Le Touvet. La dignité des manifestants face aux soutiens à des criminels de l’OAS

Par Maryvonne Mathéoud

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Les manifestants rassemblés aux portes du cimatière du Touvet.
Une centaine de militants étaient présents le 7 juin au Touvet, pour contester la falsification de l'histoire et la tentative « d’hommage » à des membres des commandos de l’OAS, reconnus coupables d’assassinats terroristes.

Le 7 juin der­nier, la Fédé­ra­tion natio­nale des rapa­triés et dif­fé­rents grou­pus­cules d’extrême droite ont orga­ni­sé un ren­dez-vous au cime­tière du Tou­vet. Ils pré­ten­daient ain­si « rendre hom­mage » « aux sol­dats qui ont vou­lu défendre un ter­ri­toire fran­çais et ses popu­la­tions en dan­ger, en Algé­rie fran­çaise, comme nous le fai­sons depuis 64 ans. Sur la tombe de Claude Piegt, nous hono­re­rons éga­le­ment la mémoire du colo­nel Bas­tien Thi­ry, du lieu­te­nant Roger Degueldre et du ser­gent Albert Dove­car ».

Des noms qui méritent le détour. Roger Degueldre, chef du com­man­do del­ta de l’OAS, a été l’instigateur de l’assassinat du com­mis­saire divi­sion­naire de la sûre­té natio­nale, com­mis­saire cen­tral d’Alger, dans la nuit du 31 mai au 1er juin 1961. Claude Piegts était l’un des assas­sins, en com­pa­gnie d’Albert Dove­car. Tous trois ont été jugés et fusillés – Dove­car et Piegts le 7 juin 1962, Degueldre le 6 juillet 1962. Bas­tien Thi­ry ? Lui il s’est « illus­tré » par l’attentat du Petit Cla­mard : le 22 août 1962. Le géné­ral de Gaulle, alors pré­sident de la Répu­blique, a failli perdre la vie dans cette attaque ter­ro­riste orga­ni­sée, pour l’OAS, par Bas­tien Thi­ry. Arrê­té, ce der­nier fut jugé et fusillé le 11 mars 1963.

C’est donc à la mémoire d’assassins, ter­ro­ristes de l’OAS, que cette « céré­mo­nie » était orga­ni­sée.

Les mili­tants du Réseau de lutte contre le fas­cisme.

Le col­lec­tif du 17 octobre 1961 – une date noire de la guerre d’Algérie – avait sol­li­ci­té la pré­fète de l’Isère, par un cour­rier en date du 26 mai, pour lui deman­der d’interdire cet hom­mage indé­cent. Non sans quelques motifs, on en convien­dra. La pré­fec­ture de l’Isère étant res­tée sourde à cette demande, un appel à un ras­sem­ble­ment devant le cime­tière a été lan­cé pour dénon­cer ce sou­tien à la mémoire d’assassins.

Ce dimanche 7 juin, des gen­darmes étaient mobi­li­sés pour empê­cher le contact entre nos­tal­giques de l’OAS et mani­fes­tants. Ce qui n’a pas empê­ché d’entendre des mots comme : « De Gaulle, il était où pen­dant la guerre ? il s’est enfui en Angle­terre !!! » Ou bien encore, par­mi la quin­zaine de par­ti­ci­pants à « l’hommage », l’ancien élu Front natio­nal de Fon­taine, Franck Sini­si, qui hur­lait :  « Ne me pre­nez par en pho­to. N’é­cou­tez pas les com­mu­nistes. Edouard Schoene est com­mu­niste. C’est grave, c’est grave ! » Assor­ti de l’incontournable : « Aujourd’hui, les lois d’Al­lah sont plus impor­tantes que les lois de la Répu­blique ».

Du côté des mani­fes­tants, l’ambiance était plus digne. Le maire du Tou­vet s’interrogeait : « en 2026, est-ce qu’on peut accep­ter qu’une com­mé­mo­ra­tion ait lieu en faveur de ter­ro­ristes d’extrême droite qui ont assas­si­né un com­mis­saire de la Répu­blique ? »

Ned­j­ma Ben­diab, pré­si­dente d’Algérie au cœur, rap­pe­lait que « de 1961 à 1962, l’OAS fut à l’origine de plus de deux mille assas­si­nats ayant visé des civils algé­riens et euro­péens, en par­ti­cu­lier des fonc­tion­naires de la Répu­blique ». Et elle pour­sui­vait : « Nous devons aux nou­velles géné­ra­tions de dire ce que fut la réa­li­té de la colo­ni­sa­tion et de la guerre en Algé­rie. Nous ne pou­vons accep­ter qu’il soit ren­du hom­mage à des cri­mi­nels comme s’ils étaient des héros, en niant les souf­frances cau­sées… il est néces­saire que la France mène un tra­vail de véri­té his­to­rique sur la colo­ni­sa­tion et la guerre d’Algérie. »

Ned­j­ma Ben­diab, pré­si­dente d’Algérie au cœur.

Dans son inter­ven­tion Jac­que­line Madrenne, membre de plu­sieurs asso­cia­tions de mémoire signa­taires de l’appel à mani­fes­ter, sou­li­gnait « qu’à plu­sieurs reprises, les plus hautes auto­ri­tés de l’É­tat ont rap­pe­lé leur volon­té de faire vivre une mémoire fon­dée sur la véri­té his­to­rique et le res­pect des vic­times. Dans un contexte grave de mon­tée des extrêmes droites, nous atten­dons que notre his­toire ne soit pas ins­tru­men­ta­li­sée, que droit, jus­tice et his­toire scien­ti­fique soient le socle de notre cadre répu­bli­cain et démo­cra­tique. Au delà de ces consi­dé­ra­tions, nous rete­nons l’es­sen­tiel, l’es­sen­tiel que per­sonne ne pour­ra nous enle­ver et sur­tout pas à coups de pro­pa­gandes men­son­gères et de com­mé­mo­ra­tions indignes : c’est que la fin de la colo­ni­sa­tion est une vic­toire pour le peuple algé­rien, est une vic­toire pour le peuple de France et une vic­toire pour tous les peuples ».

Jac­que­line Madrenne.

Une mili­tante des gilets jaunes puis Claude Madère, du Réseau de lutte contre le fas­cisme, ont éga­le­ment pris la parole. « Le fas­cisme n’est pas une opi­nion, mais une dévas­ta­tion morale, poli­tique, qui ren­verse les valeurs démo­cra­tiques, huma­nistes, du vivre ensemble, dans le res­pect, la soli­da­ri­té, la laï­ci­té pour pro­té­ger, par­ta­ger, aider, évo­luer », disait-il. « Sans fas­cisme, pas d’antifascisme. Être anti­fas­ciste est plus qu’un devoir, c’est un com­bat pour la digni­té humaine de tous et de cha­cun, pour la sau­ve­garde de l’humanité et de la pla­nète. »

Les signa­taires de l’ap­pel à mani­fes­ter contre l’hom­mage ren­du à l’OAS

Algé­rie au Coeur, Amal, ANPNPA (Asso­cia­tion natio­nale des Pieds noirs pro­gres­sistes et leurs amis), ASALI (Asso­cia­tion de soli­da­ri­té des Algé­riens de l’I­sère), Coup de soleil Auvergne-Rhône-Alpes, CSRA (Comi­té de sou­tien aux réfu­giés algé­riens), Libre pen­sée Isère, Mou­ve­ment de la Paix Isère, Réseau de lutte contre le fas­cisme Gre­noble, Mme Maryse Gavou­ry, Les Amis de Max Mar­chand, de Mou­loud Feraoun et de leurs com­pa­gnons, Comi­té dépar­te­men­tal isè­rois de l’As­so­cia­tion natio­nale des anciens com­bat­tants et amis de la Résis­tance (ANACR), Amis de la Fon­da­tion pour la mémoire de la dépor­ta­tion (AFMD-38), l’As­so­cia­tion des anciens com­bat­tants et résis­tants armé­niens de l’ar­mée Fran­çaise (AACRAAF), Asso­cia­tion des amis du musée de la résis­tance et de la dépor­ta­tion de l’Isère – Mai­son des droits de l’homme. Acip-Asa­do, AFPS 38, asso­cia­tion isé­roise des ami·e·s des Kurdes (AIAK), Attac 38, CISEM, FUIQP, fédé­ra­tion de l’Isère de la Ligue de l’enseignement, Ligue inter­na­tio­nale de femmes pour la paix et la liber­té, Nil Isère, Pales­tine en Isère, UJFP 38, Sur­vie Isère, UD CGT Isère, FSU Isère, Lutte de classes édu­ca­tion, ADES, GO Citoyen­ne­té, Jeunes Insoumis·es de Gre­noble, Les Éco­lo­gistes Isère, La France insou­mise Isère, NPA L’Anticapitaliste, fédé­ra­tion de l’Isère du PCF, Réseau citoyen de Gre­noble, Réseau coopé­ra­tif de gauche alter­na­tive, RLF comi­té de Voi­ron , UCL groupe de Gre­noble.

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