« Une sélection toujours plus brutale » : les sans-facs demandent à l’UGA de les inscrire

Par Manuel Pavard

/

Image principale
Les sans-facs, soutenus par l'UNEF et plusieurs autres organisations, se sont rassemblés, mercredi 19 juillet, devant le bâtiment de la présidence de l'UGA où ils ont déposé leurs dossiers de recours.
Plusieurs organisations syndicales, politiques et associatives appelaient à un rassemblement, mercredi 15 juillet, devant la présidence de l'Université Grenoble Alpes, pour soutenir le collectif des sans-facs qui déposait les dossiers de recours d'étudiant·es refusé·es en licence ou en master. Soit une trentaine de sans-facs déjà accompagnés par l'UNEF, qui réclame leur inscription immédiate à l'UGA. Le syndicat étudiant dénonce cette sélection de plus en plus drastique s'inscrivant, selon lui, dans une politique de casse de l'université.

Les chiffres sont élo­quents. Cette année, en France, plus de 320 000 per­sonnes sortent de Par­cour­sup sans affec­ta­tion, venant gros­sir le flot des sans-facs. « Pour l’an­née pro­chaine, natio­na­le­ment, 5 700 places ont été sup­pri­mées en pre­mière année de licence sur Par­cour­sup », com­plète Léonce Sub­til, pré­sident de l’U­NEF Gre­noble. « Et on compte 13 % de places en moins sur Mon Mas­ter, soit envi­ron 23 000 places, alors que le nombre de can­di­dats aug­mente. » Consé­quences, cer­tains cur­sus sont satu­rés, avec des refus presque sys­té­ma­tiques. Par exemple, en mas­ter de psy­cho­lo­gie, les pro­ba­bi­li­tés d’être accep­té aujourd’­hui après avoir vali­dé une licence oscil­lent entre 1 et 5 %, selon une enquête de l’Association des ensei­gnants-cher­cheurs de psy­cho­lo­gie des uni­ver­si­tés (AEPU).

Les sans-facs et leurs sou­tiens tapent sur les vitres du bâti­ment pour atti­rer l’at­ten­tion des repré­sen­tants de la pré­si­dence… qui ne des­cen­dront pas les ren­con­trer.

Plus glo­ba­le­ment, « ces der­nières années, c’est en moyenne un·e étudiant·es sur trois qui se retrouve sans admis­sion satis­fai­sante à l’is­sue des phases com­plé­men­taires de ces pla­te­formes », sou­lignent dif­fé­rentes orga­ni­sa­tions (UNEF, UEG, Soli­daires étudiant·e·s, CGT FERC Sup, CAAEI, SIAG, Cisem, NPA‑R jeunes, UCL, Jeunes Insou­mis) dans un com­mu­ni­qué com­mun. Syn­di­cats étu­diants ou de per­son­nel, par­tis, mou­ve­ments de jeu­nesse, asso­cia­tions… Tous appe­laient à se ras­sem­bler ce mer­cre­di 15 juillet devant le bâti­ment de la pré­si­dence de l’U­ni­ver­si­té Gre­noble Alpes (UGA) afin de sou­te­nir le col­lec­tif des sans-facs dans son ini­tia­tive.

Déjà une trentaine de dossiers déposés et encore plus à la rentrée

Dans le cadre de la cam­pagne pilo­tée par l’U­NEF Gre­noble, celui-ci orga­ni­sait un dépôt col­lec­tif des dos­siers de recours des étu­diants reca­lés avant l’ins­crip­tion en licence ou en mas­ter. Les­quels sont de plus en plus nom­breux. « C’est une cam­pagne qu’on mène tous les ans mais la sélec­tion est chaque année de plus en plus bru­tale et de plus en plus impor­tante », constate Léonce Sub­til. Illus­tra­tion, entre juin et octobre 2025, le col­lec­tif avait sou­te­nu une dizaine de pos­tu­lants, in fine tous ins­crits à l’is­sue d’un long et âpre com­bat. Un chiffre déjà lar­ge­ment dépas­sé, cet été, après seule­ment quelques semaines de mobi­li­sa­tion.

« Étu­dier est un droit, pas un pri­vi­lège », rap­pellent les pan­cartes et les slo­gans scan­dés par les mani­fes­tants.

