Ancien député de l’Isère, Jean Giard nous a quittés

Par Luc Renaud

/

Image principale
Jean Giard et François Perez, à l'arrivée de la manifestation du 1er Mai 2026 à l'anneau de vitesse, au stand de la section communiste de Grenoble.
Se destinant à une vocation de prêtre-ouvrier, Jean Giard, ouvrier du bâtiment, est finalement devenu syndicaliste, secrétaire de l’union locale CGT de Grenoble en 1956. Communiste, il fut adjoint aux finances de la ville de Grenoble, député de 1986 à 1988. Ces dernières années, il militait, encore et toujours, pour le droit citoyen des personnes âgées.

Jean Giard est décé­dé à l’hôpital de Gre­noble dans la mati­née du 21 août, à la veille de son cen­tième anni­ver­saire.

Il était né le 30 sep­tembre 1926, à Paris. Dès l’âge de dix ans, il entra au petit sémi­naire de Saintes (Cha­rente-Mari­time) et pour­sui­vit sa for­ma­tion reli­gieuse au grand sémi­naire de L’Houmeau. Il se rap­pro­cha alors de la Mis­sion de France, qui regrou­pait des catho­liques sou­cieux d’une inter­ven­tion au sein de la classe ouvrière. À l’issue d’un stage à Mont­ceaux-les-Mines, embau­ché comme maçon, il devint secré­taire du syn­di­cat CGT puis diri­geant de l’union locale de 1952 à 1953.

Le Vati­can ayant déci­dé de fer­mer le sémi­naire de la Mis­sion de France pour cause de dérive pro­gres­siste, il se vit fer­mer la pos­si­bi­li­té d’être ordon­né prêtre-ouvrier. « C’est plus l’Église qui m’a quit­té que moi ai quit­té l’Église ! En renon­çant aux prêtres ouvriers, j’ai pen­sé qu’elle tra­his­sait une de ses mis­sions fon­da­men­tales… », disait-il.

En 2023, lors du ban­quet répu­bli­cain orga­ni­sé par les Socié­té des lec­teurs et lec­trices de l’Hu­ma­ni­té. De gauche à droite, Jean-Louis Millet, Fran­çois Per­ez, Alain Boeuf, Charles Rol­lan­din et Jean Giard.

Il se maria le 7 février 1953 avec Fran­çoise Cha­puis, alors ouvrière dans la métal­lur­gie de Mont­ceau-les-Mines, et le couple s’établit ensuite à Gre­noble. Jean Giard, ouvrier du bâti­ment, fut licen­cié pour acti­vi­té syn­di­cale : il devint secré­taire de l’union locale CGT en 1956.

C’est en 1954 que Jean Giard adhé­ra au PCF, par­ti au sein duquel il assu­ma rapi­de­ment des res­pon­sa­bi­li­tés : membre du secré­ta­riat fédé­ral dès 1961, char­gé des ingé­nieurs, cadres et tech­ni­ciens et des nou­velles tech­no­lo­gies, secré­taire des com­mu­nistes gre­no­blois en 1963. Can­di­dat à des dif­fé­rentes élec­tions à Gre­noble, il fut élu en 1977 avec la liste conduite par Hubert Dube­dout et adjoint aux finances de la ville de 1977 à 1983 puis sié­gea dans l’opposition aux muni­ci­pa­li­tés Cari­gnon jusqu’en 1995. Il fut élu dépu­té de 1986 à 1988, à l’occasion du scru­tin légis­la­tif orga­ni­sé à la pro­por­tion­nelle dépar­te­men­tale.

« Pour ma part, je l’ai connu un soir de jan­vier 1955, au cours d’une modeste réunion publique qu’il ani­mait por­tant sur l’af­fron­te­ment mili­taire qui s’a­mor­çait en Algé­rie. Nous avons ensuite beau­coup défi­lé, dis­tri­bué, col­lé des affiches, orga­ni­sé de mul­tiples réunions, débats, col­loques et autres soi­rées cultu­relles, col­loques et ani­ma­tions », se sou­vient Fran­çois Per­ez.

En sep­tembre 1921, Jean Giard par­ti­ci­pait à une ren­contre à la fédé­ra­tion du PCF sur le thème du bien vieillir.

