Barbara Butch. Pas la bonne méthode pour s’opposer au génocide, selon le PCF

Par Travailleur Alpin

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Barbara Butch sur la scène du Cabaret frappé, au Jardin de ville, sous les huées et les invectives des militants pro-palestiniens.
Barbara Butch a dû interrompre son concert au Cabaret frappé, samedi 18 juillet, à Grenoble, à la suite d'une action menée par 150 à 200 militants pro-palestiniens, à l'appel de LFI et plusieurs autres organisations. Les manifestants reprochaient à la DJ d'avoir joué à Tel-Aviv en plein génocide et soutenu la loi Yadan. Réagissant dans un communiqué, la section de Grenoble du PCF réitère son opposition ferme à cette loi mais refuse toute "atteinte à la liberté d'expression et de création". De son côté, la ville de Grenoble annonce qu'elle va déposer plainte, tout comme l'adjoint à la culture Alexis Monge pour les intimidations et le jet de bouteille l'ayant visé.

Com­battre et condam­ner le géno­cide et la loi Yadan est tota­le­ment légi­time, mais avec d’autres méthodes. C’est en sub­stance le mes­sage qu’a sou­hai­té déli­vrer la sec­tion de Gre­noble du PCF, en réac­tion à l’in­ter­rup­tion for­cée du concert de Bar­ba­ra Butch au Caba­ret frap­pé, same­di 18 juillet au soir, au Jar­din de ville. La DJ a en effet dû arrê­ter son set et quit­ter la scène du fes­ti­val gre­no­blois au bout de vingt minutes, face aux huées, invec­tives et sif­flets [NDLR : cer­taines sources évoquent des jets de pro­jec­tiles, des ver­sions contra­dic­toires exis­tant sur ce point] d’en­vi­ron 150 à 200 mani­fes­tants pro-pales­ti­niens.

Bar­ba­ra Butch fait un cœur au public, avant de quit­ter la scène pré­ma­tu­ré­ment. DR

L’ac­tion était menée à l’ap­pel de la France insou­mise et de plu­sieurs autres orga­ni­sa­tions, comme Urgence Pales­tine, l’Ac­tion anti­fas­ciste (AFA) Gre­noble, le Front uni des immi­gra­tions et des quar­tiers popu­laires (FUIQP) ou le Col­lec­tif Georges Abdal­lah 38. Depuis plu­sieurs semaines, celles-ci mili­taient pour boy­cot­ter et dépro­gram­mer Bar­ba­ra Butch. L’ar­tiste les­bienne, connue par ailleurs pour son enga­ge­ment contre l’antisémitisme, les lgbt­pho­bies et la gros­so­pho­bie, était sur­tout accu­sée par les mani­fes­tants d’a­voir signé une tri­bune en faveur de la très contro­ver­sée pro­po­si­tion de loi Yadan (in fine reti­rée). Sans oublier sa par­ti­ci­pa­tion à un concert orga­ni­sé dans la rési­dence de l’ambassadeur de France à Tel-Aviv, en juillet 2025.

Allan Bru­non, pré­sident du groupe LFI à Gre­noble, au milieu des mani­fes­tants réunis au Jar­din de ville. DR

Dans un com­mu­ni­qué inti­tu­lé « Oui aux débats, non aux inter­dic­tions », le PCF Gre­noble rap­pelle en pré­am­bule son oppo­si­tion à la loi Yadan qui, « si elle avait été adop­tée, aurait été une atteinte grave à la liber­té d’exprimer son oppo­si­tion à la poli­tique géno­ci­daire et colo­nia­liste du gou­ver­ne­ment Neta­nya­hou en assi­mi­lant toute cri­tique à de l’antisémitisme ». La sec­tion se féli­cite éga­le­ment que cette pro­po­si­tion de loi ait été reti­rée — en atten­dant une nou­velle ver­sion pré­pa­rée par le gou­ver­ne­ment — « grâce à une forte mobi­li­sa­tion citoyenne (700 000 signa­taires de la péti­tion) et à celle des par­tis de gauche, syn­di­cats, asso­cia­tions ».

« Liberté de création, liberté de programmation »

« Nous reje­tons fer­me­ment la loi Yadan », répètent donc les com­mu­nistes, rap­pe­lant leur enga­ge­ment aux côtés des Pales­ti­niens et contre le géno­cide à Gaza. Tou­te­fois,« empê­cher la tenue d’un concert d’une artiste en rai­son de son posi­tion­ne­ment poli­tique est une atteinte à la liber­té d’expression et d’exercice de son métier d’artiste », nuancent-ils. Et de conclure : « Nous lais­sons au RN et au gou­ver­ne­ment qui vou­lait inter­dire une fête orga­ni­sée par LFI à Paris ce genre de méthode qui s’en prend à la liber­té d’expression et de créa­tion. »

Les mani­fes­tants pro-pales­ti­niens pro­tes­tant contre la venue de Bar­ba­ra Butch au Caba­ret frap­pé. DR

Une posi­tion rejoi­gnant celle de l’ad­joint à la culture Alexis Monge, qui invoque la liber­té de pro­gram­ma­tion, refu­sant de s’im­mis­cer dans les choix artis­tiques de l’as­so­cia­tion Retour de Scène, en charge de la pro­gram­ma­tion musi­cale du Caba­ret frap­pé depuis 2021. « Liber­té de créa­tion, liber­té de pro­gram­ma­tion : c’est ce qu’on défend et ce qu’on a défen­du ces der­nières semaines à Gre­noble pour lais­ser Bar­ba­ra Butch s’ex­pri­mer », répon­dait l’é­lu com­mu­niste à France 3, peu avant le début du fes­ti­val. « Il n’y aura pas de cen­sure préa­lable […] alors qu’elle subit depuis les Jeux olym­piques beau­coup d’at­taques anti­sé­mites » — éma­nant en par­ti­cu­lier de l’ex­trême droite.

Alexis Monge a néan­moins annon­cé au Tra­vailleur alpin son inten­tion de dépo­ser plainte pour inti­mi­da­tion à son égard et pour une bou­teille lan­cée alors qu’il pre­nait la parole sur la scène du Caba­ret frap­pé, après l’ar­rêt du concert. Dépôt de plainte éga­le­ment de la part de la ville de Gre­noble, qui a indi­qué à Libé­ra­tion vou­loir sai­sir la jus­tice, notam­ment pour le sabo­tage des ins­tal­la­tions élec­triques. Ce dos­sier n’a donc pas fini de faire par­ler…

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