« Il y a actuel­le­ment une tren­taine de dos­siers dépo­sés ou en cours de dépôt », pré­cise ain­si le repré­sen­tant de l’U­NEF. « Une tren­taine qu’on demande à l’U­ni­ver­si­té Gre­noble Alpes d’ins­crire, ajoute-t-il, sachant que la cam­pagne, elle, va conti­nuer ». Le syn­di­cat étu­diant pro­pose des per­ma­nences qua­si quo­ti­diennes sur le cam­pus depuis les résul­tats de Par­cour­sup, le 2 juin, et ce, jus­qu’à la fer­me­ture de la fac, le 24 juillet au soir, avant de reprendre début sep­tembre. D’i­ci là, d’autres étu­diants devraient rejoindre la cam­pagne des sans-facs, comme à la ren­trée 2025. « Beau­coup de gens sont encore sur liste d’at­tente ou en tout cas ne savent tou­jours pas s’ils sont accep­tés ou non », explique le mili­tant.

Les dra­peaux de l’U­NEF aux pre­mières loges.

Ce der­nier fus­tige par ailleurs l’ab­sence de réponse de la pré­si­dence de l’U­GA, que ce soit au mail de l’U­NEF la semaine der­nière ou aux sol­li­ci­ta­tions des sans-facs mani­fes­tant devant le bâti­ment. Pour­tant, dans ce type de cas, c’est bien la pré­si­dence de l’u­ni­ver­si­té qui décide en der­nier res­sort, ayant « le pou­voir d’ins­crire qui elle veut », affirme Léonce Sub­til. Avant cela, une com­mis­sion étu­die les dos­siers. « Mais on connaît le fonc­tion­ne­ment de la sélec­tion à l’u­ni­ver­si­té, c’est un peu du tra­vail à la chaîne », nuance le res­pon­sable syn­di­cal. « Et dans les filières où il y a très peu de place, comme psy­cho ou droit, les refus sont qua­si­ment auto­ma­tiques. »

« Les situations personnelles ne sont pas prises en compte »

En outre, le choix final s’ap­puie essen­tiel­le­ment sur les notes et « ne prend pas du tout en compte les situa­tions per­son­nelles », déplore-t-il. C’est d’ailleurs ce que regrette Loub­na [le pré­nom a été modi­fié], arri­vée durant l’an­née 2023–2024 d’Al­gé­rie où elle était étu­diante en L3 bio­lo­gie. Venue en France pour rejoindre son père, qui souffre d’un han­di­cap, elle a ten­té de s’ins­crire en troi­sième année de licence à l’U­GA mais est reca­lée depuis plus de deux ans via Par­cour­sup. Qu’elle plaide sa situa­tion per­sonne et fami­liale par­ti­cu­lière ou qu’elle mette en avant son cur­sus uni­ver­si­taire, rien n’y fait. Motif invo­qué : « résul­tats sco­laires insuf­fi­sants ».

Les mani­fes­tants ont écou­té les prises de parole suc­ces­sives des orga­ni­sa­tions pré­sentes.

Un argu­ment que réfute vive­ment Loub­na : « J’ai un Bac+2 en bio­lo­gie et en Algé­rie, nos études étaient en fran­çais. En plus, j’ai un bon niveau de fran­çais en TCF et j’ai même pas­sé un test de fran­çais ici, à l’u­ni­ver­si­té », assure-t-elle. Déses­pé­rée par les refus d’ins­crip­tion suc­ces­sifs, l’é­tu­diante a fina­le­ment déci­dé de pas­ser le Bac fran­çais en juin der­nier… « Puis­qu’ils semblent avoir un pro­blème avec mon Bac algé­rien », jus­ti­fie-t-elle.

Pro­blème, « les vœux sur Par­cour­sup sont pré­vus avant les épreuves ». Ses très bons résul­tats et son suc­cès n’ont pas été pris en tête. « Je suis sur liste d’at­tente, beau­coup trop loin », se lamente l’Al­gé­rienne. Mal­gré son Bac obte­nu dans deux pays dif­fé­rents, mal­gré ses deux années de licence vali­dées en bio­lo­gie. Loub­na s’est donc rap­pro­chée de l’U­NEF et du col­lec­tif des sans-facs, avant de dépo­ser un dos­sier de recours ce mer­cre­di. « Je suis même prête à m’ins­crire en L1 », confie-t-elle. « Je n’ai pas le choix. Eux [NDLR : l’ad­mi­nis­tra­tion de l’U­GA], ils veulent juste qu’on aille tra­vailler dans les maga­sins. »