Jean Giard quit­ta le bureau fédé­ral du PCF en 1990. En avril 1991, il par­ti­ci­pa à la créa­tion du mou­ve­ment Refon­da­tions puis devint l’un des ani­ma­teurs de la coor­di­na­tion natio­nale des « refon­da­teurs com­mu­nistes ». Il démis­sion­na du PCF en 1994 tout en par­ti­ci­pant, dès 1992, à la créa­tion du mou­ve­ment Go citoyen­ne­té qui se don­nait l’objectif de rame­ner la gauche gauche à la direc­tion de la ville en 1995 – ce qui fut fait avec l’élection du socia­liste Michel Des­tot.

« Il est tou­jours res­té un obser­va­teur très atten­tif de la vie poli­tique », témoigne Jean-Louis Millet, qui fut l’un de ses proches col­la­bo­ra­teurs à la mai­rie de Gre­noble, de 1977 à 1983. Jusque dans ses der­niers mois, Jean Giard sui­vait avec assi­dui­té les confron­ta­tions d’idées, par exemple « lors des débats du congrès du PCF en juin der­nier ». « Il s’était enga­gé dans la cam­pagne muni­ci­pale de Lau­rence Ruf­fin », rap­pelle Jean-Louis Millet. « En mars 2026, Jean Giard s’in­quié­tait encore des résul­tats des élec­tions muni­ci­pales Gre­noble et sou­te­nait ardem­ment la liste de ras­sem­ble­ment conduite par Lau­rence Ruf­fin », ren­ché­rit Fran­çois Per­ez. Chaque jour, il lisait la presse quo­ti­dienne. Et « il sui­vait chaque étape du Tour de France à la télé. », sou­rit Fran­çois.

Jean Giard et Yan­nick Bou­lard à la fête du Tra­vailleur alpin, en juin 1983.

Tou­jours syn­di­qué à la CGT, Jean Giard s’était en outre inves­ti dans le tis­su asso­cia­tif en occu­pant la vice-pré­si­dence France Alz­hei­mer Isère. Il créa l’association Alerte 38 dont la rai­son d’être est la pro­mo­tion de la citoyen­ne­té des per­sonnes âgées et du vivre ensemble inter­gé­né­ra­tion­nel. Jean Giard, par­mi les nom­breux ouvrages dont il fut l’auteur ou le co-auteur, avant publié en 2018 Vieillis­se­ment et citoyen­ne­té, aux édi­tions l’Harmattan. Ain­si en jan­vier 2026, « il a offert son témoi­gnage à des étu­diants bré­si­liens venus prendre part à un col­loque sur le grand âge orga­ni­sé par l’u­ni­ver­si­té de Gre­noble », note Fran­çois Per­ez.

Ceux qui l’ont connu gar­de­ront le sou­ve­nir d’un homme « d’une très grande modes­tie et d’une brillante luci­di­té », sou­ligne Jean-Louis Millet. Un homme qui savait se res­sour­cer dans la nature, et plus par­ti­cu­liè­re­ment dans le Ver­cors dont il était tom­bé amou­reux. « C’était un grand voya­geur », dit encore Jean-Louis Millet. L’Afrique, l’Asie, l’Europe… une curio­si­té qui l’amenait par delà les fron­tières.

À ses enfants, Claire, Thé­rèse et Jean-Pierre, la rédac­tion du Tra­vailleur alpin pré­sente ses condo­léances attris­tées.

À l’heure où nous écri­vons ces lignes, la date des obsèques de Jean Giard n’était pas encore connue.

Le 10 décembre 2025, Jean-Louis Millet, Fran­çois Per­ez et Jean Giard.
Jean Giard aux côtés d’Y­vette Ansel­met, lors d’un débat sur la sécu­ri­té sociale le 11 octobre 2025.

Partager cet article

Avant de partir

Votre soutien compte pour nous

Le Travailleur alpin vit depuis 1928 grâce à l’engagement de ses lecteurs. Aujourd’hui encore, ce média propose un autre regard sur vos espoirs, vos luttes, vos aspirations. Une voix unique dans la presse d’information départementale.

Pour protéger l’indépendance du Travailleur alpin, assurer son développement, vos dons nous sont précieux – nous assurons leur traitement en partenariat avec la fondation l’Humanité en partage.

Merci d’avance.

Faire un don défiscalisé maintenant

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *