scrutin législatif organisé à la proportionnelle départementale.
« Pour ma part, je l’ai connu un soir de janvier 1955, au cours d’une modeste réunion publique qu’il animait portant sur l’affrontement militaire qui s’amorçait en Algérie. Nous avons ensuite beaucoup défilé, distribué, collé des affiches, organisé de multiples réunions, débats, colloques et autres soirées culturelles, colloques et animations », se souvient François Perez.

Jean Giard quitta le bureau fédéral du PCF en 1990. En avril 1991, il participa à la création du mouvement Refondations puis devint l’un des animateurs de la coordination nationale des « refondateurs communistes ». Il démissionna du PCF en 1994 tout en participant, dès 1992, à la création du mouvement Go citoyenneté qui se donnait l’objectif de ramener la gauche gauche à la direction de la ville en 1995 – ce qui fut fait avec l’élection du socialiste Michel Destot.
« Il est toujours resté un observateur très attentif de la vie politique », témoigne Jean-Louis Millet, qui fut l’un de ses proches collaborateurs à la mairie de Grenoble, de 1977 à 1983. Jusque dans ses derniers mois, Jean Giard suivait avec assiduité les confrontations d’idées, par exemple « lors des débats du congrès du PCF en juin dernier ». « Il s’était engagé dans la campagne municipale de Laurence Ruffin », rappelle Jean-Louis Millet. « En mars 2026, Jean Giard s’inquiétait encore des résultats des élections municipales Grenoble et soutenait ardemment la liste de rassemblement conduite par Laurence Ruffin », renchérit François Perez. Chaque jour, il lisait la presse quotidienne. Et « il suivait chaque étape du Tour de France à la télé. », sourit François.

Toujours syndiqué à la CGT, Jean Giard s’était en outre investi dans le tissu associatif en occupant la vice-présidence France Alzheimer Isère. Il créa l’association Alerte 38 dont la raison d’être est la promotion de la citoyenneté des personnes âgées et du vivre ensemble intergénérationnel. Jean Giard, parmi les nombreux ouvrages dont il fut l’auteur ou le co-auteur, avant publié en 2018 Vieillissement et citoyenneté, aux éditions l’Harmattan. Ainsi en janvier 2026, « il a offert son témoignage à des étudiants brésiliens venus prendre part à un colloque sur le grand âge organisé par l’université de Grenoble », note François Perez.
Ceux qui l’ont connu garderont le souvenir d’un homme « d’une très grande modestie et d’une brillante lucidité », souligne Jean-Louis Millet. Un homme qui savait se ressourcer dans la nature, et plus particulièrement dans le Vercors dont il était tombé amoureux. « C’était un grand voyageur », dit encore Jean-Louis Millet. L’Afrique, l’Asie, l’Europe… une curiosité qui l’amenait par delà les frontières.
À ses enfants, Claire, Thérèse et Jean-Pierre, la rédaction du Travailleur alpin présente ses condoléances attristées.
À l’heure où nous écrivons ces lignes, la date des obsèques de Jean Giard n’était pas encore connue.