« La sélec­tion, […] c’est un choix poli­tique qui s’ins­crit dans une poli­tique beau­coup plus large du gou­ver­ne­ment, de casse de l’u­ni­ver­si­té. »

Pour Léonce Sub­til, c’est jus­te­ment cette fausse alter­na­tive que le minis­tère et donc le gou­ver­ne­ment entendent sou­mettre à une par­tie des étu­diants. « Après le Bac, si tu ne vas pas à l’u­ni­ver­si­té, si t’es refu­sé sur Par­cour­sup ou Mon Mas­ter, t’as deux options : soit tu vas tra­vailler à McDo ou dans un autre tra­vail pré­caire, soit tu vas faire le nou­veau ser­vice mili­taire qu’ils ont mis en place », décrypte-t-il, poin­tant la recherche par le patro­nat d’une « main d’oeuvre peu qua­li­fiée, pré­caire et qu’on paye ain­si moins bien ». Besoins aux­quels les uni­ver­si­tés accep­te­raient hon­teu­se­ment de se plier, estime-t-il.

Un ras­sem­ble­ment qui a fait du bruit.

Par­mi les mani­fes­tants, beau­coup en sont convain­cus, la situa­tion actuelle ne doit rien au hasard. « La sélec­tion, ce n’est pas juste le hasard de la vie. C’est un choix poli­tique qui s’ins­crit dans une poli­tique beau­coup plus large du gou­ver­ne­ment, de casse de l’u­ni­ver­si­té », assène le pré­sident de l’U­NEF Gre­noble. Et de citer l’aug­men­ta­tion des frais d’ins­crip­tion pour les étu­diants extra-com­mu­nau­taires — appli­quée en prin­cipe à la ren­trée 2027 à l’U­GA — avec des pro­jets de hausse géné­ra­li­sée par la suite, ou encore la volon­té de déve­lop­per les par­te­na­riats public-pri­vé. « Aujourd’­hui, l’u­ni­ver­si­té n’est plus pen­sée pour être au ser­vice des étu­diants, mais pour être ren­table et au ser­vice des entre­prises. »

L’inscription, une nécessité pour beaucoup d’étudiants

Léonce Sub­til comme plu­sieurs étu­diants concer­nés évoquent éga­le­ment la ques­tion du « stress » qui gagne les sans-facs, dans l’at­tente du pré­cieux sésame. « Car l’ins­crip­tion, ce n’est pas juste l’ac­cès à l’u­ni­ver­si­té », rap­pelle le mili­tant. « Il y a des gens qui ont besoin de venir étu­dier pour avoir le sta­tut étu­diant qui per­met d’ac­cé­der aux bourses et à cer­taines aides, d’autres fois pour chan­ger de ville ou pour s’é­loi­gner de situa­tions fami­liales com­pli­quées. »

Emma­nuel Omo­lon­go, pré­sident du Col­lec­tif d’as­so­cia­tions afri­caines et étu­diantes de l’I­sère (CAAEI), est inter­ve­nu au micro.

Pour beau­coup d’é­tu­diants étran­gers, déjà inquiets face à la sup­pres­sion des allo­ca­tions loge­ment et à la fin d’exo­né­ra­tion des droits d’ins­crip­tion dif­fé­ren­ciés en 2027, « être ins­crit à l’u­ni­ver­si­té est indis­pen­sable pour renou­ve­ler son titre de séjour », sou­ligne Emma­nuel Omo­lon­go, pré­sident du Col­lec­tif d’as­so­cia­tions afri­caines et étu­diantes de l’I­sère (CAAEI). « Ce ne sont pas seule­ment des dos­siers, des pro­cé­dures, que les algo­rithmes vont trai­ter », conclut l’é­tu­diant béni­nois. « Mais ce sont des vies et des accom­plis­se­ments avec les­quels on en est en train de jouer actuel­le­ment. »

Partager cet article

Avant de partir

Votre soutien compte pour nous

Le Travailleur alpin vit depuis 1928 grâce à l’engagement de ses lecteurs. Aujourd’hui encore, ce média propose un autre regard sur vos espoirs, vos luttes, vos aspirations. Une voix unique dans la presse d’information départementale.

Pour protéger l’indépendance du Travailleur alpin, assurer son développement, vos dons nous sont précieux – nous assurons leur traitement en partenariat avec la fondation l’Humanité en partage.

Merci d’avance.

Faire un don défiscalisé maintenant

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *