La lutte contre le mal logement, c’est la raison d’être d’un Toit pour tous

Par Travailleur Alpin

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La soirée a été présentée par Jean-Louis Chenevas.
Des bénévoles, des professionnels se mobilisent ensemble pour améliorer l’offre et les conditions de logement dans l’agglomération grenobloise. Une soirée d’échanges autour des engagements de chacun les a rassemblés le 12 mai dernier.

Un Toit pour tous, c’est un ensemble de deux asso­cia­tions, d’un obser­va­toire et d’une coopé­ra­tive fon­cière pos­sé­dant l’a­gré­ment de bailleur social. L’as­so­cia­tion Un Toit pour tous, à pro­pre­ment par­ler, s’oc­cupe de l’in­ter­pel­la­tion et de la mobi­li­sa­tion autour des ques­tions du mal-loge­ment. La coopé­ra­tive fon­cière achète et réha­bi­lite des loge­ments. Elle en pos­sède actuel­le­ment cinq cents qu’elle loue à des publics pré­caires. L’as­so­cia­tion Ter­ri­toires accom­pagne les loca­taires dans le cadre d’une agence immo­bi­lière à voca­tion sociale et d’un pôle de tra­vailleurs sociaux. L’ob­ser­va­toire pro­duit des études pour Un Toit pour tous, d’autres asso­cia­tions et des col­lec­ti­vi­tés publiques. Tout cet ensemble emploie une cin­quan­taine de per­sonnes et mobi­lise une cen­taine de béné­voles.

Comme pour toute bonne soi­rée d’in­té­gra­tion, il faut trou­ver un lieu sym­pa et des acti­vi­tés. Pour le lieu, quoi de mieux qu’un endroit fes­tif au cœur de la ville, dans un cadre intem­po­rel, comme l’offre le Mini­mis­tan. Pour rap­pel, ce lieu est né de la réha­bi­li­ta­tion d’un ancien couvent dans le quar­tier Très-Cloître de Gre­noble. Il dis­pose d’un bar-res­tau­rant dont l’atout majeur est une grande ter­rasse dans la cour inté­rieure de l’ancien bâti­ment reli­gieux. Des espaces de co-wor­king, des salles de réunion, un ate­lier de dis­til­le­rie viennent com­plé­ter les pos­si­bi­li­tés de cette struc­ture de l’économie sociale et soli­daire.

Une exposition de portraits de locataires

Pour débu­ter les fes­ti­vi­tés, Jean-Louis Che­ne­vas, béné­vole au ser­vice com­mu­ni­ca­tion, nous pré­sente l’ex­po­si­tion pho­to­gra­phique Consi­dé­rables ins­tal­lée depuis quelques semaines au Mini­mis­tan, dont il a réa­li­sé lui-même des cli­chés. Celle-ci se décom­pose en deux par­ties. La pre­mière repré­sente des loca­taires d’Un Toit pour tous dans leur appar­te­ment au cours de leur vie quo­ti­dienne. Cer­tains se reposent sur leur cana­pé, d’autres cui­sinent, un enfant fait ses devoirs. Ces acti­vi­tés, somme toute assez ordi­naires, revêtent ici un aspect extra­or­di­naire pour ces gens qui ont été pri­vés pen­dant des années de loge­ment et ont connu des par­cours de vie extrê­me­ment dif­fi­ciles.

La deuxième par­tie a été réa­li­sée en stu­dio pho­to. Les loca­taires étaient invi­tés à venir essayer de nom­breux acces­soires et de beaux cos­tumes. Mais mis à part les enfants qui se sont beau­coup amu­sés à se dégui­ser, les adultes étaient venus avec leur propre tenue. L’ob­jec­tif de la pose pho­to­gra­phique en stu­dio était de sor­tir les loca­taires de leur quo­ti­dien, de leur per­mettre de se pro­je­ter dans un ailleurs, une autre vie. Ain­si voit-on un loca­taire jouer au man­ne­quin, un enfant por­ter un cha­peau melon, des femmes en train de dan­ser. De l’en­semble de cette expo­si­tion res­sort une impres­sion géné­rale de joie. Un béné­vole nous dit : « Quand je vois ces pho­tos, je sais pour­quoi je fais tout ça. »

Une image de l’ex­po­si­tion « Consi­dé­rables », actuel­le­ment visible du Mini­mis­tan.

Tou­jours pour res­ter dans le domaine artis­tique, s’en­suit une petite cho­ré­gra­phie. La dan­seuse Gaëlle Reve­nu réa­lise des figures autour d’une chaise de bureau. Se des­sinent à tra­vers ses mou­ve­ments les épreuves de la vie, la souf­france de l’exil. La chaise repré­sente tou­te­fois le repère, le refuge que consti­tue un loge­ment.

La soi­rée se pour­suit avec une mini-confé­rence consa­crée au mal-loge­ment, en France et en Isère, pré­sen­tée par l’Ob­ser­va­toire de l’hé­ber­ge­ment et du loge­ment (OHL). René Bal­lain, son pré­sident, nous raconte les grandes lignes de l’his­toire du loge­ment depuis 1945, puis nous explique com­ment est née la notion du « mal-loge­ment » dans les années 90. Il était à l’é­poque membre de la fon­da­tion Abbé Pierre. Avec d’autres com­pa­gnons de l’as­so­cia­tion, il cher­chait une notion plus glo­bale que celle du « sans-abrisme ». Pour trou­ver cette notion, ils sont repar­tis d’une com­pa­rai­son avec la situa­tion des tra­vailleurs qui n’étaient ni au chô­mage ni en CDI mais dans toute une série de contrats pré­caires sur des temps plus ou moins par­tiels, ce que l’on appe­lait à cette époque le « mal-emploi ». En 1999, un jour­na­liste demande ce que signi­fie exac­te­ment le « mal-loge­ment ». La fon­da­tion Abbé Pierre a pu construire alors une défi­ni­tion qui rend compte des dif­fi­cul­tés concrètes des gens par rap­port à leur loge­ment. Cette notion englobe en réa­li­té cinq grandes dif­fi­cul­tés. Pre­miè­re­ment, l’ab­sence de loge­ment per­son­nel. Deuxiè­me­ment, les dif­fi­cul­tés d’ac­cès au loge­ment social à par­tir des années 80. Troi­siè­me­ment, les mau­vaises condi­tions d’ha­bi­ta­tion. Qua­triè­me­ment, les dif­fi­cul­tés du main­tien dans un loge­ment dès lors qu’il y a une perte d’emploi ou un acci­dent de la vie. Cin­quiè­me­ment, une inéga­li­té ter­ri­to­riale dans le sens où cer­taines per­sonnes peuvent choi­sir leur lieu de rési­dence alors que d’autres n’ont pas le choix. Ces élé­ments défi­ni­tion­nels sont très impor­tants selon René Bal­lain, car il consi­dère que « c’est impor­tant d’a­voir un cadre solide d’é­tudes pour l’in­ter­pel­la­tion ».

Les chiffres du mal logement

Marie Guillau­min, char­gée d’é­tudes à l’OHL, prend ensuite le relais pour pré­sen­ter des chiffres clés en France et en Isère. Cepen­dant, der­rière les chiffres, elle s’at­telle sur­tout à décrire les consé­quences sur les indi­vi­dus. Elle se rap­pelle d’une femme en dif­fi­cul­té qui a expri­mé « la souf­france de pas­ser la nuit dehors ». De nom­breuses per­sonnes laissent leur peau dans la rue. Le col­lec­tif « Les morts à la rue » a recen­sé 855 décès en France en 2024. En Isère, tous les dis­po­si­tifs sont satu­rés. Une demande d’hé­ber­ge­ment sur six abou­tit et une demande de loge­ment social sur cinq. Quant aux mau­vaises condi­tions d’ha­bi­ta­tion, elles entraînent de mul­tiples dégâts ; de la honte sociale, des dépenses consé­quentes de chauf­fage dans des pas­soires ther­miques, des pertes d’emploi à cause de la fatigue engen­drée par le bruit du voi­si­nage, des réper­cus­sions sur la san­té ( aller­gies, satur­nisme). Un loge­ment non décent impacte les cinq sens, l’ouïe, l’o­deur, la vue avec les murs abî­més, le tou­cher avec les décharges liées aux mau­vaises ins­tal­la­tions élec­triques. René Bal­lain reprend la parole pour insis­ter sur l’am­pleur du mal-loge­ment. « En France, ce sont plu­sieurs mil­lions de per­sonnes qui sont concer­nées. Une telle notion qui regroupe autant de situa­tions a l’a­van­tage tou­te­fois d’être très mobi­li­sa­trice », rajoute-t-il avec une note d’op­ti­misme.

La dan­seuse Gaëlle Reve­nu.

C’est au tour de dif­fé­rents groupes de béné­voles de se pré­sen­ter. Il existe le groupe web pour la com­mu­ni­ca­tion sur le site numé­rique, le groupe copro­prié­tés pour être pré­sent aux assem­blées géné­rales, le groupe des bri­co­leurs, le groupe des per­ma­nences DALO /DAHO, le groupe GAST (Groupe d’appui et sou­tien tech­nique) qui vient don­ner les avis archi­tectes.

Marie Odile vient à la tri­bune. Elle raconte son expé­rience dans le groupe Per­ma­nence numé­rique. Elle l’a rejoint à la retraite, mais elle était déjà adhé­rente depuis quinze ans. Leur mis­sion est d’ai­der des deman­deurs de loge­ment et d’hé­ber­ge­ment dans leurs démarches en ligne. Quand une per­sonne trouve un loge­ment, c’est un suc­cès pour eux. Ils res­sentent beau­coup de satis­fac­tion.

L’activité des différents groupes de bénévoles

Un autre béné­vole du groupe Bri­co­lage et mécé­nat s’ex­prime à son tour. Pen­dant sa période d’ac­ti­vi­té pro­fes­sion­nelle, il tra­vaillait dans une grande entre­prise à proxi­mi­té d’Un Toit pour tous. C’est tout natu­rel­le­ment à la retraite qu’il a déci­dé de ten­ter l’a­ven­ture dans l’association. Il nous relate plus par­ti­cu­liè­re­ment son quo­ti­dien au sein du groupe Bri­co­lage. Sur sol­li­ci­ta­tion des tra­vailleurs sociaux, les membres du groupe inter­viennent chez les loca­taires pour de menus tra­vaux (refaire les joints de douche, le mon­tage de tringles à rideaux, de meubles). À chaque fois, ils sont très bien reçus par les loca­taires avec le café, les gâteaux. Les loca­taires peuvent même les assis­ter dans les tra­vaux. Quand cela est pos­sible, les béné­voles essaient même de les rendre plus auto­nomes pour les petites répa­ra­tions de façon à ce qu’ils se sentent moins dépen­dants. Pour les plus gros tra­vaux, c’est un autre ser­vice d’Un Toit pour tous qui inter­vient. Ce qu’il appré­cie beau­coup chez Un Toit pour tous, c’est la bonne ambiance et les belles ren­contres avec les loca­taires.

Vient le tour de l’an­cienne pré­si­dente, Michelle Daran. de prendre la parole. Élue à la mai­rie de Gre­noble en mars 2026, elle a démis­sion­né de ses fonc­tions d’Un Toit pour tous. Pour elle aus­si, l’am­biance a beau­coup comp­té dans son enga­ge­ment. Elle a com­men­cé à l’OHL car elle avait ren­con­tré René Bal­lain à l’u­ni­ver­si­té quand ils étaient tous les deux cher­cheurs. Puis elle a évo­lué vers le conseil d’ad­mi­nis­tra­tion. Ce qu’elle admire beau­coup dans l’as­so­cia­tion, c’est l’in­tel­li­gence et les tré­sors d’as­tuces de ses membres. « Il a fal­lu beau­coup d’as­tuces pour créer la coopé­ra­tive fon­cière. » «  A chaque fois qu’Un Toit pour tous a connu des dif­fi­cul­tés, il s’est tou­jours trou­vé des gens astu­cieux pour trou­ver des nou­velles pistes ».

C’est main­te­nant l’heure de l’a­pé­ri­tif. Sala­riés et béné­voles apprennent à mieux se connaître. Tout le monde res­sort encore plus moti­vé que jamais car c’est tou­jours plai­sant d’a­gir au sein d’une struc­ture orga­ni­sée, pro­fes­sion­nelle, astu­cieuse et où sur­tout règne une bonne ambiance.

Marion Toi­ture

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